Voir le premier chapitre d'Ivanhoé
de passer à Oxford, de peur d'y perdre les yeux. Frideswida, ainsi miraculeusement sauvée, obtint par ses prières que la vue fût rendue à son persécuteur^; puis avec le consentement de son père, et après quelques années passées dans 'la solitude, elle voulut fonder, au lieu même de sa délivrance, près d'Oxford, un monastère, où une grande affluence de vierges saxonnes vint se ranger sous son autorité et où elle acheva sa vie en la même année que le vénérable Bede (735), consolée pendant son agonie par Tapparition des deux vierges martyres, sainte Cécile et sainte Catherine, qu'elle avait naguère invoquées avec tant de succès.
La tombe de Frideswida, la chapelle érigée par elle au fond du bois où elle s'était cachée, la fontaine qu'elle y avait fait jaillir par ses prières, attirèrent jusqu'au treizième siècle une foule de pèlerins amenés par la renommée des guérisons surnaturelles qu'on y obtenait. Mais de tous les miracles recueillis après sa mort, aucun ne nous touche à l'égal de celui qui, raconté pendant sa vie, contribua surtout agrandir le renom de sainteté dont elle fut promptement entourée. Il arriva un jour qu'un malheureux
1. Leland, Collectanea, ap Dugdale, t. I, p. 173. Cf. BoLLA^D., t. VIII Octobr., p. 533 à 568. — Henri III fut le premier des rois anglais qui se mit au-dessus de ce préjugé en visitant Oxford, et on attribuait à cette présomption les malheurs de son règne.
LES RELIGIEUSES AiNGLO-SAXONNES. 309
jeune homme, atteint de la lèpre, se rencontra sur son chemin : dès qu'il l'aperçut de loin, il s'écria : (( Je vous conjure, vierge Frideswida, par le Dieu (( tout-puissant, de me donner un baiser au nom (( de Jésus-Christ, son fils unique. » La jeune fille, surmontant l'horreur qu'inspirait à tous cette hideuse maladie, s'approcha de lui, et, après l'avoir marqué du signe de la croix, elle imprima sur ses lèvres un baiser fraternel. Peu après les écailles de la peau du lépreux tombèrent, et son corps redevint sain et frais comme celui d'un enfant ^ .
L'église où reposait le corps de Frideswida et le monastère qu'elle avait fondé furent l'objet de la vénération pubhque et des largesses de divers rois pendant tout le moyen âge. Il serait trop long de raconter comment ce monastère passa aux chanoines réguliers et devint l'un des berceaux de la célèbre université d'Oxford. Toujours est-il que la première école authentiquement reconnue dans ce heu destiné à tant d'éclat httéraire se rattache au sanctuaire de notre Anglo-Saxonne - . Oxford et Westminster^ , les deux plus grands noms de l'histoire sociale et in-
1. Adjuro te, virgo Frideswilda, per Deum omnipotentem, ut des mihi osculum... Atilla caritatis igné succensa illico accessit... Bol- L\ND., t. Vni Octobr., p. 565.