‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 2)Chapitre 16 sur 148 · Epist.ad WllfricL, éd. Giles, p · texte numérisé non relu

Epist.ad WllfricL, éd. Giles, p

2. Sive in quotidianis potalionibus et conviviis usu frequenliore ac prolixiore inhoneste superfluis, sive in equitandi vagatione culpabili... Seu in quibuslibet corporeœ delectationis voluptatibus execrandis... P. 332, éd. Giles.

Écritures et à la prière ; et si tu veux t'occuper en sus des lettres séculières, fais-le surtout afin de mieux approfondir les textes sacrés, dont le sens dépend presque partout de l'intelligence des règles de la grammaire. Mets cette lettre dans tes autres livres, afin de la relire sans cesse. »

En dédiant son volumineux traité de versification latine, après vingt ans d'absence, au chef de quel- (jue tribu nortlmmbrienne ou scotique ' , qui avait été son compagnon d'études et qui était devenu son fils spirituel, il insiste ardemment auprès de celui ([u'il appelle son très révérend fils pour que ce pauvre prince se fasse un devoir de lire d'un bout à l'autre cet ennuyeux volume. Il s'étend longuement sur la peine que lui a coûtée cette composition au milieu des soUicitudes pastorales et des orages du siècle. « Il serait absurde, » dit-il, (( que tu ne prisses pas la peine de manger ce que j'ai eu tant de mal à moudre et à pétrir-. )) Puis il invoque aussi l'exemple du grand empereur Théodose, qui, tout en gouvernant le

1. On ne sait quel est cet Acircius, qu'il qualifie pompeusement de Aquilonalis imperii sceptra gubernanti, mais à qui il rappelle qu'ils ont contracté, au temps de leur puberté, inextricabile cou- (jlutinati fœdcris picjnus.

2. Absurdum nempe arbitrer si... illud te pigeât velutinsolescen tem ac delicatum paulatiin masticare ac ruminare, quod me non piguit, utpotepistoris pinsentis offîcio functum, commolere et tôlière. P. 328, éd. GJlcs.

MOINES d'occ-, V. 3

monde avait trouvé le temps de copier les dixhuit livres du grammairien Priscien. Mais il ajoute aussitôt ; « Que le son de la trompette du jugement dernier ne sorte pas de tes oreilles ; qu'il te rappelle toujours le livre de la loi qu'il faut méditer nuit et jour. Si tu songes toujours à tes fins dernières, jamais tu ne pécheras. Qu'est-ce que notre prospérité d'ici-bas? un songe, une fumée, une écume. Plaise à Dieu que la possession des biens présents ne nous tienne pas heu de toute rémunération future, et que Fabondance de ce qui périt ne soit pas suivie de la disette de ce qui dure ! Je le demande pour toi et pour moi à celui qui pour nous a été suspendu au gibet de la croix. );

C'est encore dans les trop rares fragments de sa correspondance que l'on peut juger du cœur d'Aldhelm ; et ce cœur nous semble très supérieur à son esprit. On y découvre une tendresse et une bonté qui, chez ce religieux de race barbare, touchent et attachent bien autrement que toute sa rhétorique et toute son érudition gréco-latine. On voit avec bonheur que son âme ne fut ni gonflée ni troublée par sa grande renommée chaque jour croissante, ni par l'affluence de disciples et d'admirateurs qui s'offrait à lui non seulement dans les Iles Britanniques, mais jusqu'en Gaule et en Espagne.

Il resta toujours Fliomme doux et affectueux qui, pendant qu'il étudiait avec passion la prosodie, Fastronomie et le droit romain à Gantorbéry, écrivait à son évêque en gémissant de ne pouvoir célébrer les fêtes de Noël dans la joyeuse compagnie de ses frères de Malmsbury et le chargeait de saluer tendrement tous ces frères depuis le premier jusqu'au dernier'.

C'est par là que s'explique surtout la grande popularité dont il jouissait dans son pays. Elle était telle que, au retour de ses voyages, il voyait accourir au-devant de lui non seulement la longue procession de ses religieux avec leurs chants et leurs encensoirs, mais encore une foule de laïques qui se livraient à une sorte de danse rythmée en son honneur-.

Après cette mention trop prolongée du rôle httéraired'Aldhelm, il faut nous rappeler qu'il nous intéresse surtout par sa grande existence monastique et par ses relations avec les dissidents celtiques.

Ce médiocre écrivain a été un grand rehgieux. Il partagea sa vie entre l'étude et la prière, mais l'étude n'était pour lui qu'une suite de ses entretiens avec Dieu. « Quandjelis, » disait-il, ce c'est Dieu qui

1. Salutate in Christo omnem soclalium meoriim catervarn a minimo usque ad maximum.

2. Laicorum pars pedibus plaudunt choreas; par diversis corporimi geslibus internas pandunt lœtitias. Guill. Malmiîsb., p. 19.

me parle ; quand je prie, c'est à Dieu que je parle * . » Gomme ses contemporains Wilfrid et les saints abbés de la plage northunibrienne, il professa et propagea la règle de saint Benoît, dont il a inscrit le panégyrique dans son poème en l'honneur des Vierges, et qu'il n'hésitait pas à regarder comme le premier auteur de la conversion de l'Angleterre, puisque ses disciples en avaient été les premiers apôtres '. Il substituait ainsi les enseignements et les traditions puisés à Cantorbéry, aux influences de son premier maître celtique. Mais ce n'était point par mollesse ; car il n'en demeurait pas moins fidèle comme Wilfrid lui-même, aux grandes austérités qui caractérisaient la vie monastique des Irlandais. Lui aussi s'imposait ces pénitences vraiment prodi-

1. ut sicut ipse in quadani epistola dicebat, legens Deiim alloquentem audiret, orans Deum alloqueretur. Guill. Malmesb., p. 13.

2. On nous saura gré de citer ces vers; c'est le plus ancien iionimage rendu par une plume germanique à la gloire de saint Benoît et de son institut :

Temporibus faustus Beneoictus claruit isdeni, Quem Deus Ausonioe clemens indulserat auctor... Primo qui statuit nostraî certamina vitre, Qualiter optatam tenoant cœnobla normam, Quoque modo properet directo tramite sanctus. Ad supera scandeos cœlorum culmina cultor; Cujus prœclaram pandens ab origine vitam (Jrœgorius prœsul ciiartis descripserat olim, Donec a'tliralem felix migrarel inarcem.

Hujus alumnorum numéro glomeramus ovantes, Quos gerit in gremio fœcunda Brilannia cives, A quo jani nobis baptisml gracia lluxit, Atque magistrorum veneranda catervacucurrit.

De Laudibus Virginuin, p. 159.

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gieuses qui étaient habituelles aux moines scotiques. Pour dompter les révoltes de la chair, il allait la nuit se plonger jusqu'au cou dans une fontaine voisine du monastère, et y restait pendant la durée d'un psautier. Et cela en hiver comme en été. Cette fontaine, voisine du monastère, a longtemps gardé son nom avec la mémoire de ses redoutables austérités' . Je pense que c'est le seul poète et le seul érudit dont on ait conservé de tels souvenirs.

11 était loin d'ailleurs de concentrer son zèle dans l'étroite enceinte de son monastère. Ce fut lui qui, par sa prédication, acheva la conquête du Wessex, ce royaume qui devait, un siècle après sa mort, absorber les sept autres royaumes de PHeptarchie. Mais cette œuvre fut aussi longue que laborieuse. Les populations semblaient n'être chrétiennes que de nom : elles n'écoutaient pas les prêtres et ne fréquentaient point les églises. Aldhelm employait toutes les ressources de son éloquence pour les y attirer. Il allait jusque sur les foires et les marchés publics, se mêlait aux groupes des acheteurs et des vendeurs, et réussissait, par la suavité de sa parole, à leur faire abandonner pour un temps leurs denrées , et à les entraîner sur ses pas jusqu'à l'église où il les nourrissait à loisir du pain et de la parole divine".

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