‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 2)Chapitre 95 sur 148 · Voir plus haut, au tome IV, page · texte numérisé non relu

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3. Sexburga, veuve du roi de Wessex, Kinevvalk, constituée régente par son mari mourant en 673. — Nec deerat mulierl spiritus ad obeunda regni munia. Ipsa novos exercitus moliri, veteres tenere in offîcio, ipsa subjectos clementer moderari, hostibus minaciter infremere, prorsus omnia facere, ut nihil preeter sexum discerneres. Verumtamen plusquam femineos animos anhelantem vila destituit. vixannuapotestateperfunctam. Guill. Malmesb., I, 32. Ric. Cirenc. II, 40.

régné seule, en vertu d'un droit héréditaire ou électif. Mais le mystérieux attentat qui mit fin aux jours de la Northumbrienne Osthryda^ , reine des Merciens, nous fait déjà reconnaître que nous sommes dans le pays où Marie Stuart, en portant la première une tête couronnée sur Féchafaud, devait prouver que les femmes y étaient prédestinées à toutes les grandeurs comme à toutes les calamités du pouvoir suprême.

Toutefois on s'abandonnerait à une étrange illusion si l'on se figurait que ce respect traditionnel des races germaniques pour la femme, ou plutôt pour certaines femmes, fût assez puissant, assez universel pour comprimer chez nos Anglo-Saxons tous les excès de la passion la plus redoutable, de l'instinct le plus impérieux de l'humanité déchue. De toutes les victoires du christianisme, la plus salutaire et la phis nécessaire, mais la plus laborieuse et la plus contestée, est celle qu'il a gagnée, gagnée seul, gagnée partout, mais qu'il lui faut recommencer chaque jour, sur le penchant déréglé qui souille et empoisonne les sources de la vie. C'est là que

1. A suis, id est Meiciorum primatibus, interempta. Bede, V, 24. — Crudeliternecaverunt. Matth. Westmonast., adann.696. — Voir au tome IV, pages 131, 330, 341, 35'i, ce que nous avons dit d'elle, de sa dévotion pour son oncle saint Oswald, et de son mari Elhelred, l'ami de Wilfrid, qui abdiqua pour se faire moine à Bardeney.

sa divinité éclate par un triomphe que nulle philosophie rivale, nulle doctrine ennemie n'a jamais aspiré et n'aspirera jamais à remporter. Sans doute, les barbares, d'après le témoignage des Pères, étaient plus chastes que les Romains de l'empire. Pour venir à bout d'introduire le respect de la pudeur et le célibat sacerdotal au milieu des pourritures de la Rome impériale, pour dresser, au sein de cet avilissement universel de toute créature, le type de la virginité consacrée à Dieu, il fallut à la religion une force, une majesté, une constance que les sanglantes étreintes de trois siècles de persécutions pouvaient seules lui donner.

Mais ce n'était pas non plus une entreprise courte ou facile que de présenter, puis d'imposer le frein de la continence à ces masses de barbares, à mesure qu'ils se précipitaient sur leur proie et qu'ils s'y étabhssaient en maîtres de l'avenir. Quelle tâche glorieuse et pénible que de lutter chaque jour, dans ce trouble sanglant, dans l'obscurité désespérante de cette tempête, contre d'innombrables vainqueurs enflammés par toutes les convoitises de la force et de la conquête, et empoisonnés par le contact même de leurs victimes ! Cette lutte fut aussi longue que glorieuse, aussi difficile que triomphante. Ce n'étaient plus les débauches contre nature, les monstrueuses orgies de l'empire romain qu'il fallait

proscrire ; mais c'étaient encore les penchants vils et grossiers, les appétits brutalement désordonnés de la nature humaine, de la nature sauvage. Il y a des excès et des crimes qui, pour n'avoir pas été étalés dans les pages d'un Pétrone ou d'un Suétone, pour n'être entrevus qu'à travers les articles d'un Pénitentiel, les canons d'un concile, les textes mutilés d'une légende ou d'une chronique, n'en révèlent pas moins des abîmes de honte et de douleur. Les hommes de race germanique respectaient mieux que les Orientaux ou les Romains celles d'entre les femmes qu'ils tenaient pour leurs égales ou leurs supérieures ; mais qui dira le sort de celles qui végétaient dans les conditions inférieures et surtout dans les déplorables profondeurs de l'esclavage et du servage? Qui dira les efforts sublimes et à jamais ignorés qu'il fallut aux prêtres du Dieu de pureté pour arracher tant déjeunes captives, tant de filles esclaves ou serves, aux gynécées des princes, aux impitoyables ardeurs des guerriers victorieux, aux caprices tyranniques du maître? Dieu seul les a connus. Dieu seul les a récompensés : l'histoire attentive et sincère ne peut que constater le résultat général, qui a été glorieux et immense.

La civilisation chrétienne a triomphé , et ce triomphe repose avant tout sur le respect de l'épouse, de la vierge et de la mère ; de cette femme transfigu-

rée, dont la Mère de Dieu est devenue le type et la

sauvegarde chez les peuples chrétiens^ .

C'est le christianisme qui a armé la femme de sa faiblesse même et qui en a fait sa force, plus auguste et plus respectée que toutes les autres : cu7n inflrmor, tune potens sum. La religion chrétienne a été la vraie patrie de la femme ; la seule ou elle retrouve sa vraie liberté, sa vraie destinée, en sortant du servage de la terre d'Egypte, en échappant au paganisme, à la vie sauvage ou aux avilissements plus ignominieux encore de la dépravation civilisée. C'est là aussi et là seulement que peuvent se donner un libre champ toutes les vertus qui lui appartiennent en propre, celles qui la rendent non seulement égale, mais si souvent supérieure à s l'homme, par la générosité, par l'héroïsme du dé- ' vouement et delà patience, par la souffrance acceptée pour le soulagement d'autrui, par la défaite de | l'égoïsme, par l'immolation de l'orgueil à l'amour. Cette œuvre de réparation et de salut qui constitue la vraie, la seule émancipation de la femme et, par elle, de l'âme et de la vertu, a été l'œuvre de l'Église, avec le concours des races germaines.

Elle n'y est parvenue qu'en élevant au-dessus et au delà du niveau qu'il fallait faire atteindre à toutes |

1. Voir l'Histoire de sainte Elisabeth, introduction, pages 76 et 134.

les femmes, cet idéal de la vertu et de la beauté morale, que peut seule réaliser la virginité consacrée à Dieu. Elle a superposé cet idéal aux vertus les plus admirées et les plus dignes de l'être chez les peuples anciens, même chez le peuple juif, où la fécondité était la gloire suprême de la femme. Elle adonné un corps, une discipline, une loi, une âme, une lumière inextinguible aux notions confuses répandues dans l'antiquité; elle a transformé en armée splendide et immortelle ces petits groupes de Vestales, de Sibylles, de Druidesses éparses dans le monde païen. De ce respect de la pudeur, qui n'était chez les peuples les plus généreux que le privilège d'une élite imperceptible, elle a fait le patrimoine inviolable de toute créature humaine : en même temps elle a fait du privilège de la virginité consacrée à Dieu l'apanage commun de toute chrétienne, l'ambition légitime et suprême de la moindre fille du peuple comme de la fille des rois ; et depuis dix-huit siècles elle tire de tous les pays et de toutes les conditions des myriades de créatures sauvées, bénies, radieuses, qui accourent au pied des autels en apportant leur vie et leur cœur au Dieu qui s'est fait homme pour les racheter. Nos Anglo-Saxons ne furent ni les derniers ni les moindres instruments de cette transformation glorieuse. Au miheu des emportements de leur

intempérance naturelle, ils avaient conservé Pinstinct et le besoin de la vénération des choses d'en haut : ils savaient au moins honorer les vertus qu'ils ne voulaient ou ne pouvaient pas pratiquer. Aussi demeure-t-on stupéfait de la foule de néophytes des deux sexes qui sortent de toutes les races de FHeptarchie pour se vouer à la continence perpétuelle. Aucun des nouveaux peuples chrétiens ne semble en avoir fourni un si grand nombre ; et chez aucun la virginité chrétienne ne semble avoir exercé un ascendant plus prompt et plus souverain. Nulle part on ne voit les rehgieuses entourées d'autant de vénération et revêtues d'une autorité aussi incontestée. Initiées d'abord à la vie claustrale dans les monastères gallo-francs, qui avaient sur tous ceux d'Angleterre l'avantage de l'antériorité, les jeunes Anglo-Saxonnes qui s'étaient données à Dieu avaient besoin de rentrer dans leur île pour apprendre tout ce qu'elles valaient aux yeux de leurs compatriotes. Les conquérants anglo-saxons contemplaient avec un tendre et étonné respect ces nobles filles de leur race qui leur apparaissaient entourées d'une auréole inconnue, d'une grandeur surnaturelle, d'une puissance à la fois divine et humaine ; victorieuses de toutes les passions, de toutes les faiblesses et de toutes les convoitises dont la conquête n'avait que trop développé le germe. Ce respect se manifesta

aussitôt dans les lois nationales, qui s'accordèrent à placer sous la sauvegarde des pénalités les plus sévères l'honneur et la liberté de celles à qui les monuments de la législation anglo-saxonne décernent le titre de fiancées du Seigneur, d^ épouses de Dieu\ Quand une de ces saintes filles se trouvait investie, par le choix de ses compagnes ou la désignation épiscopale, du droit de gouverner et de représenter une nombreuse communauté de ses pareilles , les chefs et les peuples de FHeptarchie lui reconnaissaient sans peine toutes les hbertés et toutes les atributions du rang le plus élevé. Les abbesses, comme nous l'avons vu par l'exemple de Hilda , d'Ebba , d'Elfleda, eurent très promptement une influence et une autorité qui rivalisaient avec celles des évêques ou des abbés les plus vénérés. Elles avaient souvent un train et des allures de princesses, surtout quand elles étaient sorties du sang royal. Elles traitaient d'égal à égal avec les rois, les évêques et les plus grands seigneurs ; et comme la règle de la clôture semble n'avoir pas existé pour elles, on les voit aller partout où bon leur semble^ assister aux solennités nationales et re-

1. Godes bryde. TaoRVK' s Ancient laws ofEngland, t. II, p. 188, 206-207.

2. Rappelons ici le rendez-vous assigné par l'abbesse Elfleda de Whitby à saint Culhbert, dans l'ile Coquet, puis le festin auquel elle convia le même évêque pour la dédicace d'une église située dans une de ses terres. Voir tome IV, p, 319 et 439.

ligieiise, aux dédicaces d'églises, et même , comme les reines, prendre part aux délibérations des assemblées nationales et y revêtir de leur signature les chartes qui en constatent le résultat. Le vingttroisième article des fameuses lois ou dooms d'Ina assimile, sous certains rapports, non seulement les abbés, mais les abbesses, aux rois et aux plus grands personnages du pays \ Au concile de Beccancelde, tenu en 694 par le métropolitain et le roi de Kent, les signatures de cinq abesses figurent au milieu de celles des évêques, à la suite des décrets destinés à garantir l'inviolabilité des propriétés et des libertés de ^Eglise^

1. Si autemabbas vel abbatissa intersit, dividant eodemmodo cum rege. Thorpe's Ancient laws and institutes of England, p. 471- 600, éd. in-fol.

2. C'est le concile dont il a été question plus haut, page 161, et qui est aussi connu sous le nom de Bapchild et de Beckenham : le roi qui le présida, Witlired, régna trente-trois ans ; les décrets sont rendus de l'avis de l'archevêque de Cantorbéry, de l'évéque deRochester, cuni Abbatibus , Abbatissis, Presbyteris, Diaconibus ^ Ducibus et Satrapis. Wilrins, Concilia , I, p. 47. — Il y a dans Coletti, t. VIII, p. 79, cinq signatures d'abbesses :

Signum manus : Mildredse, abbatissse;

— — Etheldridae, abbatissse;

— — Aetœ, abbatissse ;

— — Wilnodae, abbatissse;

— — Hereswidse, abbatissse.

Les autres signatures sont celles du roi et de la reine W'erburga, pour leur lils entant; puis de deux princes ou seigneurs laïques, de l'archevêque, de deux évêques, de sept prêtres; il n'y a point d'ab-

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Comment se recrutaient et comment vivaient les communautés dont les supérieures occupaient un rang si élevé dans la hiérarchie spirituelle et temporelle des Anglo-Saxons? C'est ce qu'il serait aussi important que difficile de constater.

Aucun écrivain contemporain n'a tracé le tableau complet ou authentique de l'intérieur des grandes commmiautés anglo-saxonnes. Il n'existe aucun monument incontestable qui nous initie à l'ensemble des règles et des habitudes suivies par les milliers de religieuses qui se couvrirent de la robe noire et du voile des épouses du Seigneur. Nous en sommes réduits aux traits épars dans l'histoire des événements du temps ou des familles régnantes dont sortaient la plupart des principales abbesses, et surtout dans la biographie des plus saintes ou des plus célèbres d'entre ces femmes illustres. Mais, en rapprochant ces traits de ce que nous révèlent l'origine et les résultats de vocations analogues chez tous les peuples chrétiens, en les éclairant de la lumière qui

bés. — Kemble (t. II, p. 19S) soutient que toutes les signatures de femmes, autres que celles des reines, qui se trouvent à la suite de certaines chartes d'ailleurs assez rares, ne peuvent être que celles d'abbesses convoquées aux assemblées où il devait être question des intérêts de leurs communautés. Lingard (t. I, p, 259) se montre plus sceptique à cet égard.. — On voit que sous Henri III et Édouai-d II les quatre abbesses de Shaftsbury, de Barking, de Sainte-Marie de Winchester et de Wilton étaient convoquées au parlement en qualité de pair esses.

l)rille dans l'histoire, depuis que le christianisme existe, nous arriverons à une appréciation peutêtre suffisante et dont il faudra d'ailleurs bien nous contenter.

A défaut du texte des règlements ou des traités spéciaux, les monuments liturgiques de l'Église an- ; glo-saxonne nous révèlent quel était l'esprit qui animait les pontifes et les victimes de ces grands sacrifices, déjà si fréquents et toujours si féconds. Là , comme partout ailleurs , dans l'antique discipline, c'était à l'évêque, et à lui seul, qu'appartenait le droit de recevoir les serments définitifs de la vierge et de la consacrer solennellement à son Dieu. | Bien que les Irlandais, avec leur hardiesse habituelle, permissent aux jeunes chrétiennes de prendre le voile dès l'âge de douze ans^ , l'Église anglo-saxonne leur interdisait de faire des vœux irrévocables avant d'avoir accompli leur vingt-cinquième année, d^accord en cela avec l'usage qui tendait à s'introduire dans toute l'EgUse et qui dérogeait aux décrets du pape saint Léon et de l'empereur Majorien, lesquels avaient reculé jusqu'à quarante ans l'âge de la bénédiction solennelle. Au jour fixé pour cette cérémonie, qui n'avait lieu qu'aux principales fêtes de l'année et en présence d'un peuple nombreux,

1. Martene, De antiquis Ecclesix ritibus, lib. Il, c. 6, t. III, p. 169.

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Févêque commençait par bénir la robe noire qui allait désormais être la seule parure de la fiancée de Dieu. Celle-ci s'en revêtait dans un lieu secret', d'où elle sortait, ainsi couverte, pour être conduite au pied de l'autel, après l'évangile de la messe déjà commencée par le pontife. Là elle écoutait l'exhortation que lui adressait le célébrant, qui ensuite demandait publiquement deux engagements indispensables à la validité de l'acte : d'abord le consentement des parents et des autres supérieurs de la jeune fille ; puis sa propre promesse d'obéissance lui et à ses successeurs. Cela fait, il lui imposait les mains pour la bénir et il la consacrait au Dieu qu'elle avait choisi. Le pontifical d'Egbert, archevêque d'York, et un manuscrit anglo-saxon trouvé dans l'abbaye normande de Jumièges, nous ont conservé le texte des oraisons prononcées par l'évêque en ce moment suprême. La tendresse maternelle de l'Église s'y épanche avec une abondance et une majesté qui rappelle les Menées de l'Église grecque, à ce point qu'on pourrait supposer que le vieil archevêque Théodore , contemporain du plus illustre prédécesseur d'Egbert, avait apporté du fond de F Asie-Mineure, au sein de la métropole northumbrienne, ce souffle ardent de l'inspiration orientale.

1. De papilione aut loco ubi benedictas vestes induerant, accersebantur per archipresbyterum virgines consecrandae.

MOINES DOCC, V. 15

(( Que Dieu te bénisse, Dieu le créateur du ciel et de la terre, le Père tout-puissant qui a daigné te choisir à l'instar de sainte Marie , mère de Notre- Seigneur Jésus- Christ, pour conserver entière et immaculée ta virginité, comme tu Tas promis devant Dieu et les saints anges. Persévère donc dans tes résolutions et garde ta chasteté avec patience, pour te rendre digne de la couronne des vierges.

(( Que Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit te bénisse de toutes ses bénédictions, afin que tu restes intacte et immaculée sous le vêtement de sainte Marie, mère de Jésus-Christ. Que l'esprit de Dieu, l'esprit de sagesse et d'intelligence, de conseil et de force, de science et de piété, repose sur toi et te remplisse de la crainte de Dieu. Qu'il daigne consolider ta fragilité, fortifier ta faiblesse, confirmer ta force, gouverner ton âme , diriger tes pas , inspirer tes pensées, approuver tes actes, achever tes œu\Tes; qu'il daigne t'édifier par sa charité , t'illuminer de sa science, te garder par sa miséricorde, t 'exalter par la sainteté, t'aguerrir parla patience, te réduire à l'obéissance, te prosterner dans l'humilité, t' encourager à la continence, t 'enseigner la frugalité, te visiter dans l'infirmité, te relever dans la douleur, te ranimer dans la tentation , te modérer dans la prospérité, t'adoucir dans la colère, protéger ta pudeur, corriger tes péchés, pardonner tes chutes

LES RELIGIEUSES ANGLO-SAXONNES. 2oo

et l'enseigner la discipline qui te conduira, forte de toutes ces vertus et resplendissante de bonnes œuvres, à n'agir jamais qu'en vue de la récompense éternelle î Puisses-tu avoir toujours pour témoin celui que tu auras un jour pour juge, afin que lorsque tu entreras dans la chambre nuptiale avec ton flambeau allumé à la main, ton divin époux ne trouve en toi rien d'impur et de sordide, rien qu'une âme blanche comme la neige et un corps étincelant de pureté; afin qu'au jour du terrible jugement la flamme vengeresse n'ait rien à consumer en toi, mais la divine miséricorde tout à couronner ! Purifiée dès ce monde par la vie monastique , puisses-tu monter au tribunal du Roi éternel, pour habiter son palais céleste avec les cent quarante-quatre mille Innocents qui suivent partout l'Agneau, en chantant le cantique éternellement nouveau , et recevoir la récompense de tes labeurs d'ici-bas dans le séjour de ceux qui vivent toujours' ! Sois bénie du haut des

1. Fragilem solidel, invalidam roboret, validamque confîrmet, pietate allevet, miseratione coiiservet, menteni regat, vias dirigat, cogitationes sanctas instituât, actiis probet, opéra perficiat, caritate œdificet, sapientia illuminet, castitate nniniat, scientia instriiat, fide confîrmet, in virtute multiplicet, in sanctitate siiblimet, ad patientiam praîparet, ad obedientiam subdat, in humilitate prosternât, ad continentiam det fortitudinem, reddat sobriam, protegat piidicam, in intîrmitate visltet, in dolore relevet, in tentatione erigat, in conversalione custodiat,in prosperitate temperet, in iracundia mitiget, iniquitatem emendet, infundat gratiam, remitUt offensa, Iribuat dis-

2d6 les religieuses ANGLO-SAXONNES,

cieux par Celui qui est venu mourir sur la croix pour racheter le genre humain, Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui vit et règne à jamais avec le Père et le Saint-Esprit. »

Ensuite Févèque lui posait le voile' sur la tète, en disant : a Reçois, jeune fille- , ce voile et puisses-tu le porter sans tache jusqu'au tribunal de Jésus-

ciplinam : ut his et his similibus virtutibiis tïilta et sanctis operibus illustrata, illa semper studeas agere, quœ digna liant in remuneratione. lllum habeas testem quem habitura es judicem... Nihil in te reperiatfœtidum, nihil sordidum, nihil incultum, nihil corruptum, nihil inhonebtum, sed niveam et candidam animam corpusque lucidum atque splendidum; ut cum dies ille tremendus, remuneratio justorum retributioque malorum advenerit, non inveniat in te ultrix flamma quod uret, sed divina pietas quodcoronet, etc. — Mar- TENE, op. cit., 116. — Cette bénédiction se retrouve textuellement, mais au pluriel , dans le Pontifical Romain : De benedictione et consecratione virginum .

1. Ce voile était quelquefois blanc, ainsi qu'il ressort du passage suivant de l'office De virgine vestienda, tiré d'un pontifical en écriture irlandaise, à la bibliothèque de Zurich, cité dans le Missale de Arbuthnott du docteur Forbes , p. xiv. Burnt Island, 1864, in-4 :

Oremus, fratres carissimi, misericordiam ut cunctum bonum tribuere dignetur huic puellse N. quœ Deo votum candidam vestem perferre cum integritate coronœ in resuirectione vitœ œternse quam facturus est, orantibus nobis, prœstet Deus.

Conserva, Domine, istius devotse pudorem castitatis, dilectionem continentiœ in factis, in dictis, in cogitationibus. Per te, Christe Jesu, qui, etc.

Accipe, puella, pallium candidum, quod perferas ante tribunal Domini.

2. Accipe, puella, vel vidua, pallium... Martene, op. ci^., p. 117. — On voit que ces formules servaient à la consécration des veuves comme à celle des vierges.

LES RELIGIEUSES ANGLO-SAXONNES. 2o7

Christ, devant lequel tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans l'enfer. »

Puis il continue :

(( 0 Dieu, qui daignez habiter les corps chastes et qui aimez les âmes virginales; Dieu, qui avez restauré la substance humaine corrompue par la fraude diabolique, et l'avez rétablie par votre Verbe créateur de façon non seulement à lui rendre son innocence primitive, mais à lui procurer les biens éternels et à la faire monter du sein des créatures encore enchaînées dans les liens de cette vie jusqu'au niveau des anges :

(( Jetez un regard sur votre servante que voici , et qui, plaçant dans votre main la résolution de vivre à jamais dans la continence, vous offre la dévotion qui lui a inspiré ce vœu. Donnez-lui, Seigneur, par votre Saint-Esprit, une modestie prudente, une sagesse bienveillante, une gravité douce, une liberté chaste*. Gomment, d'ailleurs, l'âme emprisonnée dans cette chair mortelle aurait-elle vaincu la loi de la nature, la liberté de la licence, la force de l'habitude, l'aiguillon de la jeunesse, si vous n'aviez vous-même allumé en elle la flamme de la virginité, si vous ne nourrissiez vous-même cette flamme par le courage que vous daignerez lui inspirer? Votre

1. Sitinea... prudens modestia, sapiens benignitas, gravis lenitas, casta libertas. Ibid., p. 119.

grâce s'est répandue sur toutes les nations qui sont sous le soleil, nombreuses comme les étoiles ; et parmi toutes les vertus que vous avez enseignées à ces héritiers de votre Testament nouveau, il y a un don qui découle de la source intarissable de votre générosité sur certaines âmes et qui, sans diminuer en rien T honneur des justes noces et la bénédiction que vous avez prononcée sur le lien conjugal, inspire à ces âmes plus hautes de dédaigner toute union mortelle, d'aspirer au sacrement qui unit Jésus- Ghrist à son Église, de préférer à la réalité naturelle du mariage l'union surnaturelle dont le mariage est l'emblème. Cette vierge bienheureuse a reconnu son Créateur, et, rivalisantavec la pureté des anges, elle ne veut appartenir qu'à Celui qui est l'époux et le tils de la virginité perpétuelle. Protégez donc. Seigneur, celle qui implore votre secours et qui vient ici pour être consacrée par votre bénédiction. Faites que l'antique ennemi, si habile à poursuivre les plus excellents désirs par les plus insidieuses embûches, ne réussisse jamais à flétrir chez elle la palme de la parfaite continence.

(( Faites enfin. Seigneur, par le don de votre esprit, qu'elle sache garder la foi qu'elle vous a jurée, afin qu'au jour imprévu de votre avènement, loin d'être en rien troublée, elle puisse marcher au-devant de vous en toute sécurité et entrer libre-

ment, avec le chœur des vierges sages, par la porte royale de votre demeure éternelle \ »

A la fin de la messe, le pontife prononçait sur la nouvelle religieuse une nouvelle bénédiction, dont les acclamations du peuple faisaient une sorte de dialogue.

(( Répandez, Seigneur, la bénédiction céleste sur votre servante que voici, sur notre sœur, qui s'est humiliée sous votre main, et couvrez-la de votre divine protection. »

Et tout le peuple répondait : Ainsi soit-il.

l'évêque. — Puisse-t-elle toujours fuir le péché,

1. Quomodo eiiim animus mortali carne circiimdatus, legem natures, libertatem licentiae, vim consuetudinis et stimulos eetatis evinceret, nisi tu hanc Hammam virginitatis vehementer accenderes, tu hanc cupiditatem in ejus corde benignus aleres, tu fortitudinem ministrares? Effusa namque in omnes gentes gratia Ina, ex omni natione, quee est siib cœlo, in stellarum innumerabilem numerum, novi TestamentihcP.redibus adoptatis, inter caiteras virtules, quasfiliis tuis non ex sanguinibus, neque ex voluntate Garnis, sed de tuo spiritu genitis indidisti, etiam hoc donum in quasdam mentes de largitatis tii£e fonte defluxit, ut cum honorem nuptiarum nulla interdicta minuissent, et super conjugalem copulam tua benedictione permaneret; existèrent tamen sublimiores anim3e, quee non concupiscerent quod habet mortale connubium; sed hoc eligerent quod promisit divinum Christi Ecclesiae sacramentum : nec imitarentur quod nuptiis agitur, sed diligerent quod nupliis preenotatur. Agnovit auctorem suum beata virginitas, et semula integritatis angelicœ, illus thalamo, illiuscubiculo sedevovit, qui sic perpétuas integritatis est sponsus, quemadmodum perpétuée virginitatis est filius. Ibid.,\). 118. — Cette prière se retrouA^e également, sous forme de Préface, dans l'office de la consécration des vierges, au Pontifical romain.

connaître et vouloir le bien, conquérir les profits sacrés du ciel !

LE PEUPLE. — Ainsi soit-il.

l'évêque. — Puisse-t-elle toujours obéir à vos préceptes divins, éviter avec votre secours les révoltes incendiaires de la chair, vaincre la volupté dépravée par l'amour de la chasteté, garder toujours en elle l'huile de la sainteté et se réjouir à la lumière des clartés éternelles !

LE PEUPLE. — Ainsi soit-il.

l'évêque. ~ Puisse-t-elle porter toujours à la main le feu sacré, et entrer ainsi par la porte royale du ciel, sur les pas du Christ, pour vivre à jamais auprès des âmes sages et chastes !

LE peuple. — Ainsi soit-il.

l'évêque. — Que celui-là daigne le lui accorder et nous exaucer, dont l'empire est sans fin.

LE peuple. — Ainsi soit-il.

l'évêque. — Que la bénédiction de Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit demeure avec vous, ma sœur, ici-bas et à jamais.

LE PEUPLE. — Ainsi soit-iP .

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