‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 140 sur 244 · Fulguralis lux. Id., III · texte numérisé non relu

Fulguralis lux. Id., III

2. Cuidam suo sapientiam discentiaUimno...qui, contra interdlctuni, in noctis silentio accessit... callideexplorans... oculosadclavium foraniina posuit... Repletum hospitiolum cœlestis splendore claritudinis, quam non sustinens intueri, aufugit. Id., ibid.

OU exécuter ses ordres, le virent un jour changer de visage, et sa figure exprimer subite ment les émotions les plus contraires; d'abord une joie béatifique, qui lui fit lever au ciel un regard empreint de la plus suave et tendre reconnaissance; puis, un instant après, ce rayon de bonheur surnaturel fit place à l'expression d'une morne et profonde tristesse. Ils le pressèrent de questions auxquelles il ref^isa de répondre. Alors ils se jetèrent à ses genoux et le supplièrent avec larmes de ne pas les contrarier en lem* cachant ce qui venait de lui être révélé. « Chers ence fants, )) leur dit-il alors, « je ne veux pas vous afïli- « ger. . .^Sachez donc qu'il y a aujourd'hui trente ans c( que j'ai commencé mon pèlerinage en Galédonie. (c Depuis longtemps je demande à mon Dieu de faire (( finir mon exil avec cette trentième année et de me (( rappeler à la céleste patrie. Quand vous m'avez vu (( si joyeux, j'apercevais déjà les anges qui venaient (( chercher mon âme. Mais voici que tout à coup ils (( s'arrêtent, là- bas sur ce rocher au delà de la mer (( qui entoure notre île, comme s'ils voulaient ap- (( procher ponr me prendre sans le pouvoir. Et ils (( ne le peuvent pas, parce que le Seigneur a moins (( écouté mon ardente prière que celle de beaucoup « d'églises qui ont prié pour moi, et qui ont obtenu, (( bien contre mon gré, que mon séjour dans ce corps (( fût prolongé de quatre années. Voilà pourquoi

(( VOUS m'avez vu retomber dans la tristesse. Mais (( dans quatre ans, je mourrai sans avoir été malade ; (( dans quatre ans, je le sais et je le vois, ils revien- (( dront, ces saints anges, et je prendrai avec eux (( mon vol vers le Seigneur^ . »

Au bout des quatre années, ainsi prédéterminées, il disposa tout pour son départ. On était aux derniers jours de mai ; il voulut aller prendre congé des moines qui travaillaient aux champs dans la seule partie fertile del'iled'Iona, à l'occident. Son grand âge ne lui permettant plus de marcher, il se faisait traîner sur un char à bœufs. En arrivant auprès des laboureurs, il leur dit : « J'ai beaucoup désiré mou- (( rir le jour de Pâques, il y a un mois, et cela ni'a- (( vait été accordé, mais pour ne pas changer ce jour (( de fête en jour de tristesse pour vous, j'ai préféré « attendre quelque peu. » Et comme ils fondaient tous en larmes, il les consolait de son mieux ; puis du haut de son rustique attelage, et se tournant vers l'Orient, il se mit à bénir l'île et tous ses habitants, d'une

1. Faciès ejus subita, miritica et laeUficahilarilate elïloruit... IncomparabiiirepleUis gaudio, vaUlelsetificabatur. Tum illa sapida el suavis lœtificatio in mœstam conveititur tristincalionera... Duo... qui. . . ejus tugurioli ad januam stabant. . . illacrvmali, ingernisculautes... Quia vos, ait, amo, tristilicari nolo... Usque in huncprœsentem diem, meae in Britanniaperegrinationis terdenicompleti suntanni... Sed ecce nunc, subito retardati, ultra nostrœfretuminsulœstantin rupe... cum sanctis mihi obviaturis illo tempore, ad Dominum lœtus emigrabo. Adamn.jIII, 22.

bénédiction qui, selon la tradition locale, conforme à celle de saint Patrice, en Irlande, eut pour résultat de faire disparaître à jamais toutes les vipères deFileV

Le samedi de la semaine suivante, appuyé sur son fidèle ministre Diarmid, il alla visiter et bénir le grenier de la communauté. En y voyant deux grands monceaux de blé provenant de la dernière récolte, il dit : (( Je vois avec bonheur que ma chère famille mo- (( nastique, s'il me faut la quitter cette année, n'aura (( pas au moins à souffrir de la disette. — Père (( bien-aimé, » lui dit alors Diarmid, (c pourquoi (( donc nous contrister ainsi en nous parlant de (( votre mort prochaine? — Eh bien, » répondit l'abbé, « voici un petit secret intime que jeté révé- « lerai si tu veux me jurer à genoux de n'en rien (( dire à personne avant mon départ... C'est au- (( jourd'hui samedi, le jour que l'Écriture sainte « appelle le jour du Sabbat, ou du repos. Et ce sera (( bien véritablement le jour de mon repos-, car il

1. Ad visitandosfratresoperarios senexseniofessus,plaustroveclus, pergit. .. In occidua insulae lonœ laborantcs parte... ut erat in vehiculosedens, ad Orientem suamconvertens faciem, insulam cum insulanis benedixit habitatoribus... Ex qua die , viperarum venena trisiilcarum linguarum usque in hodiernamdiem nullo modo aut homini aut pecorl nocere potuere. Adamn., 11, 28; 111, 53.

2 . Quod cum benedixisset et duos in eo frugum sequeslratos acervos... Valde congratuler meisfamiliaribus monachis, quia hoc eliam

(( sera le dernier de ma laJiorieiise vie. Cette nuit (( même du samedi au dimanche j'entrerai dans le (( c hemin de mes pères ... Tu pleures , cher Diarmid : (( mais console-toi . C'est mon Seigneur Jésus-Christ (( qui daigne m'inviter à le rejoindre ; c'est lui qui (( m'a révélé que ce serait pour cette nuit. »

Puis sortant du grenier pour retourner au monastère, et arrivé à moitié chemin, il dut s'asseoir pour se reposer à l'endroit que marque encore une des croix anciennes d'Iona' . A ce moment il voit accourir un ancien et fidèle serviteur, le vieux cheval blanc qui était employé à porter de la bergerie au monastère le lait qui servait chaque jour à la nourriture des frères. Il venait poser sa tête sur l'épaule de son maître comme pour prendre congé de lui. Les yeux du vieux cheval avaient une expression si plaintive, qu'ils semblaient baignés de larmes. Diarmid voulut l'éloigner, mais le bon vieillard l'en empêcha : « Ce (( cheval m'aime, lui aussi, laisse-le près de moi ; (( laisse-le pleurer mon départ. Le Créateur a révélé « à cette pauvre bête ce qu'il t'avait caché à toi, (( homme raisonnable. » Sur quoi, tout en caressant

anno si a vobisemigrare me oporluerit, annum sufficientem habebitis... Aliquem arcanum habeo sermusculum {sic)... Etmihi vere est sabbatum haechodierna dies... in quapost meas laborationum molestiassabbatizo... Jam enim Dominusmeus Jésus Christus me invitare dignatur. Ad.vmn., HI, 23.

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