Bede, Hist. eccles., V
deux que cette invocation de son nom et de son autorité, plus de mille ans après sa mort, par un prélat saxon auprès d'un prince celte, issus l'un et l'autre de deux races totalement ignorées de la Grèce et de ses grands hommes. «Mais, » ajouteCeolfrid, ce si ce séculier a eu raison de penser et de parler ainsi , en ce qui touche la philosophie de ce monde, combien plus les citoyens de la céleste patrie exilés ici-bas ne doiventils pas désirer que les puissants du siècle s'appliquent à connaître les lois du Juge suprême et à les faire observer par leur exemple et par leur autorité î Aussi regardons-nous comme une faveur céleste, conférée à rÉglise, chaque fois que les maîtres du monde s'appliquent à connaître, à enseigner ou à observer la vérité^ . )) Là-dessus il s'engage dans une discussion théologique et astronomique où, passant en revue les textes du Pentateuque et les divers cycles usités depuis Eusèbe jusqu'à Denis le Petit, il prouve que l'on doit célébrer la Pâque, comme l'Église cathohque, la troisième semaine du premier mois lunaire et toujours le dimanche. Quant à la tonsure, il admet qu'elle est en soi indifférente , mais il insiste sur la tradition fabuleuse que tous les orthodoxes
1. Vereomnino dixit quidam secularium scriplorum... Quod si de philosophia hujus mundi vere intelligere et de statu hujus niiindi nierito diceie potuit homo luijus mundi , quanto raagis cœlestis patries dvibus... Bede, ibid.
tenaient alors pour un article de foi, en attribuant à saint Pierre la tonsure romaine en forme de couronne, et à Simon le Magicien la tonsure irlandaise, où le devant de la tête était rasé.
Cette lettre de l'abbé northumbrien, qui paraîtaux lecteurs modernes aussi longue que fastidieuse, obtint un plein succès. Elle fut lue publiquenient au roi picte, en présence de tous les savants de son pays, et traduite exactement en sa langue. Dès qu'il l'eut entendue, il se leva du milieu des seigneurs entre lesquels il était assis, se mit à genoux et remercia Dieu d'avoir été assez heureux pour recevoir du pays des Anglais un tel présent, ce Je savais bien déjà, » dit-il; « que c'était la vraie manière de célébrer la Pâque. « Mais j'en vois maintenant si clairement la raison, (( qu'il me semble que je n V entendais rien du tout (( auparavant. C'est pourquoi je vous prends tous à iC témoin, vous qui siégez ici avec moi, que je (( veux désormais observer ainsi la Pâque avec tout ce mon peuple, et j'ordonne que tous les clercs de « mon royaume prennent aussi cette tonsure' . » Cet ordre fut aussitôt exécuté, et des messagers du roi allèrent porter dans toutes les provinces les copies du nouveau comput pascal, avec ordre d'effacer tous les anciens . Lesmoines et les autres ecclésiastiquesdurent aussi se faire tous tonsurer à la romaine. La joie fut