‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 132 sur 244 · Adamn., I · texte numérisé non relu

Adamn., I

ET VENGEUR DES OPPRIMÉS. 2o7

pareils'. Il avait pris sous sa tutelle spéciale un de ces bannis, Picte de naissance et de noble race, probablement un de ceux qui l'avaient écouté docilement et familièrement accueilli lors de ses premières missions dans le nord de laCalédonie. Il l'avait confié ou, comme dit l'historien, recommandé, assigné in manum, selon l'usage qui allait prévaloir dans les temps féodaux, à un chef de clan nommé Feradagh, lequel possédait la grande île d'islay, au sud d'Iona, en le priant de garder cet hôte pendant quelques mois parmi ses clients et amis. Peu de jours après avoir accepté solennellement ce mandat de confiance, ce scélérat fit égorger par trahison le noble exilé , sans doute pour s'emparer des objets précieux qu'il pouvait avoir conservés. A la première nouvelle de l'attentat, Columba s'écria : « Ce (( n'est pas à moi, c'est à Dieu qu'il a menti, ce « malheureux, dont le nom va être effacé du livre « de vie. Nous sommes en été, mais dès cet au- (( tomne et avant qu'il ait pu manger de la chair « des porcs qu'il fait engraisser aujourd'hui, il (( mourra de mort subite et sera traîné aux enfers. » La prédiction du vieillard indigné fut rapportée a

1. '( Almus pater, exsulum et depressoium plus patronus, » dit Manus 0'Donnell(l. ii, c. 3) du saint dont il était à la fois le biographe et l'arrière neveu, avec un sentiment trop naturel chez le rejeton d'une de cas grandes races irlandaises qui ont toujours préféré l'exil ou la misère à l'apostasie.

5o8 COLUMBA, PROTECTEUR DES FAIBLES

Feradagh qui s'en moqua tout haut, mais qui n'en demeura pas moins préoccupé. Dès que l'automne fut arrivé, il fit tuer une truie engraissée avec soin et la fit mettre à la broche. Avant même que la bête fut entièrement rôtie, il s'en fit servir un morceau afin de démentir au plus vite la prophétie vengeresse. Mais à peine eut-il saisi le morceau, qu'avant même d'avoir pu le porter à sa bouche il tomba à la renverse et mourut. Les assistants admirèrent , en tremblant, comme quoi le Seigneur Dieu avait fait droit et honneur à son prophète' et ceux qui connaissaient ses aventures de jeune homme purent se rappeler comment, au début de sa vie monastique, le meurtrier d'une vierge innocente avait péri sous les traits de sa parole vengeresse ^.

Dans sa légitime colère contre les spoliateurs du pauvre et les persécuteurs de l'Église, il ne reculait devant aucun danger, pas même devant le fer de l'assassin. Parmi ceux qui infestaient la Galédonie scotique en pratiquant dès. lors chez leurs voisins ces incursions à main armée et ces pillages qui caractérisèrent jusqu'au dix-huitième siècle l'existence des clans écossais, il avait distingué les fils de Donnell, issu d'une branche de la famille qui régnait sur la colonie dalriadienne. Il n'hésita pointa les excom-

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