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barque, il se mit à répondre aux instances de l'abbé par des moqueries et des injures. Alors le noble vieillard, comme pour s'accrocher à la barque qui emportait la dépouille de son ami, entra dans la mer jusqu'aux genoux, et, la voyant fuir, y resta quelque temps les deux mains levées vers le ciel, en priant avec ardeur. Sa prière finie, il sortit de Feau et vint se sécher auprès de ses compagnons assis sur un tertre voisin. Après un certain silence. il leur dit : « Ce misérable, ce chétif qui méprise le (( Christ dans ses serviteurs, ne reviendra plus ja- « mais aborder sur cette plage d'où vous venez de le (( voir partir. Il ne touchera plus terre nulle part. (( Aujourd'hui même, un petit nuage va s'élever au « septentrion, et de ce nuage sortira une tempête « qui l'engloutira, lui et les siens. Il ne s'en sauce ver a pas même un seul pour raconter son nau- <( frage. » Le jour était beau, la mer calme, le ciel parfaitement serein. Cependant le nuage que Columba avait annoncé apparut bientôt. Tous les assistants, les yeux tournés vers la mer, virent l'orage se former, grossir et poursuivre le spoliateur. La tourmente l'atteignit entre les deux îles de Mull et de Colonsay, d'où on le vit sombrer et périr avec tout son monde et tout son butin * .
Adamn., II, 22.
Nous avons tous appris dans les Commentaires de César comment, lors de son débarquement sur les côtes de la Bretagne, le porte-aigle de la dixième légion se jeta à la mer pour encourager ses camarades et s'enfonça dans l'eau jusqu'à mi-jambes. Grâce à la perverse complaisance de l'histoire pour tous les exploits de la force, ce trait est immortel. César ne venait cependant que pour opprimer, au profit de son ambition dépravée, une race libre et innocente, en la courbant sous le joug odieux de la tyrannie romaine, dont elle n'a heureusement rien gardé. Devant toute âme, je ne dis pas chrétienne, mais simplement honnête, combien n'est-il pas plus grand et plus digne de mémoire, le spectacle que nous offre, à l'autre extrémité de la grande île Britannique, ce vieux moine entrant aussi dans la mer jusqu'aux genoux, y poursuivant le farouche oppresseur au profit d'une obscure victime, invoquant et obtenant la vengeance divine, et revendiquant ainsi, sous son auréole légendaire, l'éternelle grandeur et les droits éternels de Thumanité, de la justice et de la pitié !