Bede, ibid
universelle, à ce qu'affirme Bede, au sein du peuple picte. Cependant les moines venus d'Iona, ceux de l3i famille de Cohimb-Kill, les Coluînbites , comme les appelait Ceolfrid, firent ce qu'avaient fait leurs pareils à Ripon et à Lindisfarne cinquante ans auparavant. Ils aimèrent mieux quitter leurs établissements, les colonies fondées depuis plus d'un siècle par leur patriarche et ses disciples, que de renoncer à leur tradition insulaire. Une seule ligne, mais aussi expressive que courte, des annales d'Irlande, témoigne de leur sort ; elle est ainsi conçue : « Le (( roi Nechtan expulse la famille d'Iona du pays au (( delà de l'épine dorsale de la Grande-Bretagne ^ . » Le pays qu'on appelle aujourd'hui l'Ecosse était alors partagé, comme on l'a vu, entre les Pietés au nord et à l'est, les Scots à l'ouest, les Bretons du Strath-Clyde et les Northumbriens au midi. La domination des rois northumbriens jusqu'à la catastrophe d'Egfrid, sur tout le paysan midi de laClyde et du Forth, avait dû suffire pour y faire prévaloir les usages romains, représentés par des hommes tels que Wilfridet Guthbert. La conversion des Pietés à l'observance pascale des Romains, sous le roi Nechtan, établissait l'unité liturgique et doctrinale
1. Expulsio faniiliae le trans dorsum Britanniee aNectano rege Annales Tigernachu,aid ann. 717. — Voir plus haut, tome 111, 1. xi, page 179, ce que signifiait le dorsum Britanniœ.
clans tout le nord de la Grande-Bretagne, à l'exception de l'île d'Iona et du petit royaume des Scots Dalriadiens, qui restèrent probablement jusqu'à la dernière extrémité fidèles aux rits et aux traditions de leur sanctuaire national \
Et cependant un très é minent religieux irlandais, Adamnan (624-703), lui-même abbé d'Iona et le plus illustre des successeurs de saint Golumba, avait depuis longtemps tenté de ramener à l'unité romaine cette communauté mère et maîtresse de toutes les Eglises de la Calédonie et toujours si influente sur l'Eglise d'Irlande. Si nos lecteurs ont gardé le souvenir de nos récits sur saint Golumba, ils nous pardonneront quelques détails sur celui des moines irlandais auquel la postérité est le plus redevable , puisqu'il nous a révélé non seulement ce grand homme, immortel honneur de l'Église celtique, mais aussi l'esprit général et particulier, la vie intime
1. Une tradition singulière, consacrée par l'ancienne liturgie catholique de l'Ecosse, rapporte au règne de ce même roi Nechtan Tapostolat d'un missionnaire romain, nommé Boniface, lequel aurait été pape pendant sept ans, et après avoir abdiqué le pontificat suprême serait allé prêcher l'Évangile aux Pietés, accompagné de sept évêques, de deux vierges, de sept prêtres, de sept diacres, sept sousdiacres, sept acolytes, septlecteurs^sept exorcistes et septportiers.il aurait baptisé le roi Nechtan. Brev. Aherdeen.pars hiem., Prop. Sanct.J. Lxx.— Le vieil historien Boèce adopte celte tradition et atfiimeque cesaint Boniface construisit diverses églisesdans la région orientale de la Calédonie, toutes dédiées à saint Pierre. Cf. James STVkKT,ScuIpiuredstonesofScotland^réïaiCe,])A8.E(]i\nhnrgh,{m'.
FIN DE LA DISSIDENCE CELTIQUE. il
et locale de toute cette Eglise. Compatriote et proche parent de son saint prédécesseur, il était issu comme lui de la race souveraine des Nialls. Voué dès l'enfance à la vie monastique, et n'étant encore qu'écolier, il avait, d'après la légende, conquis la bienveillance d'un chef puissant, Finnachta le Fes~ toyeur ou le Banqueteur. En quêtant sa vie selon l'usage d'alors, pour lui et ses cinq compagnons dont chacun allait quêter en son jour, il rencontre la cavalcade du chef, veut fuir, bronche contre une pierre, tombe et casse la jarre de lait qu'il portait sur son dos et qui renfermait le produit de sa quête ^ . ce Ne sois pas triste, » lui dit le grand chef, «je te protégerai. » Quand Finnachta devint monarque de toute l'Irlande (675), Adamnan fut son Anmac/iara, ou conseiller spirituel. Delàlerôle important qu'il joua en Irlande pendant toute sa vie. Moine à lona, sous trois abbés, il y fut lui-même élu abbé en 679. Aldfrid ,1e prince northumbrien , frère et successeur d'Egfrid, alors exilé en Irlande, s'était réfugié à loua et y était devenu l'ami et le disciple d'Adamnan. Quand, après la catastrophe d'Egfrid, l'exilé fut devenu roi de Northumbrie (685) , l'abbé Adamnan alla réclamer auprès de l'ancien hôte d'Iona les captifs, hommes et femmes, que les soldats d'Egfrid avaient ramenés de leur cruelle et sanglante invasion en Ir-
i. Kkeves, Append. ad Prœf.,]). x\ï].
lande, F année précédente*. Sa mission ne fut pas tout à fait infructueuse : il obtint de son ami la restitution de soixante prisonniers, qu'il reconduisit lui-même en Irlande. 11 re^'int plus d'une fois auprès du roi Aldfrid, dont le rapprochaient ses goûts littéraires. Il lui dédia sa description des lieux saints, qu'il avait rédigée d'après les récits d'un évêque gallo-franc nommé Arculfe, qui, en revenant par mer de la Palestine, avait été jeté parles vents sur la côte d'Irlande, d'où il était allé visiter le sanctuaire alors encore si célèbre d'Iona. Grâce àla libéralité du savant roi Aldfrid , dont nous avons déjà signalé le goût prononcé pour les études géographiques, ce traité fut transcrit à un grand nombre d'exemplaires pour en répandre la lecture même parmi les petites gens-. Ce fut pendant ces voyages que le docte et fervent abbé^ apprit à connaître les nouveaux- usages introduits dans l'Église anglo-saxonne par les efforts de Wilfrid; et, bien qu'il n'y ait dans sa vie aucune trace d'un rapprochement quelconque entre lui et le grand champion de l'unité romaine, il est certain qu'Adamnan se pénétra en Northumbrie de l'esprit que Wilfrid y avait fait prévaloir et qu'il