‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 2)Chapitre 131 sur 148 · Bede Epist. ad Efjbert., c · texte numérisé non relu

Bede Epist. ad Efjbert., c

pas moins le titre de monachi et de sanctimoniales, c'est, sans aucun doute, à eux que l'on peut et que Fou doit le plus souvent imputer les excès flétris par les décrets des métropolitains anglais et par les épîtres de saint Boniface ; c'est encore, espéronsle, à cette même catégorie qu'il convient d'appliquer l'accusation portée par les terribles et intraduisibles paroles de sa lettre au roi de Mercie : lllse meretrices , sive monasteriales sive seculares ^ . Disons enfui que le grand apôtre, enflammé à la fois par l'amour de la religion et l'honneur de sa race, ne parle que par ouï-dire ; que ses plus sanglantes objurgations sont tempérées par quelques formules dubitatives ; qu'il ne rappelle jamais des excès qu'il aurait vus ou connue par lui-même avant son départ pour l'Allemagne, mais seulement ce qui lui avait été rapporté par des récits plus ou moins avérés pendant le cours de ses missions en Germanie.

Cette correspondance de saint Boniface, qui est une mine si précieuse et si unique- de renseigne-

1 Epistolx s. BoNiFACii, 11° 59, éd. Jaffé, p. 175. — Voir aussi sa lettre à l'archevêque Egbert d'York. Ibid., n" 61. 2. Disons toutefois que l'emploi de cette collection est singulière-

ments sur les idées et les institutions des races germaniques à leur début dans la société chrétienne, nous révèle en outre, par divers côtés, l'esprit qui régnait dans les cloîtres peuplés par les religieuses anglo-saxonnes. Avant comme après son apostolat en Allemagne, Winefred, devenu promptement le plus illustre religieux du Wessex, entretenait des relations fréquentes et intimes avec les religieuses les plus distinguées de son pays. Les lettres qu'il leur écrivait, celles surtout qu'il recevait d'elles, redoublent d'intérêt après son départ pour les régions encore inexplorées où il devait trouver le martyre. Il ne nous en reste qu'un trop petit nombre; mais celles qui nous ont été conservées suffisent pour nous laisser entrevoir ce qui se passait dans l'âme de ces femmes généreuses, intelligentes et passionnées, dont la vie s'écoulait à Fombre de ces monas-. tères où le grand missionnaire rencontrait non seulement des sympathies si dévouées, mais encore des alliées si actives et si utiles.

ment entravé par la manie qu'ont eue chacun des éditeurs (Wùrdwein en 1789, Giles en 1844, Migne en 1863) postérieurs à la première publication faite par Serrarius, en 1605, de changer l'ordre et la numération des épîtres. Nous avons adopté les chiffres de la dernière et très correcte édition donnée par Jaffé iMomnneuta Moguntina, in Bihliotheca rerum Germanicorum, t. HI, Berolini, 1866), qui croit avoir réussi à y introduire un certain ordre chronologique, dont les éditions plus anciennes étaient totalement dépourvues.

LES RELIGIEUSES ANGLO-SAXONNES. Ui

On y voit tout d'abord que tout n'était pas douceur et bonheur dans l'enceinte du cloître. Nous sommes tous portés à nous exagérer, dans le passé comme dans le présent, la paix et la suavité delà vie religieuse, au milieu des orages soit de cette société d'autrefois, si violente, si belliqueuse, si troublée, soit de la société moderne, si frivolement agitée, si mobile dans sa servilité. On a raison de se représenter le cloître comme un nid suspendu dans les branches d'un grand arbre secoué par le vent ou comme la chambre intérieure d'une barque battue par les tlots. On est au milieu de la tempête, mais on y est à l'abri ; dans un abri toujours menacé, toujours fragile, toujours périssable, mais enfin un abri. On entend du dehors le bruit des vagues, de la pluie, du tonnerre ; on sent bien qu'à chaque instant la perte est possible, ou même prochaine. Mais en attendant, on se sent à couvert ; on est tranquille, protégé, préservé, et on vogue avec une humble confiance vers le port. C'est une jouissance suffisamment tempérée par le sentiment de l'insécurité pour ne pas devenir un danger, une tentation de mollesse ou d'orgueil.

Mais dans ce nid et dans cette barque, préservés des tempêtes du dehors, que d'orages, que de périls, que d'écueils intérieurs! Même au sein de la communauté la plus paisible et. la mieux réglée.

quelle épreuve que cette mort quotidienne de la volonté individuelle ; que ces longues heures d'obscurité et de silence qui succèdent à F effort et à l'élan du sacrifice ; que cette durée perpétuelle du sacrifice, sans cesse subi, sans cesse renouvelé! Un maître très moderne de la vie spirituelle Fa dit avec une sévère perspicacité : « La continuité seule des exercices qui, bien que variés, ont toujours quelque chose de contraire aux penchants humains, dès qiCils sont réglés et qiCils se font pour Dieu, fatigue beaucoup* . » Quel implacable rayon de lumière jeté sur Finfirmité du cœur humain ! On se familiarise avec les règlements , avec les habitudes , avec les obh- | gâtions même onéreuses qui ont un but purement terrestre. Mais dès qu'il s'agit de Dieu, la répugnance reparaît. Il faut la retrouver et la surmonter sans cesse. C'est là qu'est le labeur et aussi le mérite infini de la vie du cloître.

S'il en est ainsi pour les âmes de nos contemporaines, depuis si longtemps façonnées à l'éducation et à la discipline chrétiennes, que ne devaient pas ressentir, au fond de leurs citadelles monastiques, ces Saxonnes du septième ou du huitième siècle, issues d'une race encore si jeune et si neuve dans

1. Notice sur la Société de la Sainte-Retraite, commencée aux Fontenelles, diocèse de Besançon, en 1787, par M. Receveur, p. 19 du texte redise en 1791.

les voies du Seigneur, et restée si impétueuse, si turbulente, si éprise de sa force, de sa liberté, de son indépendance indomptée ! A la contrainte matérielle qui, bien que volontairement acceptée, devait tant leur peser, venaient se joindre bien d'autres privations dont elles n'avaient peut-être pas mesuré d'avance toute l'étendue. De là sans doute ces agitations contenues, mais incurables, ces cris de douleur, ces désirs vagues, mais ardents et fougueux, qui se font jour dans les quelques pages qu'on nous a conservées de leurs épanchements intimes avec le plus grand et le plus saint de leurs compatriotes.

On regrette que ces âmes candides et ardentes aient eu recours au latin pour exprimer leurs émotions et leurs confidences. Si elles avaient employé leur idiome national, au lieu d'une langue qui, sans être morte, puisque c'était celle de la vie spirituelle, n'en avait pas moins dû leur coûter bien des effortsavantde leur de venir familière, nous aurions vu sans doute leur pensée s'épancher, se précipiter en flots tumultueux, en mouvements abrupts, mais frappée au coin d'une originalité puissante et passionnée, comme les vers de Geadmon ou du poème de Beowulf. Et néanmoins, sous la forme artificielle et un peu contrainte où les enserre l'usage du latin, on sent déborder la sève et la vie avec toute la

vigueur d'une nature originale , sincère et véhémente.

Ce qui éclate le plus dans ces lettres, où elles traduisaient d'une main inexpérimentée, en un latin plus ou moins classique et en superlatifs plus ou moins élégants, les bouillonnements de leur cœur, c'est le besoin d'exprimer la tendresse , on dirait volontiers la passion qui les anime. On peut juger de l'intensité des affections qui unissaient certaines d'entre elles les unes aux autres par le tendre élan de leur parole quand elle s'adresse aux religieux qui avaient su gagner leur confiance. En voici un échantillon tiré d'une lettre adressée à Winefred , après les premiers succès de sa mission en Allemagne, par l'abbesse Bugga, que l'on croit avoir été fille d'un roi du Wessex, et qui était par conséquent de la même tribu que son illustre correspondant^ :

(( Je ne cesse de remercier Dieu de tout ce que j'ai appris par votre bienheureuse lettre ; de ce qu'il vous a conduit miséricordieusement à travers tant de pays inconnus ; de ce qu'il a favorablement incliné

1. Il y eut deux et peut-être trois religeusesdu nom de Bugga, parmi les correspondantes deBoniface. Nous supposons, avec l'éditeur des Notes sur les tombes monastiques découvertes à Hackness, p. 35, que celle dont il s'agit ici est la même dont un poème dé saint Aldhelm a célébré les constructions ecclésiastiques (Migne, Palrolo-. gie, t. Lxxxix, p. 289) et à qui saint Boniface écrivait sa lettre 86,éd. Jaffé, qui commence : 0 soror carissima.

vers vous le cœur du pontife de la glorieuse Rome ; de ce qu'il a prosterné devant vous T ennemi de l'Eglise catholique, Radbod le Frison. Mais je vous déclare qu'aucune révolution du temps , aucune vicissitude humaine ne changera l'état de mon âme envers vous et ne la détournera de vous aimer comme j'y suis résolue. L'ardeur de l'amour m'enflamme d'autant plus que je suis intimement convaincue d'arriver à un certain repos par la grâce de vos prières. Je vous renouvelle donc mes instances pour que vous intercédiez en faveur de ma bassesse auprès du Seigneur. Je n'ai pas pu encore obtenir les Passions des Martyrs que vous m'avez demandées. Je le ferai dès que je le pourrai. Mais vous, mon très cher, envoyez-moi, pour me consoler, ce recueil cV Extraits des Saintes Ecritures que vous m'avez promis dans votre lettre si douce. Ensuite je vous supplie d'offrir l'oblation de la sainte messe pour l'un de mes parents qui s'appelait N..., et que j'aimais par-dessus tout. Je vous envoie par le porteur de ces lignes cinquante sols et un drap d'autel : je n'ai pas pu me procurer quelque chose de mieux. C'est un petit don, mais qui vous est offert avec un grand

1. Venerando Dei famulo... Bonifacio sive Wynfritho dignissimo Dei presbytero Bugga vilis vernacula, perpétuas carilalis salulem... Ëo magis confiteor, quod nulla varietas temporalium vicissiludinum

Boniface et ses compagnons de mission ne mettaient gnère moins d'affection et d'abandon dans leurs communications épistolaires avec leurs sœurs en religion. Il écrivait d'avance à celles qu'il comptait attirer auprès de lui et associer à son œuvre de propagande apostolique : « A mes vénérables, estimables et très chères sœurs, Leobgitha, Thekla et Cynegilda, et à toutes les autres sœurs qui demeurent avec vous et qu'il faut aimer, comme vous, en Jésus-Christ, le salut d'une éternelle affection! Je vous conjure et vous enjoins de continuer à faire ce que vous avez déjà fait et ce qu'il vous faut faire toujours, c'est-à-dire de prier le Dieu qui est le refuge des pauvres et l'espoir des humbles, de me délivrer de mes nécessités et de mes tentations, moi le dernier et le pire de tous ceux à qui l'Église romaine a confié la prédication de l'Évangile. Implorez la miséricorde de Dieu pour qu'au jour où le loup viendra, je ne m'enfuie pas comme un mercenaire; mais pour que je puisse, à l'exemple du bon pasteur, défendre courageusement les brebis et les agneaux, c'est-à-dire l'Église catholique avec ses fils et ses filles contre les hérétiques, les schismati-

slalum mentis meœ inclinare queat... Sed ardenliiis vis amoris in m calesciL, dum pro certo cognosco... Et tu, mi carissimus (5ic) diri meae parvilati ad consolationem, quod per dulcissimas litteras tuas promisisli... Epist. 16.

ques et les hypocrites. De votre côté, dans les mauvais jours où nous sommes, ne soyez pas imprudentes. Recherchez avec intelligence où est la volonté de Dieu. Agissez virilement, avec la force que donne la foi, mais faites tout avec charité et patience. Puis souvenez-vous des apôtres et des prophètes qui ont tant souffert et qui ont reçu une récompense éternelle ^ )) -

Une confiance encore plus tendre semble l'inspirer, quand il écrit aux abbesses des grandes communautés anglaises et surtout à cette Eadburga qui devait succéder à sainte Mildreda dans le gouvernement du monastère fondé par sa mère sur la plage où avait débarqué saint Augustin - . Il l'appelle « bienheureuse vierge et sa très aimée dame, maîtresse émérite de la règle monastique \ » Il la conjure de prier pour lui pendant qu'il est ballotté par tous les orages qu'il lui faut braver au milieu des païens, des faux chrétiens, des faux prêtres et des clercs fornicateurs^ ce Ne vous fâchez pas de ce que je vous de-

1. Venerandis et arnanclis carissimis sororibus... œlernse carilalis salutem obsecro et prsecipio quasi filiabus carissimis... Quia ultinuis et pessimus sum omnium legalorum. Ep. 91.

%. Voir plus haut, p. 286 de ce chapitre. L'abbesse Eadburga ne mourut qu'en 751, quatre ans avant saint Boniface. Il était déjà en correspondance avec elle, comme avec l'abbesse de Barking, avant son départ pour l'Allemagne.

3. Beatissimaevirginiimmodilectissimfe dominée Eadburge. Ep. 10.

4. Epist, 87, éd. Jaffé; 27, éd. Serrarius. — Celui-ci conclut,

mande toujours la même chose. Il faut bien que je demande souvent ce que je désire sans cesse. Mes tribulations sont quotidiennes, et chaque jour elles m'avertissent, de solliciter les consolations spirituelles de mes frères et de mes sœurs \ »

Plus sa tâche lui semble laborieuse et plus son cœur a besoin de s'épancher avec sa vieille amie. (( A mabien-aiméesœur, l'abbesse Eadburga, depuis longtemps entrelacée à mon âme par les liens de la clientèle spirituelle... A ma sœur Eadburga que j'enserre avec les liens dorés de l'amour spirituel et que j'embrasse avec le divin et virginal baiser de la charité, Boniface, évêque, légat de l'Eghse romaine, serviteur des serviteurs de Dieu... Sachez que, grâce à mes péchés, le cours de mon pèlerinage est battu par la tempête. Partout la peine, partout la tristesse. Et ce qu'il y a de triste par-dessus tout, c'est que les embûches des faux frères l'emportent sur la malice des infidèles. Priez donc l'Agneau de Dieu, unique défensem^ de ma vie, de me protégei au miheu de tous ces loups... Priez aussi pour ces païens, qui nous ont été confiés par le Siège apostolique, afin qu'il daigne les arrachera l'idolâtrie

d'après certains passages, que cette épître a dû être adressée à Eda burga, bien que 1 intitulé ne porte pas de nom et dise seulement : Reverendissimse ac dilectissimœ ancillœ Christi N. .1. Ep, 87, éd. Jaffé.

et les agréger à notre mère l'Église catholique, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et que tous arrivent à la connaissance de la vérité... Que l'éternel rémunérateur de toute bonne action fasse triompher à jamais, dans la glorieuse compagnie des anges, ma sœur chérie, qui, en m'envoyant un exemplaire des saintes Écritures , a consolé le pauvre exilé germanique. Lui qui doit parcourir les recoins les plus ténébreux de ces nations germaines ne pourrait que tomber dans les embûches de la mort s'il n'avait pas la parole de Dieu pour éclairer ses pas... Priez, priez toujours pour que Celui qui du haut des cieux regarde tout ce qu'il y a de plus humble ici-bas, me pardonne mes péchés et me donne, quand j'ouvre la bouche, l'éloquence nécessaire pour que l'Évangile de la gloire du Christ coure et brille comme une flamme parmi les nations païennes \ »

Il écrivait, avec non moins d'effusion et de tendresse, à l'abbesse Bugga% elle aussi accablée d'é-

1. Dilectissimaesororiet jamdudumspiritalisclientelse propinquitate connexse. . . Aureo spiritalis amoris vinciilo amplectcndee et divino acvirgineocaritatis osculo stringendo sorori Eadburgae abbatissee... Undique labor, undique mœror... Caiissimam sororem remuneralor aeternus... leetificet... quaî, sanctorum librorum munera transmittendo, exulem Germanicum...consolataest...Qui tenebrosos angulos Germanicarum gentium lustrare débet... Epist. 73, 75, éd. Jaffé.

2. Cette Bugga s'appelait aussi Eadburga. Est-ce bien, comme on l'a souvent dit, la même que la Heaburg cognomento Bugga, qui figure

MOINES d'occ, V. 20

preuves dans le gouvernement de son double monastère, qui avait cherché auprès de lui des consolations , et qui désirait achever sa vie par un pèlerinage à Rome. « A ma bien-aimée dame et à la sœur que j'aime dans l'amour du Christ, mieux que toutes les autres créatures du sexe féminin, le petit Boniface, évêque indigne... Ah! très chère sœur, ; depuis que la crainte de Dieu et l'amour des voyages ont mis entre nous tant de terres et tant de mers, j'ai appris de plusieurs quelles tempêtes de tribulations ont assailK le déclin de votre vie. J'en suis profondément attristé, et j'ai gémi de ce que, après avoir écarté les principales sollicitudes du gouvernement de vos monastères, par l'amour de la vie contemplative, vous ayez rencontré des croix plus fréquentes et plus douloureuses encore. Or donc, sœur vénérable, plein de compassion pour vos maux, plein aussi du souvenir de vos bienfaits et de notre ancienne amitié, je vous écris pour vous exhorter et vous consoler^ comme un frère... Je veux que vous soyez toujours heureuse et joyeuse dans cette espérance

dans l'intitulé de l'épître 14, éd. Jaffé; 38, éd. Surrarius; 30, éd. Giles? Rien n'est plus douteux, à notre sens ; mais la force et le temps nous manquent pour discuter celte question d'ailleurs peu importante. Cet usage anglo-saxon de porter deux noms, que nous avons déjà rencontré chez Domneva ou Ermenberga, fondatrice de Minster, chez Winefrid ou Boniface, etc., ajoute à la, confusion et à la difficulté , souvent inextricable , des études sur les premiers tem])S de l'Église anglo-saxonne.

dont parle l'Apôtre, qui est enfantée par l'épreuve et qui ne trompe jamais. Je veux que vous méprisiez de toutes vos forces les tribulations mondaines, comme les ont toujom^s méprisées les soldats du Christ de l'un et de l'autre sexe... Au printemps de votre jeunesse, le père et l'amant de votre chaste virginité vous a appelée à lui, avec l'accent irrésistible de l'amour paternel : c'est celui-là même qui, aujourd'hui que vous n'êtes plus jeune, veut accroître et orner la beauté de votre âme par tant de labeurs et d'épreuves. Opposez donc, très chère, à toutes les souffrances du cœur et du corps le bouclier de la foi et de la patience, afin d'achever dans votre belle vieillesse l'œuvre commencée dans la fleur de votre jeunesse. Cependant, je vous en conjure, souvenezvous toujours de votre ancienne promesse, et ne cessez jamais de prier le Seigneur pour qu'il délivre mon âme de tous ses périls... Adieu, et sachez bien que la foi que nous nous sommes jurée l'un à l'autre ne faillira jamais ^ . »

1. 0 soror carissima, beneficiorum tiiorum et antiqiiarum amicitiarum memor. .. Epist. 86, éd Jaffé. — ... Dominée dilectissimte et in amore Cbristi omnibus cœteris feminini sexus preeferendee sorori... Bonifacius exiguus... Fidem antiqfiam inter nos nnnquam deficere scias, Epist. 86, 88, éd. Jaffé.

Cette abbesse Bugga, qu'il ne faut pas confondre avec celle dont on a cité un passage plus haut, survécut à Boniface; elle est qualifiée (Vhonorabilis abhatissa dans une lettre de l'archevêque de Cantor-

Quant au projet de pèlerinage à Rome, il ne veut se prononcer ni pour ni contre ; mais il l'engage à attendre l'avis que lui transmettrait, de Rome même, leur amie commune, une abbesse nommée Wetliburga, qui y était allée chercher la paix de la vie contemplative, après laquelle soupirait Bugga, mais qui n'y avait trouvé que des orages, des rébelhons et la menace de l'invasion des Sarrasins ^ .

Les moines anglo-saxons qui avaient accompagné le futur martyr dans sa mission apostolique rivalisaient avec leur chef par la vivacité de leurs expressions, en écrivant à leurs sœurs cloîtrées. Lulle, qui devait remplacer Boniface sur le siège archiépiscopal de Mayence, mandait, en même temps que deux de ses compagnons, à Fabbesse Guneburga, issue d'une des dynasties anglo-saxonnes, qu'elle occupait la première place, au-dessus de toutes les autres femmes, dans le sanctuaire le plus intime de leur cœur- . Ce même Lulle écrivait à l'abbesse Eadburga, si chère à son maître, pour le supplier de ne pas lui

béry au successeur de Boniface {Ep. 113, éd. Jaffé^. C'est probablement la même qui alla en pèlerinage à Rome, et dont il sera question plus loin.

Page 1