ÂDAMiN
2. Tout ce passage d'Adamnan est très important pour l'histoire de la navigation primitive des peuples celtiques. « Cum dolatœ per terram pinese et roborese traherentur longœ trabes magnœ navium pariter et domus materiœ evelierentur... Ea die qua nostri nautae, omnibus prœparatis, supra memoratarum ligna materiarum proponunt scaphis per mare et curucis trahere... Per longas et obligas vias tota die properis flatibus, Deo propitio famulantibus, et plenis sine ulla relardatione velis, ad lonam insulam omnis illa navalis emigratio prospère evenit. II, 45. — Les mots soulignés reproduisent le texte donné par les Bollandistes [Acta Sancioruin, Junii t. IX, p. 275), qui nous semble, en cette occasion, préférable à celui du manuscrit suivi par le docteur Reeves. — On voit qu'il est question de trois sortes de bâtiments : naves, scaphœ et
Sur ces frêles esquifs, Golumba et ses religieux sillonnaient la mer alors comme aujourd'hui si agitée et si dangereuse des côtes d'Ecosse et d'Irlande, et tous s'enfonçaient vaillamment dans les golfes et les détroits innombrables du sombre archipel des Hébrides. Ils avaient la conscience des périls auxquels les condamnait leur existence insulaire. Mais ils les bravaient, habitués, comme ils l'étaient, à vivre au milieu des tempêtes, sur un îlot que les vagues immenses de l'Océan semblaient vouloir sans cesse engloutir ' . Ils n'en tremblaient pas moins quand les vents les portaient vers un gouffre effrayant nommé, d'après le nom d'un prince de la famille des Nialls qui s'y était noyé, la Chaudière de Brechan, et que l'on risquait de rencontrer en passant d'Irlande en
cunicx, et qu'il y avait sur l'île un atelier de construction pour les plus grands de ces navires, parce que l'on y transportait les grandes pièces de bois destinées à ces navires en même temps qu'aux édifices monastiques. — Dans un autre passage (4dam!N., II, 35), il est question d'un navire de transport, oneraria navis, monté par des moines et chargé de joncs que l'abbé Columba avait envoyé prendre dans un domaine voisin pour les employer à des constructions monastiques : Virgarum fasciculos ad hospitium construendum.
1. Die fragosee tempeslatis et intolerabilis undurum magnitudinis... Quis, ait (sanctus), bac die valde ventosa et nimis periculosa, licet brève, fretum prospère transnavigarepotest? Adamn., I, 4. — On croit entendre les vers du poète :
Quid rigor reternus cœli, quid frigora possunt, Igiiotumque fretum?...
Claudien, in Consulat. III Honor., v, oi.
Ecosse. Il a été jusqu'en ces derniers temps la terreur des matelots, tant les flots, par certains vents, y creusent en tourbillonnant de profonds abîmes. Parmi les hôtes de Columba, les plus saints ne le traversaient qu'en tremblant et les mains levées vers le ciel pour implorer le miracle qui pouvait seul les sauver \ Mais lui-même, qui y fut un jour presque englouti, toujours préoccupé du souvenir de sa race, crut y yoir un signe des tourments que souffrait dans le purgatoire l'âme de son parent qui avait péri en cet endroit, et un ordre de prier pom^ le repos de cette âme en même temps que pour le salut de ses compagnons de route -.
La prière de Columba, sa bénédiction spéciale et ardemment sollicitée, son intercession constante et passionnée pour ses frères et ses disciples, étaient la
1. Adamn, I,, 5. — VUa sancti Kiarani, apud Reeves, 263. — Cf. GiRALDUs Cambrensis, Topogr . Hiberniœ, II, 41. — Walter Scott n'a eu garde d'omettre ce site dans son itinéraire poétique :
I would
. . . ïliat your eye could see the mood Of Corryvrekin's Whirlpool rude, When dons tlie Hag her -whitened liood. . . . And Scarha's isle, wliose tortured shore Sill rings to Corryvrekin's roar...
II faut remarquer que, comme le nom de Scotia a été transféré de l'Irlande à l'Ecosse, ainsi le nom du gouffre que redoutaient tant les navigateurs d'Iona a été transféré au gouffre tournoyant que l'on montre de loin à tous les touristes, entre les îles de Scarba et d'Iona, dans le trajet si fréquenté d'Oban à Glascow-