BoLLAND., t. il Februar., p
et la fille se disputaient à qui donnerait les plus beaux exemples d'humilité' et de charité. Enfin, et encore comme sa mère, à la mort de celle-ci, Ermenilda devint abbesse et fut ainsi la troisième princesse du sang des Uffings qui gouverna la communauté de plus en plus florissante d'Ely. La chronique du lieu affirme que ce ne fut pas sa naissance, mais bien ses vertus et même son amour de la : sainte pauvreté qui la firent préférer à toute autre par le suffrage unanime de ses nombreuses compagnes. Elle se montra digne de cette unanimité. Ce fut moins une supérieure qu'une mère. Après une vie pleine de sainteté et de justice, son âme alla recevoir au ciel la récompense éternelle, et son corps fut enseveli à côté de sa mère et de sa tante, dans l'église de la grande abbaye qui eut ainsi le singulier privilège d'avoir pour ses trois premières abbesses une reine de Northumbrie, une reine de Kent et une reine de Mercie.
Mais cotte célèbre communauté devait en outre être le foyer spirituel d'une quatrième abbesse et d'une quatrième sainte en qui se croisait le sang de Penda et d'Anna-, des vainqueurs et des vaincus. C'était Wereburga, fille unique d'Ermenilda, et qui
1. GoTSELiNus, Vita S. Werchurgx, ap. Bollànd., 1. 1 Februar., p. 388.
;>. Voir Uîs tableaux généalogiques B. C. 0.
avait, non pas suivi, mais précédé sa mère clans le cloître.
Au sein de leurs palais, ces chrétiennes couronnées avaient ressenti le mépris des richesses, du luxe et de la pompe mondaine ; elles s'y regardaient comme les captives de la vanité \ Malgré l'éclat d'une beauté vantée, comme celle d'Etheldreda , par les annalistes-, Wereburga repoussa tous les prétendants qui aspiraient à sa main. Un monastère lui paraissait le plus beau des palais. Elle alla donc rejoindre sa grand'tante Etheldreda à Ely, avec le consentement de son père, qui l'y conduisit solennellement, accompagné du cortège royal. Quand sa grand'mère, la reine Sexburga, et sa mère , la reine Ermenilda , l'y eurent suivie , on vit trois générations de princesses issues du sang d'Odin et de Hengist, l'aïeule, la mère et la fille, revêtues du même habit et astreintes à la même règle, pour le service de Dieu et des âmes. Wereburga y vécut longtemps en simple et humble religieuse, remplissant à son tour tous les offices de la communauté, jusqu'au jour où, après la mort de sa mère, elle fut appelée à la remplacer comme abbesse.
1. Viluerant divitiee lam matri quam filide : palatium habebant pro monasterio. Act. SS. Bolland,, Febr, t. 1, p. 387.
2. Cum formée pulchriludoinsignilerresponderetgenerositali suée, cœpit speciosafaciecumspeciosissima mente adeiim... coiitendere... BoLLÂNT)., t. I Februar., p. 387-388.
Son oncle Ethelred, qui après un règne de trente ans devait finir sa vie dans le cloître, fut tellement frappe de la prudence et de la capacité qui se mêlaient chez Wereburga à la sainteté, qu'il lui confia une sorte de suprématie ou plutôt un droit d'inspection générale sur les diverses abbayes de filles dans ses États. Ce fut ainsi qu'avant de gouverner Ely elle passa tour à tour à la tête des communautés de Weedon, de Trentham, de Hanbury, laissant partout un parfum de vertu et de bonté, avec des souvenirs d'une si constante sollicitude pour le bien de tous, qu'ils ont rendu sa mémoire chère au peuple et que la légende s'en est emparée selon son habitude. De tous les traits qui ornent sa biographie, nous ne voulons en citer qu'un seul, parce qu'il explique mieux que tout autre la popularité de sa mémoire. Il arriva un jour qu'un berger du domaine de son monastère de Weedon, d'ailleurs recommandable par sa sainte vie, fut maltraité par l'intendant de ce domaine avec cette brutalité sauvage que les Anglais modernes n'ont que trop souvent empruntée à leurs ancêtres saxons. A ce spectacle, la nièce du souverain de la Mercie, la petite-fille du terrible Penda, alla se jeter aux genoux du cruel régisseur : « Pour Famour de Dieu, » s'écria-t-elle , a épargnez cet innocent ; il est plus (( agréable que vous et que moi aux yeux de Celui « qui du liant du ciel contemple toutes nos ac-
(( tions. )) Le bourreau ne Fécoutant pas, elle se mit à prier Dieu, jusqu'à ce que, paralysé et retourné sur lui-même par une force miraculeuse, il se vit à son tour obligé d'invoquer l'intervention de la sainte pour obtenir d'être rendu à son état naturel ' .
A la mort de Wereburga, les populations voisines du monastère où elle mourut et de celui où elle devait être enterrée se disputèrent à main armée la possession de son corps , ce qui commençait à passer en coutume , lors de la mort de nos saintes religieuses. Deux siècles plus tard, pour dérober la chère dépouille aux Danois, VEaldorman de Mercie la fit transporter à Gh ester, ville déjà célèbre du temps des Bretons et des Romains, et où s'éleva sur sa tombe une grande abbaye, avec une église qui est aujourd'hui admirée parmi les belles cathédrales d'Angleterre.
Pour achever cette énumération des princesses anglo-saxonnes dont l'éducation et la vocation claustrale nous ont été révélées par suite du culte dont elles ont été l'objet, il nous reste à dire quelques mots des religieuses sorties de la race qui devait, un siècle plus tard, absorber tous les royaumes del'Heptarchie et créer l'unité politique de l'Angleterre. Cette race de Cerdic, fondateur du royaume de
1. Parce, pro Dei amore, quare excaniificas hominem innocentem.. Ibid., p. 389.
Wessex, nous a déjà donné un personnage essentiellement monastique dans le roi législateur Ina ^ , qui, au milieu d'un règne prospère et glorieux, abdiqua pour aller se faire moine à Rome. Ce fut sa femme, on s'en souvient peut-être, Ethelburga, qui le détermina, par une scène habilement préparée, à délaisser la royauté, le monde et son pays. Elle seule ne le quitta point ; elle l'accompagna dans son exil volontaire, et, devenue veuve, revint se faire religieuse à Barking, en Angleterre.
A côté de la femme d'Ina, issue comme lui du sang de Gerdic, viennent se placer, dans les annales monastiques, les deux sœurs de ce roi, Goenburga" et Guthburga, toutes deux vouées à la vie religieuse et comptées parmi les saintes anglaises. Gette dernière est de beaucoup la plus renommée. Mariée toute jeune à ce savant et pacifique Aldfrid, roi de Northumbrie, dont on a vu le rôle important dans la vie de Wilfrid, elle fut, comme sa belle-sœur Etheldreda, atteinte jusque sur le trône par les traits de Tamour divin; et, du vivant de son mari, elle voulut renoncer à la vie conjugale et à la royauté pour se consacrer au service de Dieu dans le cloître.