‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 2)Chapitre 98 sur 148 · Ibid. Cf.BoLLAND., t. II Julii, p · texte numérisé non relu

Ibid. Cf.BoLLAND., t. II Julii, p

3. Oi^aison funèbre de laprincesse palatine, Anne de Gonzague.

Lorsque la reine Bathilde, elle-même Aiiglo- Saxomie de naissance, eut rétabli le célèbre monastère de Ghelles, l'illustre abbesse qu'elle y plaça vit sa communauté s'accroître par la foule des religieuses que la renommée de ses grandes qualités et de sa tendre bonté attira d'au delà de la Manche. Les chrétiens des deux sexes subirent cet attrait ; car il y eut à Ghelles autant de moines anglo-saxons que de rehgieuses. Tout y prospérait si bien; tout y respirait une piété si active, si ardente et si chariritable, que les rois de l'Heptarchie, séduits par le parfum de vertu et de bonne renommée qui s'exalait du double monastère peuplé par leurs compatriotes, sollicitaient à l'envi l'abbesse Bertile de leur envoyer des essaims de cette grande ruche pour en peupler les nouvelles fondations de l'Angleterre * .

C'est de là que vint très probablement ce Botulphe, dont on a déjà dit un mot, et qui fut un des contemporains de Wilfrid les plus activement dévoués à la propagation de l'institut monastique -. Avant d'être restitué à sa terre natale, il avait inspiré un vif et profond attachement à deux jeunes princesses est-angliennes qui, à peine sorties du berceau, avaient été envoyées en France pour y ap-

1. Vila S. Bertilx, c. 5 et 6. ap. Mabillox, Act. SS. 0. S. B., voir

t. ni, p. 20.

2, Voir plus haut, au tome IV, p. 490.

prendre la vie monastique. Elles aimaient en lui, nous dit-on, un grand maître de la vie sainte et chaste, mais encore plusle compatriote , l'homme de leur pays et de leur race. Quand elles surent qu'il allait rentrer dans la patrie, elles demeurèrent pénétrées d'une tristesse dont elles ne purent se consoler qu'en le recommandant de leur mieux à leur jeune frère , qui était roi on ne sait trop où, sous la régence de leur mère : après quoi on n'entend plus parler d'elles ' . Leur jeune et touchante image n'apparaît que pour témoigner ainsi de la persévérance de leur patriotisme au sein du pieux exil qui leur était imposé. C'est un sentiment dont nous retrouverons maintes fois la trace chez les religieuses anglo-saxonnes.

Mais parmi ces premières religieuses de Tfieptarchie, n'y eut-il pas avant tout des vierges d'origine celtique, venues d'Ecosse et d'Irlande, comme tous ces moines missionnaires dont on a vu les exploits? Rien de plus probable, bien que l'on n'en trouve aucune preuve positive. On ne

1. Dili^ebant patrem Botulfum sicut doctorem sanctitatis etcastimoniœ, et plurimum ob studiiim gentis suée. Adhuc siquidem tenellulee missee fuerant ultra mare ad discendam in monasteriali gymnasio disciplinam cœlestis sophias. Videntes beatiim ac dilectum Doctorem velle repatriare, mœrentes mandata imponuntpreeferenda regiet fratri. VitaS. Botulfi, ap.AcTA SS. 0. S. B., sœc. Uf, t. III, p. 3.

saurait, à ce propos, passer sous silence une sainte princesse dont la mémoire est encore populaire dans le nord de l'Angleterre, et dont la plupart des annalistes se sont longtemps accordés à proclamer Torigine irlandaise, en même temps qu'ils reconnaissaient en elle l'initiatrice de la vie religieuse parmi les vierges et les femmes de la Nortlmmbrie . AFouest de cette région, dans ce qu'on appelle aujourd'hui le Cumberland, sur un promontoire baigné par les flots de la mer d'Irlande et d'où l'œil peut par un temps clair embrasser à la fois les côtes méridionales de l'Ecosse et les pics lointains de l'ile de Man, un édifice religieux conserve encore le souvenir et le nom de sainte Bega\ Fille d'un roi d'Irlande, elle était, au dire de la légende, la plus belle personne de l'île, et le fils du roi de Norvège l'avait déjà demandée en mariage. Mais elle s'était vouée, dès sa plus tendre jeunesse, à l'Époux des vierges, et avait reçu d'un ange, comme sceau de ses fiançailles célestes,

1. En Rnglah Saint-Bee's; c'est le nom que porte encore le promontoire, surmonté d'un phare et situé un peu au midi de Whilehaven. Sur le revers méridional de ce cap, et abrité par sa hauteur, contre les vents de mer, au milieu d'un groupe de beaux arbres, s'élève le prieuré, bâti par Raoul de Meschines, en 1120, et restauré en 1817 pour servir de collège ecclésiastique anglican. Il subsiste encore quelques débris précieux des constructions du douzième et du treizième siècle, et même, selon quelques antiquaires, de l'édifice saxon détruit par les Danois, qui a précédé la fondation normande.

un bracelet marqué du signe de la croix ^ . Dans la nuit qui précéda le jour fixé pour ses noces, pendant que les gardes du roi son père, au lieu de faire le guet selon la coutume, le sabre au côté et la double hache sur l'épaule, étaient plongés dans Fivresse avec leurs hôtes, elle s'échappa seule, sans autre richesse que le bracelet dont l'ange l'avait dotée, se jeta dans un esquif et alla débarquer sur la rive opposée, en Northumbrie, où elle demeura longtemps dans une cellule au milieu des bois, mêlant à la prière le soin des pauvres malades d'alentour - . La crainte des pirates qui infestaient les côtes la porta plus tard à gagner l'intérieur du pays. Que devint-elle ensuite? Ici la confusion, si fréquente dans tous ces récits entre la légende et l'histoire, devient à peu près inextricable. Est-ce elle qui sous le nom de Heïu, nous est désignée par Bede comme celle à quil'évêque Aïdan, apôtre de la Northumbrie, fit prendre le voile et qu'il plaça à la tête de la première communauté de filles qui eût

1. Pone ergo illud sicut signum super cor limm et super bracliium tuum, ut nullum admittas prœter ipsum... Cf. Cantic, vni, 6.

2. Erat speciosa forma prœ cunctis filiabus regionis illiiis.. Virgo armillam super se fere indesinenter portavit... Uniuscujusque sica super fémur suum et bipennis super humerum et lancea in manu ejus... Omnia claustra ad taclum armillœ clavis David virgini egregiœ egredienti aperuit... Vita S. Begse et de miracuHs ejusdem. Éd. Tomlinson, Carlisle, 1842, p. 46-53.

272 LES RELIGIEISES ANGLO-SAXON?sES.

été vue dans le nord de l'Angleterre ^ ? Est-ce encore elle qui, sous le nom de Begu, après avoir abdiqué la dignité d'abbesse, vécut pendant trente années humble et simple religieuse, dans un des monastères soumis à la grande abbesse de Whitby, Hilda, dont elle était devenue l'amie intime en même temps que la fille en religion-? Ce sont là des questions qui ont été longuement débattues par les érudits, et qu'il paraît impossible de trancher avec assurance^. Ce qui est certain, c'est qu'une

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