Voir plus haut, t. IV, p
3. Non licet viris feminas habere monacha, neque feminis viros, tamen non destruamus illud quod consuetudo est in hac terra.;. Capitula et fragmenta, ap. Thorpe, Ancient Laws and Institutes, p. 307.
propre à la jeunesse de l'Eglise, laquelle, comme toutes les jeunesses, a connu des hardiesses, des dangers, des orages, des désordres d'une nature propre à cet âge, mais qui disparaissent en temps utile.
C'était surtout une nouvelle et très frappante preuve de cet ascendant de la femme dans l'ordre social, que nous avons déjà signalé, d'après Tacite, chez les Germains comme chez les Bretons ^ . Maintenu, consolidé et, sous certains rapports, sanctifié par l'esprit chrétien chez les Anglo-Saxons, il est demeuré tout-puissant chez cette race. Il a enfanté cette déférence à la fois officielle et populaire pour le sexe faible, et je dirais volontiers cette pudeur publique dont les Anglo-Saxons d'aujourd'hui nous donnent aux Etats-Unis un si lumineux et si honorable exemple dans leurs écoles primaires de garçons, dirigées, souvent au sein des plus grandes villes, par des jeunes filles que protège contre tout outrage, contre tout sarcasme même, le respect universel des pères et des fils - .
Hâtons-nous d'ajouter que, même à cette époque primitive, on ne rencontre aucun trace des abus ou
1. Neque enimsexum in imperio discernunt. Agric, c. 16. — Solitum Britannis feminaium ductu bellare. Annal., XIV, 35.
2. Emile de Laveleye, de l' Instruction publique en Amérique, eonfinné d'ailleurs par les récits de tous les voyageurs imparliaux.
des désordres que l'esprit soupçonneux du critique moderne pourrait supposer. Gela s'explique par les précautions que Ton retrouve partout, lors de la construction des doubles monastères et dont il ne paraît pas qu'on se soit jamais départi. La double famille habitait séparément, dans deux édifices tout à fait distincts S bien que rapprochés. En règle générale, les religieuses ne sortaient pas de leur clôture» et il était strictement interdit aux moines de pénétrer dans l'enceinte réservée aux religieuses, sans la permission de Tabbesse et hors de la présence de plusieurs témoins. AWinbourne, qu'il faut toujours citer comme le type des établissements de ce genre, ces deux monastères s'élevaient côte à côte, comme deux forteresses entourées chacune de murs crénelés. L'austérité de la discipline primitive y était en pleine vigueur du temps où y séjourna cette Lioba, qui devait, sous les auspices de saint Boniface, introduire en Allemagne la vie claustrale des femmes. Les prêtres étaient tenus de sortir de l'église aussitôt leur messe célébrée ; les évêques euxmêmes n'étaient point admis dans le monastère des femmes, et l'abbesse ne communiquait avec le
1, Multi de fralribiis ejusdern monasterii qui aliis erantin sedibus (Bede, m, 8), à propos de Faremoutier. — Eam monasterii partem, qua ancillaruin Dei calerva a virorum crat sécréta contubernio. Ibi(J., IV, 7, à propos de Barking.
dehors, pour donner ses ordres à ses sujets spirituels et temporels, qu'à travers une fenêtre grillée ^ .
De toutes les grandes communautés de ce genre dont l'histoire nous parle, Goldingham est la seule dont la mémoire ne soit pas restée irréprochable : nous Pavons dit plus haut, en constatant le rôle historique de la princesse northumbrienne, Ebba, fondatrice de cette maison^. Encore faut-il bien constater que les scandales qu'y signalait Bede, le sévère et sincère Bede, ne sont pas de ceux qu'on serait tenté de supposer : il s'agissait bien plutôt de manquements à la régularité claustrale que de prévarications contre les mœurs chrétiennes. Et d'ailleurs, petits ou grands, ces scandales furent glorieusement expiés au siècle suivant, lorsque, sous une autre Ebba, les religieuses de Goldingham, pour se dérober à la brutalité des conquérants danois, se coupèrent le nez et les lèvres, et par cette héroïque mutilation surent ajouter la palme du martyre à celle de la virginité ^
A part cette unique exception, le témoignage una-
1. Porro ipsa congregalionis mater, quando aliquicl exteriorum pro utilitate monasterii ordinare vel mandare necesse erat, per fenestram loquebatur. Vita S. Liobse, auct. Rudolpho, c. 2, ap. Acta SS. G. s. B., sœc. UI, p. 2.