Kilmri.e, Saxons in England, {. U, p
ces, mais les préceptes et les conseils de l'Évangile, avec plus d'enthousiasme que cette haute noblesse qui composait les dynasties et les familles prépondérantes de l'Heptarchie. Jamais et nulle part on n'avait vu tant d'hommes issus de race royale ou patricienne se vouer à la fois soit à la rude discipline de la vie claustrale, soit à la pénitence anachorétique, soit aux dangers inséparables des pèlerinages et des missions dans les pays encore païens. Cette aristocratie, amoureuse des combats, de la bonne chère, de tous les plaisirs sensuels, d'une pompe et d'une magnificence devenue proverbiale ^ , chez eux comme chez leurs descendants, s'est trouvée tout à coup mûre pour les plus nobles exploits de la mortification, de l'humilité et de la chasteté évangélique. Après ses premiers maîtres venus de l'étranger, de nouveaux apôtres sortis de son propre sein continuèrent à lui montrer la voie de la vertu chrétienne, en y marchant résolument à sa tête.
De là cette alliance entre l'aristocratie et le clergé, entre la rehgion et la patrie, plus caractérisée, plus intime, plus cordiale, comme on l'a déjà dit, que partout ailleurs dans le nouveau monde germanique et chrétien. Les princes et les grands anglo-saxons devinrent rapidement moi-
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nés, abbés, évêques; mais ces prélats, ces religieux, sortis de la race souveraine et prépondérante, conservèrent dans leur pays et parmi leurs proches une place égale ou supérieure à celle qu'ils eussent occupée comme laïques. Ils furent sur-le-champ reconnus ou portés au rang des personnages les plus importants de la société anglaise. En revanche, ce rang et les fonctions qu'il comportait furent promptement convoités par des hommes qu'entlammaient souvent des passions fort différentes du feu sacré dont brûlait le cœur des Wilfrid, des Benoit Biscop, des Guthlac et autres saints issus des plus hauts rangs de l'aristocratie anglo-saxonne.
En Angleterre, comme ailleurs, et peut-être plus qu'ailleurs, cette alliance intime entre les chefs des deux sociétés spirituelle et temporelle, cette action constante et réciproque de Tune sur l'autre, enfanta des résultats longtemps chers et salutaires à l'ÉgUse comme à l'État. Mais là aussi, presque toujours plus utile à l'État qu'à l'Église, elle devint quelquefois compromettante et dangereuse pour celleci. Les abus devaient, comme partout, suivre inévitablement les bienfaits. Nous ne le verrons que trop tôt. Toutefois, avant de constater ces ombres, impossibles à nier ou à supprimer dans un tableau sincèrement historique, contemplons à notre aise la lumière qui les précéda.
Ce ne fut certes par aucun empiétement patent ou caché, par aucune voie souterraine ou violente, que les chefs de l'Ordre monastique montèrent au premier rang de la nation anglo-saxonne ; ils y furent appelés par le cours naturel des choses et par la voix unanime des hommes. Représentants des fonctions sociales les plus élevées, initiés à toutes les exigences du régime électif, de la vie commune, de la subordination volontaire, ils prirent place tout naturellement dans un gouvernement qui re-* posait d'abord sur une hiérarchie sociale consacrée par des services réciproques et par un dévouement héréditaire ou librement offert; puis sur l'intervention souveraine et permanente des assemblées . Ces mandataires du christianisme apportaient une sanction essentiellement utile et désirée aux traditions, aux usages, aux institutions qui substituaient, chez ces nobles rejetons de la Germanie, à l'abjecte soumission des serfs abâtardis de l'empire ro main, la fière indépendance d'un dévouement souvent héroïque, mais souvent aussi exigeant et rétif.
Non seulement les évêques , tous sortis des rangs monastiques, mais les abbés et souvent aussi les abbesses, occupèrent la première place dans ces assemblées nationales ou provinciales, déjà si souvent signalées dans ce récit, qui, sous le nom de Witena-gemot ou Convention des Sages, furent le
berceau du parlement anglais ; qui garantissaient au peuple anglo-saxon le bienfait cFmi gouvernement contenu et contrôle par l'aristocratie laïque et ecclésiastique; et dont aucun souverain n'eût impunément violé ou méprisé les décisions.
A l'époque où nous en sommes, chaque royaume de rHeptarchic, et même chacune des peuplades comprises ou absorbées dans les plus vastes de ces royaumes S avait son assemblée spéciale, comme plus tard chaque shire ou province conserva la sienne, lorsque l'Angleterre fut réunie sous le sceptre d'un seul monarque. Mais il y avait dès lors des assemblées plus ou moins générales dont l'autorité était plus ou moins reconnue par l'ensemble des races conquérantes. C'était surtout celles que la présence de plusieurs moines évêques présidés par le métropolitain, moine comme eux, pouvait revêtir d'un caractère plus auguste, et que les historiens ecclésiastiques ont décoré du nom de conciles. Le concile de Hertford, présidé par le Grec Théodore- (673) , avait décrété qu'il se tiendrait deux fois par an un synode général à Gloveshove. Mais, outre que cette assemblée paraît avoir été exclusivement ecclésiastique, on ne voit pas que son
1. Tels que les Hwiccas, les Middle-Angles en Mercie, les Gyrvvas en Èst-Anglie.