BoLL\ND., p. 820. Cf. p
Mais iiiKentigern, dont les œuvres ne lui survécurent guère, ni Golumba, dont l'inlluence fut si puissante et si durable sur les Pietés et les Scots, ne surent exercer une action directe et efficace sur les Anglo-Saxons qui devenaient de jour en jour plus redoutables et dont les incursions féroces menaçaient non moins les tribus calédoniennes que les Bretons. On voit cependant que le grand abbé d^Iona ne partageait pas la répulsion systématique du clergé breton pour la race saxonne : il est fait mention expresse dans les monuments les plus authentiques de son histoire, de religieux saxons qui avaient été admis dans la communauté d'Iona ; l'un d'eux y exerçait le métier de boulanger et comptait parmi les familiers de Golumba^ Mais rien n'indique que ces Saxons, enrôlés sous l'autorité de Golumba, aient réagi de là sur leurs compatriotes. Au contraire, pendant que les missionnaires scoto-bretons rayonnaient sur tous les points de la Galédonie, pendant que Golumba et ses disciples faisaient briller la lumière de l'Evangile dans les régions septentrionales, où elle n'avait jamais pénétré ; au midi de l'île, la foi
1. Ciimmineus (apud Colj^an, p. 320) mentionne deux SaxoHS : « Quidanfi religiosiis fiater, Genereiis nomine, Saxo natione, pictor opère. » Ktplus loin : « duo ejus discipuli, Lugneus filius Blaset Pillo Saxo génère. » Adamnan (111, 10-22) recUlie les conclusions que quelques autres ont tirées du mot pictor en employant ceux-ci : opus pisiorium excrcens. Voir plus haut, page 164.
chrétienne et l'Eglise catholique s'affaissaient de plus en plus sous les ruines entassées par la conquête saxonne.
Le paganisme et la barbarie, vaincus par l'Évangile clans les hautes terres du Nord, se relevaient et triomphaient de nouveau au midi, dans les régions les plus peuplées, les plus accessibles, les plus florissantes, dans tout ce pays réservé à de si prodigieuses destinées, et qui commençait déjà à s'appeler l'Angleterre. De 569 à 586, dix ans avant la mort de Columba et à Tépoquc où son autorité était la mieux établie et la plus puissante dans le Nord, les derniers champions de la Bretagne chrétienne furent définitivement rejetés au delà de la Saverne, tandis que de nouvelles bandes anglo-saxonnes, au Nord, refoulant les Pietés au delà de la Tweed, et traversant l'Humber au midi , fondaient les futurs royaumes de Mercie et de Northumbrie. Plus tard, il est vrai, les fils de Columba porteront l'Évangile à ces Northumbriens et à ces Merciens. Mais à la fin du sixième siècle, après cent cinquante ans d'invasions et de luttes triomphantes, les Saxons n'avaient encore rencontré, dans aucune des trois populations chrétiennes ou récemment converties (Bretons, Scots et Pietés), qu'ils avaient abordées, combattues et vaincues, ni des apôtres disposés à leur annoncer la bonne nouvelle, ni des pontifes capables de mainte-
332 POSTÉRITÉ SPIRITUELLE DE SAINT COLUMBA. nir le dépôt de la foi chez les peuples conquis par eux. Eu 586, les deux derniers évêques de la Bretagne conquise, ceux de Londres et de York, abandonnèrent leurs églises et se réfugièrent dans les montagnes du pays de Galles, emportant avec eux les vases sacrés et les saintes reliques qu'ils avaient pu dérober à la rapacité des idolâtres.
Il fallait donc d'autres moissonneurs. D'où viendront-ils? Du foyer inextinguible d'où la Imnière est déjà venue aux Irlandais par Patrice, aux Bretons et aux Scots par Palladius, par Ninian, par Germain.
Et déjà les voici ! Au moment où Columba touche au terme de sa longue carrière, dans son île septentrionale d'Iona, un an avant sa mort (596J, les envoyés de saint Grégoire le Grand partent de Rome, et viennent débarquer au milieu des Anglo-Saxons, sur la plage où avait débarqué César.