‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 151 sur 244 · Bede, HI · texte numérisé non relu

Bede, HI

lignée spirituelle de Golumba ' ; mais ils doivent spécialement s'appliquer à ses successeurs sur le siège abbatial dlona, et en première ligne au premier de ses successeurs, à celui qu'il avait lui-même désigné, à ce saint et aimable Baït lien, si digne d'être son lieutenant, son ami et son remplaçant. Il ne survécut que trois ans à Golumba et mourut le jour même de Tanniversaire de son maître ^. Les cruelles douleurs de sa dernière maladie ne l'empêchèrent pas de prier, d'écrire et d'enseigner jusqu'à sa dernière heure. Baïthen était, comme on l'a déjà dit, le cousin germain de Golumba, et après lui tous ou presque tous les abbés d'Iona furent de la même race.

L'esprit de famille, ou, pour mieux dire, l'esprit de clan, toujours si puissant et si actif en Irlande, si prononcé chez Golumba, était devenu tout à fait prépondérant dans la vie religieuse de l'Eglise celtique. Ge n'était pas précisément l'hérédité, puisque le

1. On peut en voir l'énurnération dans Colgan, qui en nomme jusqu'à cent douze, la plupart commémorés dans les martyrologes irlandais.

2. Pendant son court abbatiat, on voit que tout n'était pas enthousiasme et adhésion unanimes. Un certain Bevan qualifié de persécuteur des églises, envoyait demander les restes des repas des moines d'Iona, mais uniquementpour les tourner en dérision. « Nec ob aliud hoc poslulabat, nisi ut causam blasphemiœ ac despectionis fratrum inveniret. » Baïthen luienvoya ce qui restait du lait qui avait été servi aux frères. Après l'avoir bu, l'impie ressentit de telles douleurs intérieures, qu'il se convertit et mourut en témoignant son repentir. Act. SS. BOLLAND, t. II Junii, p. 238.

mariage était absolument inconmi du clergé régulier; mais l'on tenait le plus grand compte du sang dans l'élection des abbés, tout comme dans celle des princes ou des chefs militaires. Le neveu ou le cousin du fondateur ou du supérieur d'un monastère semblait le candidat le plus naturellement désigné à la dignité vacante. Il fallait des motifs spéciaux pour l'écarter. Aussi voit-on que les onze premiers abbés d'Iona, après Colimiba, sortirent tous, à l'exception d'un seul, de la même souche que lui, de la race de Tyr-Gonnell, et descendaient tous du même fds de Niall des Neuf-Otages, le fameux roi de toute l'Irlande ^ . Tout grand monastère devenait ainsi le centre et l'apanage d'une famille, ou, pour mieux dire, d'un clan et servait d'école comme d'asile à toute la parenté du fondateur. Plus tard on vit même se développer à côté de sa postérité spirituelle une sorte de progéniture purement laïque et héréditaire, investie de la possession de la plupart des domaines monastiques. Ces deux descendances simultanées, mais distinctes, des principaux fondateurs religieux, sont désignées dans les généalogies historiques de l'Irlande sous le nom d'ecclesiastica progenies et de plebilis progenies ". A

1. Voir le tableau généalogique dressé par le docteur Reeves, à la page 3 '43 de son édition d'Adamnan.

2. Le docteur Reeves a traité à fond cette curieuse question dans un

partir du neuvième siècle, grâce au relâchement de la discipline, à l'invasion des clercs mariés et à la valeur croissante des terres, la succession spirituelle tendit à se confondre avec la lignée naturelle et héréditaire, et on vit une foule d'abbés purement laïques et héréditaires, aussi fiers d'être les descendants collatéraux d'un saint fondateur, qu'heureux de posséder les vastes domaines dont la fondation s'était graduellement enrichie. Ce funeste abus se reproduisit en France et en Allemagne, mais y fut moins invétéré qu'en Irlande où il subsistait encore du temps de saint Bernard, et en Ecosse où il se prolongea jusqu'après la Réforme.

Il n'en fut jamais ainsi à lona où la succession abbatiale resta parfaitement régulière et ininterrompue jusqu'aux invasions et aux dévastations des Danois au commencement du neuvième siècle. A partir de ces invasions, les abbés d'iona ne jouèrent plus qu'un rôle subordonné ^ . Ce foyer lumineux d'où

opuscule spécial : On ihe ancient abbatial succession inireland, ap. Proceedings of Ihe royal Irish Academy, vol. VII, 1857.

1. En 1097, Magnus, roi de Norwège. après avoir fait la conquête des Hébrides, visita lona et annexa lesîlesàl'évéché deSodor elMan [Sodorensis] sous la métropole de Drontheim, ce qui détruisit l'anciennetradilion ecclésiastique de l'île. Ilestquestioa pourladernière fois en 1203 d'un abbé d'iona venu d'Irlande et issu de la famille de Columba. En 1214, on y trouve la mention d'un prieuré de l'Ordre de Clunydonton ignore l'origine. Lanigan, t. IV, p. 347, Cosmo Innés, p. 110. — La souveraineté temporelle échut aux fameux Lords ofthe

DE SAINT COLUMBA. 30o

la civilisation chrétienne avait rayonné snr les îles Britanniques s'éteignit. Le centre des communautés réunies sous le nom de Famille ou d'Ordre de Columhcill, fut transféré d'Iona, à une autre fondation du saint, à Kells, au centre de l'Irlande, où résida pendant trois siècles encore, sous le titre de Coarh, un successeur de Columba, un supérieur général de l'Ordre, abbé titulaire tantôt d'Iona, tantôt d'Armagh ou de quelque autre grand monastère irlandais ' .

Nous nous sommes déjà trop longtemps arrêté sur le grand et attachant personnage dont on vient de raconter la vie. Et cependant il nous faut encore constater rapidement l'influence qu'il a exercée autour de lui et jusque sur la postérité.

Cette influence est surtout évidente dans l'Église d'Irlande, qui apparaît tout entièrq dominée par son esprit, par ses successeurs et par ses disciples pendant les temps qu'on regarde comme Page d'or de son histoire et qui s'étendent jusqu'aux inva-

Isles, du clan des Macclonald, immortalisés par Waller ScoU, et dont ks tombes s'y voient encore. Voir l'appendice I.

1. Voir la chronolof^ie détaillée des qiiaranle-neuf successeurs de Columba et de leurs faits et gestes depuis 598 jusqu'en 1219, dans le Chronicon Hycuse deReeves,p. 359etseq. Ces coarhs ont été fort mal à propos confondus par Ussher, Ware, Lanigan et autres auteurs, avec les chorepiscopi du continent.

sions danoises de la fin du huitième siècle. Pendant toute cette période, l'Église d'Irlande, encore toute monastique, comme à son origine, semble avoir été gouvernée par les souvenirs et les institutions de Columba. Les mots Lex Columhcille se retrouvent à maintes pages de ses annales un peu confuses, pour désigner, soit l'ensemble des traditions que perpétuaient ses monastères, soit les tributs que prélevaient les rois pour la défense des églises et du pays, en promenant à travers l'Irlande la châsse qui contenait ses reliques ^ .

Cet ascendant était si marqué, jusque dans l'ordre temporel, que plus de deux siècles après la mort du grand abbé d'Iona, en 817, on voit tous les rehgieux de son ordre, Congregatio Columbcille, se rendre solennellement à Tara, l'antique capitale de Tirlande druidique, pour y excommunier le monarque suprême de l'île, coupable d'avoir assassiné un prince de la famille de leur saint fondateur ^

On l'a dit, et on ne saurait assez le redire : l'Irlande était alors regardée par toute l'Europe chrétienne comme le principal foyer de la science et delà piété. A l'abri de ses innombrables monastères une foule de missionnaires, de docteurs et de prédicateurs se formaient pour le service de 'Église et

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