‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 2)Chapitre 80 sur 148 · LiNGARD, t. I, p. 250, et note K, p · texte numérisé non relu

LiNGARD, t. I, p. 250, et note K, p

3. Bede, IH, 24. — Kemble et Lingard n'hésitent pas à supposer quecesdouze domainesfiirentprissurle/b/c-/aHfZ, et transformés en boc-lands au profit des nouveaux monastères. — Dans la traduction anglo-saxonne, attribuée au roi Alfred, le mot possessiuncula est rendu par boc-land.

milice céleste aux obligations militaires des autres propriétaires anglo-saxons fut suivie ou accompagnée d'un privilège encore plus important, conféré aux nouveaux propriétaires monastiques. Les terres du folc-land ou domaine public, transformées en alleux ou boc-lands, c'est-à-dire en propriétés individuelles, demeuraient assujetties à toutes les redevances d'intérêt public ou particulier qui pesaient sur ce domaine, en même temps qu'elles devenaient sujettes aux impôts ordinaires, lorsque ces concessions étaient accordées à des laïques. Mais lorsqu'elles avaient pour objet des monastères, elles en étaient exemptées ; et lorsque cette exemption n'avait point été stipulée dans la donation originelle, elles devenaient l'objet de privilèges ultérieurs que la pieuse munificence des générations subséquentes se faisait un devoir et un plaisir de conférer aux églises monastiques^ . On a vu plus haut que, dès la fin du septième siècle, un concile avait reconnu comme une loi générale cette exemption de charges et d'impôts, assurée aux monastères, à la seule exception des trois tributs ou obHgations dont personne n'était

1. Le Codex diplomaiicus contient d'innombrables diplômes qui rendaient la terre liberam ab omnibus terrenis difficultaiibus, sive a pastu régis, principis, exactoris... a pastu et refectione omnium accipitrum et falconum in terra Mercensium, etc.

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dispensée' , et qui avait pour objet les frais des expéditions militaires, l'entretien dosponts et des forteresses.

Le nombre croissant des fondations monastiques et la vaste étendue des donations territoriales dont elles furent l'objet produisirent, au bout d'un siècle environ, un résultat alarmant : la diminution des ressources militaires du pays. Ce n'est pas, quoi qu'on en ait dit, que la nation fut devenue moins belliqueuse, ou que le souci trop exclusif des choses de l'âme eût détourné les rois et les peuples de l'Heptarchie de leurs devoirs publics. Mais le nombre des propriétaires astreints au service militaire personnel allait toujours en diminuant : d'une part, à cause de la transformation des terres laïques en possessions monastiques exemptées; et de l'autre, par suite de la quantité de vocations religieuses, vraies ou fausses, qui se produisaient au sein de la noblesse militaire. Le prince des moines anglosaxons, l'illustre Bede, fut le premier à signaler ce danger avec la franchise qui lui était habituelle : (( Au milieu de la paix et de la sécurité dont nous jouissons, )) écrivait-il en 731, ce beaucoup de Northumbriens, les uns nobles, les autres simples particuliers, mettent de côté les armes, se font couper

1. C'étail ce que les chartes appelaient Iruioda neccssilns, gencralis iacoiiuno(.iUas, comniuuis labor. Voir plus haut, p. IG'î.

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les cheveux et s'empressent de s'enrôler dans les rangs monastiques, au lieu de s'exercer aux devoirs militaires. L'avenir dira quel est le bien qui en résultera'. ))

Quatre ans plus tard, en 735, dans sa fameuse lettre à l'archevêque d'York, que nous avons longuement citée", il exprime une réprobation beaucoup plus énergique; il dévoile en même temps la vraie cause du mal ; il déclare sans détour que la défense du pays est compromise faute de bras militaires, faute aussi de domaines publics restant disponibles pour être donnés en fiefs aux nobles ou aux vétérans. Séduits par les exemptions d'impôt et les avantages de toute nature qui étaient devenus le privilège de la propriété monastique, beaucoup de nobles avaient sollicité et obtenu des rois et des loilan de vastes concessions territoriales, sous prétexte d'y fonder des monastères. Tantôt ces fondations étaient exécutées en effet, mais n'avaient rien de monastique ni même de chrétien; les donataires groupaient autour d'eux une poignée de leurs vassaux onde religieux irréguliers et expulsés des vrais cloîtres; ils s'en disaient abbés, et tous ensemble vivaient, avec femmes et enfants , sur le territoire extorqué à la

1. Quœ res quem sithabilura fiiiem, poslerior œtas videbiL Hist. V, 23.

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