Bede, IV
de leur absence, alla les chercher et les trouva endormies dans les bras l'une de l'autre. Réveillées, elles dirent qu'elles pensaient n'avoir dormi qu'une heure, en rêvant du paradis. Elles redescendirent au chœur et là, agenouillées devant l'abbesse après avoir demandé et reçu sa bénédiction, elles mourm^ent en s'embrassant ^ .
L'un des plus célèbres païens de notre siècle, Gœthe, est mort en demandant de la lumière. Plus de lumière ! ce furent, dit-on, ses dernières paroles. On se les rappelle involontairement en lisant le récit des morts heureuses et joyeuses, douces et lumineuses de ces vierges, qui préparaient, au fond de leurs cloîtres aujourd'hui oubliés ou méprisés, la conversion de la patrie de Gœthe. C'est avant tout la lumière, mais une lumière céleste et surnaturelle, qui inonde leurs lits de mort et leurs tombes.
Le privilège de ces visions lumineuses et de ces douces morts semble avoir été accordé à nos Angio- Saxonnes, et non seulement à celles qui mouraient sur le sol natal, mais aussi à celles qui avaient passé leur vie dans les cloîtres étrangers.
1. Le comte Puch, père de ces deux sœurs, est celui dont il est question dans Bede (V, 4), où on raconte Ja guérison miraculeuse de sa femme par saint Jean de Beverley. Une de ses filles s'appelait Yolfrkla : l'histoire constate qu'elle fut religieuse à Beverley et y mourut en 742. Dugdale, Monasiicon, 1,170; Mabillon,>1c^. SS. 0. B., t. m, p. 413.
A Faremoutier, en France, la fille d'un roi de Kent, Earcongotha, dont nous avons déjà parlé S avait édifié tous les habitants par les prodiges de sa vertu. Avertie de sa fin prochaine, elle alla dans l'infirmerie du monastère solliciter de cellule en cellule les prières des rehgieuses malades. Elle mourut la nuit suivante, aux premiers rayons de l'aurore. A cette même heure, les moines qui occupaient un autre quartier du double monastère, entendirent comme le bruit d'une multitude qui venait, au son d'une musique céleste, envahir l'édifice claustral. Étant sortis en plein air pour savoir ce qui en était, ils se virent tout inondés d'ime lumière prodigieuse au milieu de laquelle l'âme de la princesse étrangère montait au ciel ".
Dans ce même cloître de Faremoutier, où la fille desroisde Kent, petite-fille de Glovis et d'Ethelbert, vivait et mourait de la sorte, une humble converse, elle aussi Anglo-Saxonne de naissance, eut, comme sa royale compagne, le pressentiment joyeux de sa mort et le cortège lumineux des anges pour l'escorter au ciel. Un jour que Willesinda (c'était son nom) travaillait au jardin du monastère avec d'autres sœurs converses, elle leur dit : « Une de celles qui culti- (( vent ce carré va mourir incessamment; soyons donc
t. Voir plus haut, p. 266 et 279.