Ethelwerdi Cliroiiic., lib. i, p. 474, ap. Savile
Tacite a reconnues chez les Germains, et composées alors de la peuplade entière (wolk-mot) , s'étaient promptement limitées aux anciens , aux sages [ivitena-gemot) , aux chefs des principales familles de chaque tribu ou royaume, aux hommes pourvus de la double prérogative du sang et de la terre. Elles se tenaient en plein air, sous de grands vieux chênes, à des époques déterminées; elles intervenaient dans tous les actes de la vie publique et réglaient souverainement les droits établis ou défendus par les lois.
Ces lois n'étaient elles-mêmes que des traités de paix , discutés et garantis par le grand conseil de chaque petite nation, entre le roi et ceux dont dépendaient sa sécurité et son pouvoir ; entre les différentes parties de tout procès civil ou criminel ; entre différents groupes d'hommes libres, tous armés et tous possesseurs de terres, sans cesse exposés à risquer leur vie, leurs biens, l'honneur et la sûreté de leurs femmes, de leurs enfants, de leur parenté, de leurs clients , de leurs amis , dans des conflits quotidiens, nés de ce droit de guerre privée qu'on retrouve à la racine de toute liberté et de toute législation germanique'.
1. Palgi\a.ve, The Bise and Progress of tlie English commou' wealth. London, 1832. — Lappenberc;, Geschichte von England. Hamburg, 1834. — Kemble, Codex diplomaticus xvi SaxoniciiLoU'
L'inégalité, compagne inséparal)le de la liberté chez les peuples d'autrefois, se manifestait chez les Anglo-Saxons comme partout. La classe des hommes libres, des ceorls, possesseurs de la terre et du pouvoir politique, qui constituaient la force vitale du peuple, avait au-dessous d'elle non seulement des esclaves, fruit de la guerre et de la conquête, mais en bien plus grand nombre des serviteurs , des laboureurs, des clients, qui n'avaient pas les mêmes droits qu'elle. Mais elle reconnaissait aussi pour supérieurs les nobles, les eorh, nés pour commander, pour remplir l'office de prêtres, déjuges et de chefs sous la primauté des rois^ .
Ainsi donc, la portion de la Grande-Bretagne qui a pris dès lors le nom d'Angleterre se composait d'une agrégation de tribus et de communautés indépendantes, mais chez qui les exigences de la guerre contre leurs voisins du nord ou de l'ouest allaient développer une tendance graduelle vers Tu-
don, 1839-1848], et The Saxons in Erujland. London, 1849. — Baron d'EcKSTEiN, Notices et mémoires divers.
1. Les lois et les diplômes anglo-saxons, et surtout les chartes de donations monastiques, reproduisent sans cesse cette distinction entre les Ceorls et les Eorls, qui se retrouve dans la mythologie Scandinave, entre les Karls et les Jarls, nés du commerce d'un dieu avec deux différentes femmes. Voir le chant du premier Edda, intitulé : Rigsmal. — Le mot ceorl a produit dans l'anglais moderne celui de churl, paysan, rustre, butor; et le mot eorl a donné earl, comte. L'un est descendu et l'autre est monté.
iiité. E!lc se constituait en une fédération aristocratique , où des familles d'une origine réputée divine présidaient à la vie sociale et militaire de chaque tribu, mais où l'indépendance personnelle restait la base de tout. Cette indépendance savait toujours revendiquer ses droits quand un prince plus habile ou plus énergique que les autres les avait entamés. Elle se retrouvait partout pour établir et maintenir la vie sociale sur le principe de l'association libre en vue du bien commun \ Tout ce que les hommes libres n'avaient pas expressément abandonné à des chefs établis par eux-mêmes ou à des associés librement acceptés leur demeurait acquis et inviolable.
Telle était à cette époque obscure et reculée, comme de nos jours, le principe fondamental et glorieusement inaltérable de la vie publique des Anglais.
Une partie de la population bretonne, celle qui avait survécu aux fureurs de la conquête et qui n'avait pas su ou pas voulu chercher un refuge dans les montagnes et les presqu'îles de la Cambrie et de la Cornouaille , semble s'être accommodée de ce nouveau régime. Une fois la conquête achevée, et là où cette conquête n'avait pas entraîné l'extermination
1. Free association on the terms of miitual benefit. Kemble, Saxons in England, t. II, p. 312,
complète de la race indigène ^ , on ne trouve aucune trace de soulèvement ou de mécontentement général chez les Bretons , et l'on peut admettre comme plausible Favis des érudits qui ne croient pas que la condition de la masse du peuple breton , restée dans les régions conquises, ait été pire sous les envahisseurs saxons que sous le joug des Romains ou même sous celui de leurs princes indigènes, si maltraités par leur compatriote, l'historien Gildas". On peut même croire que cette fusion entre les vaincus et les vainqueurs s'opéra au grand profit de ceux-ci. Nul ne sait si l'héroïque ténacité, qui est devenue le caractère distinctif du peuple anglais , n'a pas été surtout empruntée à la race vigoureuse qui, après avoir tenu tête à César, avait su, seule entre tous les peuples soumis à Rome, lutter pen-
1. On a constaté plus haut (liv. x, ch. 1, p. 16) que dans quelques contrées les Saxons anéantirent les populations vaincues. Mais ce ne fut que l'exception. Voir à ce sujet le résumé excellent AeBurkc, ii\àns son Essai abî'égé de l'Histoire cV Angleterre, ouvrage trop oublié, quoique tout à fait cligne du plus grand des Anglais.
2. Tel est surtout l'avis de Kemble. qui d'ailleurs généralise beaucoup trop sa théorie sur les exagérations historiques en ce qui touche l'oppression ou l'anéantissement des nations conquises. Ce qui se passe depuis 1772, en Pologne, en Lithuanie, en Circassie et ailleurs, démontre que l'on peut très bien, même dans la pleine lumière de la civilisation moderne et sous des princes sacrés devant lautel du Dieu vivant, procéder avec une efficacité invincible à la destruction des races humaines.
dant deux siècles contre rinyasion des barbares \
Mais cette assimilation des deux races ne put s'opérer qu'aux dépens de la foi chrétienne. A la différence des envahisseurs barbares du continent, les Saxons n'adoptèrent pas la religion du peuple qu'ils avaient subjugué. En Gaule, en Espagne, en Italie, le christianisme avait refleuri et s'était énergiquement affirmé sous la domination des Francs et des Goths ; il avait conquis les conquérants. En Bretagne, il disparut sous le poids de la conquête étrangère. Il n'en restait rien dans les pays soumis aux Saxons quand Rome y envoya ses missionnaires; on y rencontrait à peine quelques églises ruinées, mais pas un chrétien vivant parmi les indigènes ^ ; vainqueurs et vaincus erraient également dans la nuit du paganisme.
Aussi n'est-il pas besoin de se demander si à côté de cette fière et vigoureuse indépendance où nous avons reconnu une rare et précoce condition de l'intelUgence pohtique et de la vitalité sociale, les Anglo-Saxons manifestaient des vertus morales d'un ordre aussi relevé. Nul ne peut être tenté de le croire. Certes, « il y avait sous cette barbarie native des penchants nobles inconnus au monde romain. Sous labrute, on découvre F homme libre et aussil'homme