Voir plus haut, t. HI, p. 43L
310 LES RELIGIEUSES AiNGLO-SAXOiNNES.
tellectuelle de F Angleterre, datent donc l'un et l'autre de ces origines monastiques où plongent les racines de tout ce que la vieille Angleterre a de grand et de sacré.
Le monastère de sainte Frideswida, transformé en collège par le cardinal Wolsey, est encore aujourd'hui, sous le nom de Christ-Church, l'établissement le plus considérable de l'université d'Oxford. Son église reconstruite au douzième siècle, sert de cathédrale à cette ville ^ Son corps, selon l'opinion commune, y repose encore, et on y montre sa châsse; mais faut-il ajouter que, sous Elisabeth et lors du triomphe définitif de la réforme anglicane, un commissaire de la reine, qui a raconté lui-même le fait dans un rapport officiel, crut devoir placer à côté des reliques de Fridesw^ida le cadavre de la reUgieuse défroquée qui avait épousé un moine apostat, nommé Pietro Vermigli, lequel avait été appelé à Oxford comme réformateur et professeur de la nouvelle doctrine. Ce commissaire mêla les ossements de la sainte et ceux de la concubine de manière qu'il fut impossible de les distinguer, dans un même
1. On y admire surtout le chœur avec ses arcades superposées, la tombe de Guitmond , premier prieur du monastère restauré en I549, celle de sir Henry de Bath, justicier d'Angleterre en 1251; puis la très élégante salle capitulairedu treizième siècle. — C'est à Christ- Church que réside le célèbre docteur Pusey, chanoine de cette cathédrale.
cercueil de pierre sur lequel il fit graver ces mots, aujourd'hui lieureusemeut effacés : Hic requiescit religio ciim superstidone^ .
On pourrait s'étonner de ce que rien dans la légende de sainte Frideswida, ni dans les souvenirs des premiers temps de sa fondation, ne se rapporte aux traditions incontestables qui constatent ce développement intellectuel et littéraire des grandes abbayes de femmes en Angleterre dont on a déjà dit quelques mots. Il importe d'y revenir, ne fût-ce qu'en passant et en nous réservant d'y insister de nouveau quandil sera question des essaims des savantes religieuses qui, sorties de ces ruches insulaires, prêtèrent un concours si efficace à saint Boniface et aux autres missionnaires anglo-saxons de la Germanie.
Il est constant, d'après des témoignages nombreux et avérés, que les études littéraires étaient cultivées, au septième et au huitième siècle, dans les monastères de femmes avec non moins de soin et
i. Voir l'article si savant et si complet du P. Bossue sur sainte Frideswida, ap. Bolland., t. VIII Octobr., p. 553-550.
de persévérance que dans les communautés d'hommes, et peut-être avec plus d'entraînement encore. Etait-ce là, comme on Ta dit, une conséquence de Tesprit nouveau que l'archevêque Théodore avait apporté de Grèce et d'Italie, et qu'il avait inspiré à toute l'Eglise monastique d'Angleterre? Ou ne futce pas plutôt une tradition venue de la Gaule franque, où les premières religieuses anglo-saxonnes avaient été formées, et où l'exemple de Radegonde et de ses compagnes nous montre à quel point les habitudes et les réminiscences classiques trouvaient de l'écho dans les cloîtres de femmes ^ ?
Toujours est-il que les religieuses anglo-saxonnes interprétaient surtout par l'étude l'obligation du travail qui leur était imposé par la règle, pour occuper le temps qui leur restait après l'accomplissement de leurs devoirs liturgiques. Elles ne néghgeaient pas les occupations propres à leur sexe, comme on le voit par l'exemple des vêtements sacerdotaux brodés pour saint Cuthbert, par l'abbessereine Etheldreda. Elles poussaient même si loin l'art de la broderie des étoffes d'or et d'argent, ou garnies de perles et de pierreries, à l'usage du clergé et des églises, que le terme (( d'ouvrage anglais » (opus Anglicuyn) fut longtemps consacré à ce genre de