‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 2)Chapitre 96 sur 148 · Protège eam protectione tuadivina. Amen · texte numérisé non relu

Protège eam protectione tuadivina. Amen

Fugiat universa delicta, sciât sibi bona desideria prœparala, ut rcgni cœlestis sancta conquirat lucra. Amen.

Pareat semper divinis prœceptis, ut te adjuvante vitet incendia carnis... etleetetur cum lampadibus sempiternis. Amen.

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II est douteux, vu le petit nombre d'évêques et la multitude toujours croissante des religieuses, que ces formules touchantes et solennelles aient pu être employées pour toutes les vierges consacrées au Seigneur dans les cloîtres anglo-saxons'. Mais on peut croire qu'elles ne furent jamais omises lorsqu'une fille ou une veuve, issue d'une des dynasties régnantes et du sang de la race d'Odin, venait demander le voile des épouses du Seigneur.

Car en Angleterre, comme ailleurs et peut-être plus qu'ailleurs, les religieuses sortaient des conditions les plus élevées en même temps que des plus humbles. Plusieurs étaient nées de ces races conquérantes et souveraines dont on a vu les exploits, où

Gestet in manibus faces sanctas, et apud sapientes et castitssimas animas, duce Christo, introiremereaturjanuamregnicoelestis. Amen. — Martene, oj). cit., p. 121. — Cf. LiNGARD, AnUquities, t. II, p. 14.

1. Le N° 92 des Excerptiones de l'archevêque Egbert renouvelle la défense faite par le pape Gélase de donner le voile aux religieuses en dehors des fêtes de l'Epiphanie, de Pâques ou des Apôtres, si ce n'esta l'article delà mort. Ap. Thorpe, p. 333.

le sang des Mérovingiens venait parfois se croiser avec celui des rejetons de l'Olympe Scandinave, et qui, en s'alliant toujours entre elles, maintenaient dans sa pureté native le prestige de la descendance d'Odin :

Du sang de Jupiter m?/ es des deux côtés,

elles réunissaient tout ce que leurs compatriotes prisaient le plus en fait de grandeur et de majesté.

Mais, à côté d'elles et quelquefois au dessus d'elles, quand l'élection les y avait placées, on voyait la fdle du Saxon obscur, du ceorl , peut-être du Breton vaincu ; puis d'autres venues de plus bas ou de plus loin encore, rachetées de l'esclavage etdérobéesaux outrages, aux souillures qui étaient la conséquence trop fréquente de la captivité. Toutes marchaient sous le même étendard, celui du sacrifice : elles en portaient toutes la glorieuse empreinte. Les unes renonçaient à la royauté, à la grandeur, à la richesse : les autres à la famille, à l'amour, à la liberté; toutes devaient renoncer à elles-mêmes. Les moindres par la naissance n'étaient certes pas celles à qui ce sacrifice avait le plus coûté. Il est trop probable que ces princesses et ces grandes dames anglo-saxonnes étaient naturellement hautaines et

insolentes, dures et rudes au pauvre monde ; quelquefois sanguinaires et implacables, comme les héroïnes de l'épopée germanique, Ghriemhilde et Brunelîilde ; et de tous les prodiges opérés par le christianisme en Angleterre, il n'en est guère de plus merveilleux que d'avoir transformé un si grand nombre d'elles, au sein des communautés nouvelles, en filles dociles, en sœurs cordiales, en mères vraiment tendres et dévouées de leurs inférieures par l'âge ou le sang.

Il faut l'avouer, l'attention des annalistes de ces siècles reculés ne s'est guère portée que sur les reines et les princesses dont la vocation religieuse devait surtout édifier et toucher les âmes de leurs contemporains; qui, belles, jeunes, recherchées en mariage par des princes leurs égaux, renonçaient au monde afin de réserver à Dieu tout leur amour, afin de consacrer, pour les générations futures des servantes de Dieu, maint refuge à la fois magnifique et paisible. Nous ne pouvons que suivre les auteurs anciens , tout en profitant avec soin de toutes les indications qui jetteront quelque lueur sur l'âme et la vie des innombrables filles, d'origine plus humble, mais d'une vie aussi pure et d'un dévouement aussi courageux, qui se pressaient autour d'elles.

Ces reines et ces princesses nous offrent trois ca-

tégories principales : d'abord les vierges, vouées à Dieu dès le matin de leur vie, quelquefois même dès le berceau, comme les abbesses Ebba de Coldingham et Elfleda de Whitby, qui furent les amies et les protectrices si dévouées de Wilfrid. Puis les femmes qui se séparaient de leurs maris, du vivant de ceuxci et souvent contre leur gré, pour embrasser la vie religieuse : saint Etheldreda en demeure le type le plus célèbre. Enfin les veuves, qui achevaient dans le cloître une vie le plus souvent consacrée sur le trône à l'active propagation comme à la généreuse pratique de la nouvelle religion. Nous en avons vu plus d'un touchant exemple, tels que celui de la reine Eanfleda, la première bienfaitrice de Wilfrid, qui , après la mort duroi Oswy , son mari, voulutabriter son veuvage à Whitby et y finir ses jours sous la crosse de sa fille.

Par un privilège qui honore notre France, ce fut chez nous, dans la patrie de la reine Berthe, de la première reine chrétienne des Anglo-Saxons, que vinrent se former les premières religieuses d'Angleterre. La France fut donc le berceau des religieuses anglo-saxonnes. Dèsle temps des premiers missionnaires, et pendant que les monastères étaient encore peu nombreux , plusieurs d'entre les nouveaux chrétiens d'Angleterre allaient chercher les règles de la vierehgieuse chez les Gallo-Francs, qui y avaient été

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initiés, depuis plus d'un siècle, par le glorieux saint Martin et, après lui, par saint Maur, le disciple chéri de saint Benoît, et par saint Colomban , l'illustre propagateur du monacliisme celtique. C'était surtout leurs filles que les Anglais envoyaient ou amenaient en Gaule, et ces premières-nées delà grande chrétienté qui allait éclore en Bretagne semblent avoir été spécialement recueillies et formées dans les communautés des bords de la Marne et de la Seine, à Jouarre, à Faremoutier, aux Andelys et plus tard à G belles ^ .

Jouarre, Faremoutier et les monastères circonvoisins, on doit s'en souvenir, formaient une sorte de province monastique, relevant de Luxeuil et peuplée par les disciples de saint Golumban ^. La pieuse et courageuse Burgundofara, la noble baronne de Bourgogne, bénie dès son enfance par le saint patriarche de Luxeuil, gouvernait à Faremoutier la grande fondation qui a illustré son nom pendant douze siècles ; elle y avait toute une colonie de jeunes Angio- Saxonnes. Hilda, la grande abbesse de Whitby, songeait, elle aussi, dès qu'elle eut résolu de quitter le monde % à mener la vie religieuse dans un de ces

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