Voir plus haut, p
bataille (654). Elle résolut aussitôt de chercher un refuge pour le reste de sa vie dans la virginité claustrale. Elle choisit pour asile un modeste débris du domaine paternel à Dereham, dans le Norfolk, et se mita y construire un petit monastère. Mais elle était si pauvre qu'elle n'avait à manger que du pain sec pour elle, pour ses compagnes et pour les maçons qui bâtissaient sa demeure future. Un jour, après qu'elle eut longtemps invoqué la sainte Vierge, elle vit sortir de la forêt voisine deux biches qui venaient boire au ruisseau dont l'onde pure arrosait ce site retiré. Elles avaient les mamelles chargées de lait et se laissèrent traire par les mains virginales des compagnes de Withburga; elles revinrent chaque jour à la même place et fournirent ainsi une ration suffisante pour la nourriture de la petite communauté et de ses ouvriers ^ . Cela dura jusqu'à ce que le prévôt du domaine royal, homme sauvage et méchant, et qui voyait de mauvais œil la naissante maison de Dieu, entreprit de faire la chasse aux deux .bêtes secourables. Il se mit à les poursuivre avec ses chiens à travers la campagne ; mais ayant voulu franchir une haie fort élevée, avec cette fougue audacieuse qui ca-
1. BoLLAND.,t. UMartii, p. 606. — Il existe encore à East-Dereham, liclite paroisse du Norfolk, un puits qui porte le nom de sainte Withburga, il est alimenté par une source qui avait jailli au lieu même où avait été déposé le corps de la sainte, avant sa translation à Ely- Notes and queries, série IFI, tome ITI, p. 247.
ractérise encore aujoiircriiui les cavaliers anglais, son cheval demeura embroché sur un pieu de la haie et le chasseur se cassa la tête^ .
Withburga acheva sa vie dans cette pauvre et humble solitude ; mais le parfum de ses douces vertus s'en exhalait au loin. Le renom de sa sainteté se propagea dans tout le pays environnant. Le culte que lui vouèrent les gens du Norfolk se maintint avec la persévérance propre à la race anglo-saxonne, à ce point que, deux siècles après sa mort, ils prirent les armes pour disputer ses reliques aux moines d'Ely , qui venaient s'en emparer, de par le roi, pour les réunir avec celles de ses sœurs à El y.
C'est aussi à El y, dans cette métropole monastique de l'Est-Anglie, dans cette reine des abbayes anglaises, qu'il faut nous transporter pour y contempler trois générations de princesses issues du sang des Uffîngs et des Ascings, et couronnées de l'auréole des saintes. Ce sont d'abord les deux reines de Mercie et de Kent, Etheldreda, que nos lecteurs connaissent déjà-, et sa sœur aînée Sexburga. Cette princesse accomplie avait épousé celui des rois de
1. Le chroniqueur monastique décrit l'accident avec tout l'entrain 1 dun habitué de steeple-chase. — Equus in obstantem sepem urgen- * libus calcaribus incurrit, secusque acuta sude transfixus ilia, duni resiliendo tergiversaretur, sessor superbus supino capite excutitur, fractaque cervice exanimatur.
2. Voir plus haut, dans l'histoire de Wilfrid, t. IV, p. 249.
Kent qui, après Ethelbert, montra le plus de zèle pour la propagation de TÉvangile. Ce fut elle surtout qui l'excita à détruire les dernières idoles qui restaient encore dans son royaimie. Après vingtquatre ans (640-664) de vie conjugale, elle devint veuve et fut régente, pendant quatre autres années (664-668), du royaume de son fils. Dès que celui-ci fut en âge de régner, elle abdiqua non seulement la couronne, mais la vie séculière, prit le voile des mains de l'archevêque Théodore, et alla fonder un monastère dans File de Sheppey, située à l'embouchure de la Tamise, et séparée de la terre ferme par ce bras de mer où Augustin, le jour de Noël o97, avait baptisé d'un seul coup dix mille Saxons. Ce monastère prit et garda le nom de Minster, comme celui que fondait à la même époque sa nièce Domneva, dans l'île voisine de Thanet. On en voit encore l'église non loin de la grande rade de Sheerness, qui est devenue l'une des principales stations de la marine britannique. Elle y gouverna une communauté de soixante-dix- sept religieuses, jusqu'au jour où elle apprit que sa sœur Etheldreda, se dérobant au roi son époux, d'après les conseils de Wilfrid, s'était réfugiée dans les marécages de leur pays natal et y avait créé un nouvel asile pour les âmes résolues à servir Dieu dans la solitude et la virginité. Sur quoi Sexburga résolut de
retourner dans son pays pour y devenir simple religieuse sous la crosse de sa sœur. (( Adieu, mes filles, » dit-elle à ses compagnes réunies autour d'elle, « je <( vous laisse Jésus pour protecteur, ses saints anges (( pour paranymphes, et une de mes filles pour su- « périeure... Je m'en vais en Est-Anglie, oii je suis (( née, afin d'y avoir pour maîtresse ma glorieuse (( sœur Etheldreda, et de prendre part d'abord à ses « travaux ici-bas , puis à sa récompense là-haut. » Elle fut reçue avec enthousiasme à Ely : toute la communauté vint au-devant d'elle ; les deux reines, les deux sœurs, pleurèrent de joie en se retrouvant. Elles vécurent ensuite dans l'union la plus douce et la plus tendre, en rivalisant de zèle pour le service de Dieu et le salut des âmes, mais Sexburga s'efforçant toujours de prendre des leçons d'humilité et de ferveur auprès d'Etheldreda. Quand celle-ci mourut (679) , ce fut Sexburga qui la remplaça comme abbesse, et qui gouverna pendant vingt ans le grand monastère est-anglien avant d'aller reposer auprès de la tombe qu'elle avait érigée à sa sœur (6 juillet 699) \
1. Vobis, 0 filiiti, Jesuni dereliiiquo liitorem, sanctosqiie ani^elos paranyrnphos... Regina reginarn excepit, soror sororemcum tripudio introducit, l'undunt ubertim pra3 gaudio lacrymas, et ex vera caritate inter eas lœlitia germinatiir. Federata3 invicein beatae sorores in unitate lidei... Historia EUensis. I. I, c. 18, 3ô.
Outre ses deux fils qui régnèrent successivement sur le pays de Kent, Sexburga eut deux filles : l'une, Earcongotha, vécut et mourut, comme on Fa déjà vu, dans un monastère français ; l'autre, Ermenilda, mariée au fils et au successeur de Penda, avait été, avec l'illustre exilé Wilfrid, le principal instrument de la conversion définitive de la Mercie, du plus grand royaume de THeptarchie. Gomme sa mère, elle usa de toute l'influence que lui donnait Pamour de son mari pour extirper les derniers vestiges de l'idolâtrie dans le pays qui avait été le plus redoutable foyer et le dernier boulevard du paganisme anglo-saxon ^ . L'exemple de ses vertus était d'ailleurs la plus efficace des prédications; et, parmi toutes ces vertus, c'était par son invincible douceur, par sa pitié pour tous les genres d'infortunes, par son infatigable miséricorde, qu'elle touchait surtout le cœur de ses sujets ^ Puis, comme sa mère, elle voulut s'offrir elle-même en holocauste au Dieu à qui elle avait achevé de ramener son peuple ; devenue veuve, elle se fit refigieuse comme sa mère, et sous sa mère, car ce fut à Ely qu'elle alla prendre le voile, afin d'y vivre dans l'hmiiilité et la chasteté sous une autorité doublement maternelle. La mère