Le gach boin a boinin, le gach leabhar a leabhran
Jugement
du roi Diarmid.
« C'est là, » dit-il, «une sentence injuste, et je m'en vengerai.» Sur ces entrefaites, un jeune prince, fils du roi provincial de Connaught, poursuivi comme auteur d'un meurtre involontaire, étant venu se réfugier auprès de Columba, le roi suprême le fit mettre à mort. x\lors l'irritation de notre moine-poëte ne pj oiesiaiiou couuut plus dc bomcs. L'immunité ecclésiastique Columba. dont il jouissait , en sa qualité de supérieur et de fondateur de plusieurs monastères, aurait dû, selon lui, créer une sorte de sanctuaire autour de sa personne. Cette immunité était scandaleusement violée par le supplice deson client. Il menaça le roi d'une prompte vengeance. « J'irai , » lui dit-il , a dénoncer à mes frè- « res et à mes proches ton jugement inique contre moi (c et l'immunité de l'Église violée en ma personne ; ils c( écouteront ma plainte, et ils te châtieront les armes c( à la main\ Mauvais roi, tu ne reverras plus mon (c visage dans ta province jusqu'à ce que Dieu, le juste « juge, ait dompté ton orgueil. Comme tu m'as hu-
1. Scito, rex inique, quia amodo faciem meam in tua provincia non videbis donec... Sicut me liodie coram senioribus tuis iniquo judicio despexisti, sic te Deus œternus in conspectu inimicorum tuorum le despiciet in die belli. Axox. Ap. Usserium, de Vrimord. Eccles. Brit., cité par Colgan, p. 462. — Ego expostulabo cum fraîribus et cognatis meis iniquum arbitrium tuum, et contemptam in me temeralamque Ecclesi ' immunitatem... et sinon meam, at certe Dei regni atque Ecclesiae causam ducto in te exercilu vindicabunt. O'Doxsell, lib. II, c. 7. — C'est ici une version assurément très-modernisée de la déclaration de guerre faite par Columba au roi; mais le vrai l'ond des choses, consigné par l'unanimité des traditions irlandaises, sy retrouve. Adamnan garde un silence prudent sur tous ces incidents antérieurs à la mission du saint en Ecosse.
Al'OTKE DE LA CALÉDOiME. 12'J
c< niilié aujourd'hui devant tesscigncurselaiiiis, Dieu « l'humiliera devant tes ennemis au jour de la bac< taille. » Diarmid voulut le faire retenir auprès de lui ; mais, trompant la vigilance de ses gardes, il s'évada de nuit de la cour de Tara et se dirigea vers sa province natale de Tyrconnell . S'étant arrêté d'abord à Monasterboice, il y apprit des religieux que le roi faisait garder les passages ordinaires pour intercepter la route. Alors il prit un sentier tout à ii senfnit fait solitaire pour traverser les montagnes désertes chantant le
Poëinc
qui le séparaient du nord de l'Irlande ; et pendant de la
A » 1 1 1 T • Il Con/lancf.
ce trajet, son ame s exhala en un chant religieux. 11 s'enfuit en chantant le Poëme de la Confiance^ qui nous a été conservé et qui compte parmi les monuments les plus authentiques de la vieille langue irlandaise. En voici quelques strophes :
c< Je suis seul sur la montagne ; <
0 Dieu ! roi du soleil, protège ma route,
Et alors je n'aurai rien à redouter.
Pas plus que si j'étais gardé par six mille guerriers.
Si j'avais affaire à ces six mille,
Et qu'ils voulussent défendre ma peau.
Une fois le temps fixé pour ma mort,
11 n'y aurait point de forteresse qui pût m'en
préserver.
Tandis que les réprouvés sont mis à mort jusque
dans une église, Jusque dans une île au milieu d'un lac,