‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 2)Chapitre 100 sur 148 · Vita s. Begœ.f.Bù · texte numérisé non relu

Vita s. Begœ.f.Bù

sais ou lesprépotents du pays, en foulant aux pieds de leurs coursiers les moissons des gens de Cuniberland, se moquaient-ils des plaintes et des menaces de la clientèle de sainte Bega. « Que me veut cette bonne vieille, et quel mal pourra-t-elle me faire? » disait Fun. « Qu'elle vienne donc, votre Bega! » disait un autre, « qu'elle vienne, et qu'elle fasse tout ce qu'elle A^oudra î elle ne fera pas seulement tomber les fer sdes sabots de nos chevaux^ . » Tôt ou tard la vengeance céleste atteignait les coupables ; et l'éclat de ces châtiments venait confirmer la foi du peuple dans la puissante intercession de celle qui, six cents ans après sa mort, protégeait encore énergiquement et efficacement, contre la dureté féodale, les captifs, les opprimés, la pudeur des femmes, le droit des petits, sur la rive occidentale de la Northumbrie, comme le faisait saint Cuthbert dans tout le reste de cette région privilégiée-.

1. Versabaturillotemporecontroversiaintereosquidominabanlur terrée de Coupelandia, et homines subditos sibi, super qiiadam consiietudine qiia boves solebant dominis pensari...

« Quid mihi facere poterit vetula illa?» etmanum ad secretioKes partes natiiim admovens : « Hic, hic, inquit, sagittabit me. »... Quidam aulem adolescentulus sagittam... jaciens..., percussit illum in lonticulo fundamenti, quem ipse manu sua designaverat.. « Veniat Bega, veniat, et quod potest faciat. » ... De miracuUs, p. 62, 66. 68, 69, — On trouve dans cet opuscule un paragraphe curieux, p. 63, sur la terreur qu'inspirait, dès le douzième siècle, aux routiers écossais ces flèches des archers anglais qui devaient être si fatales à la noblesse française, dans les grandes batailles du quatorzième siècle.

2. Voir i)lus haut, t. IV, p. 452,453. — Le récit des miracles de

Du reste, à mesure qu'on entre dans les détails de la vie des saintes religieuses de l'Angleterre, la difficulté de tracer la ligne de déuiarcation entre l'histoire et la légende devient de plus en plus manifeste. Mais, après tout, ne nous plaignons pas trop de cette confusion. La vraie histoire, « celle qui modifie les âmes, qui forme les opinions et les mœurs' , » ne se fait pas seulement avec des dates et des faits, mais avec les idées et les impressions qui remplissaient et dominaient l'âme des contemporains. Ils ont traduit eux-mêmes, en faits, en anecdotes et en tableaux, les sentiments d'admiration, de reconnaissance et d'amour qui les enflammaient pour des êtres qu'ils croyaient d'une nature supérieure à la leur, et dont les bienfaits et les exemples survivaient aux ravages du temps et de l'inconstance humaine.

Il faut donc savoir se résigner à être poursuivi par cette confusion dans toute la série de nos récits, destinés bien plutôt à reproduire les croyances et les

sainte Bega est évidemment de la même époque et conçu dans le môme esprit que \eLibellus de admirandis beati Cuthberti virtutibus. Le plus populaire de ces miracles, et celui dont la mémoire est encore restée dans le pays, rappelle le miracle qui est commémoré à Rome à la fête de sainte Marie des Neiges, le 5 août; une chute de neige, au cœur de l'été, vint délimiter exactement les possessions contestées du monastère, et qui étaient celles du domaine primitif de la sainte recluse.

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