Voir plus haut, page 135, et le tableau généalogique E
2. Placée par les liollandistes (t. IV Sept., die 12) parmi lesjjrœtermissij parce que sou culte ne leur a pas paru certain, bien qu'elle soit nommée dans une foule de inartyrolo;^es. Cf. Pagi, Crit. in AnnaK Bauonii, ad ann. 705.
Moins épris ou moins violent que son frère Egfrid, le roi Aldfrid consentit à la séparation ' ,et Cuthburga alla prendre le voile dans le monastère de Barking (700-705) , sur la Tamise, dans le royaume des Saxons de l'Est. Fondé depuis quelque temps par un saint évêque de Londres % pour sa sœur, en qui il avait reconnu une âme destinée à gouverner celles qui voudraient se donner à Dieu, cette maison était déjà célèbre non seulement par la ferveur de ses religieuses, mais par le zèle qu'on y déployait pour l'étude des saintes Ecritures, des Pères de FEglise et même des langues classiques. La sœur d'Ina n'y resta d'ailleurs que quelques années : son frère voulut qu'elle devînt supérieure d'une grande fondation due à leur race et dans leur pays. Il l'établit à Winbourne (705), dans une contrée particulièrement fertile % près de la résidence royale des rois de Wessex et non loin de la mer qui baigne les plages de ce qu'on appelle au-
1. Florent. Wigornensis. — Cf. Bolland., t. VI Augiisti, p. 696.
2. Cet évêque s'appelait Earconwald, et sa sœur Edilberga ou Ethelburga; il ne faut pas la confondre avec la veuve du roi Ina, qui fut plus tard religieuse et même abbesse à Barking. L'évéque se fit lui-même moine à Chertsey, autre monastère également fondé par lui sur les bords de la Tamise.
3. Quod Latine interpretatur vini fons dici potest, quia propler nimiam claritatem et saporem eximium quo ceeteris terrœ illius aquis preestare videbatur, hoc nomen accepit. Rodolphi Vita S. Lioba3,à]), AcTA SS. 0. S. B.,sa3C, lU, p. 2.
jourd'hiii le Dorsetshire. La reine deNortliumbrie, .devenue abbesse de la nouvelle communauté, y transporta l'esprit et les habitudes de son premier domicile monastique ; et bientôt Winbourne devint encore plus célèbre que Barkingparle grand développement qu'y reçurent les études littéraires.
Mais avant d'insister quelque peu sur cette singulière germination de la littérature ecclésiastique et classique chez les religieuses anglo-saxonnes, et avant de quitter cette région du Wessex, qui adonné aux Anglais leur premier monarque, Egbert, et au monde germanique le plus illustre de ses apôtres, Boniface, il faut réserver une place à la touchante et populaire histoire de Frideswida, fondatrice et patronne d'Oxford, c'est-à-dire d'un des foyers littéraires et intellectuels les plus célèbres de F univers. Fille d'un des grands chefs du pays, à qui la légende décerne le titre de roi ou au moins de subregulus, comme toutes les héroïnes de la légende anglosaxonne, elle fut recherchée en mariage par un autre roi ou chef nommé Algar, plus puissant que son père, mais dont elle refusa obstinément l'alliance, afin de se consacrer à la vie religieuse. Le prince, égaré par sa passion, résolut de la prendre de force. Pour se dérobera sa poursuite, elle se jeta, comme Bega, dans une barque, non pour traverser la mer, comme la princesse irlandaise, mais pour mettre la
Tamise entre elle et son amoureux. Après avoir navigué pendant dix milles sur cette rivière, elle alla débarquer sur la lisière d'une forêt où elle se cacha dans une sorte d'abri recouvert de lierre, mais destiné primitivement aux pourceaux qui, alors comme depuis, allaient à la glandée dans le bois et constituaient une des principales richesses des propriétaires anglo-saxons ' . Ce ne fut pas pour elle un refuge assuré. Algar, de plus en plus ardent, la suivait à la piste, avec l'intention delà sacrifier à la brutalité de ses compagnons en même temps qu'à la sienne. Mais au moment où, épuisée del assitude, il allait l'atteindre et la saisir, elle se rappela les grandes saintes qui, dès les premiers temps de l'Eglise, avaient défendu et sauvé leur virginité au prix de leur vie. Elle invoqua Catherine, la plus illustre martyre de l'Église d'Orient, et Cécile, cette héroïque et douce Romaine, dont le nom, inséré au canon de la messe, était déjà familier à tous les nouveaux chrétiens. Elle fut exaucée : Dieu frappa le sauvage Anglo-Saxon d'une cécité subite qui mit un terme à sa poursuite furibonde.
De là une tradition bizarre, mais invétérée, qui veut que les rois d'Angleterre, pendant plusieurs siècles, aient évité avec soin de séjourner ou même