‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 186 sur 244 · Epist., XI, G · texte numérisé non relu

Epist., XI, G

MOINES d'oCC. III. 22

tomber Phomme au dedans par la vaine gloire encore plus qu'ils ne le grandissent au dehors. Quand les disciples disaient à leur divin Maître : Seigneur, en votre nom les dénions même nous sont soumis, il leur répondit : Ne vous réjouissez pas de cela, mais de ce que vos noms sont inscrits dans le ciel. Les noms de tous les élus y sont inscrits, et cependant tous les élus ne font pas des miracles. . . Tandis que Dieu agit ainsi par toi au dehors, tu dois, très cher frère, te juger scrupuleusement au dedans et bien connaître qui tu es. Si tu te souviens d'avoir offensé Dieu par ta langue ou par tes œuvres, aie toujours tes fautes présentes à ta mémoire pour réprimer la vaine gloire qui surgirait dans ton coeur. Songe que ce don des miracles ne t'est pas donné pour toi, mais pour ceux dont le salut t'est confié... Il y a des miracles de réprouvés; et nous, nous ne savons pas même si nous sommes élus. Il faut donc rudement déprimer l'âme au milieu de tous ces prodiges et de ces signes, de peur qu'elle n'y cherche sa propre gloire et son avantage privé... Dieu ne nous a donné qu'un seul signe pour reconnaître ses élus : c'est de nous aimer les uns les autres \ »

Puis aussitôt, voulant relever par un retour de

1. Fleury, en citant cette lettre, dit avec raison :« Rien ne prouve mieux la vérité des miracles de saint Augustin que ces avis si sérieux de Grégoire. »

tendre compassion l'ami qu'il vient de corriger, il continue en ces termes : « Je parle ainsi parce que je désire prosterner l'âme de mon cher auditeur dans riiumilité. Mais que ton humilité même ait confiance. Tout pécheur que je suis, j'ai une espérance certaine que tous tes péchés te seront remis puisque tu as été choisi pour procurer la rémission aux autres. S'il y a plus de joie dans le ciel pour un pécheur pénitent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, quelle joie n'y aura-t-il pas pour tout un grand peuple qui, en venant à la foi, fait pénitence de tout le mal qu'il a fait. Et cette joie, c'est toi qui l'auras donnée au ciel'. »

Dans une lettre antérieure de Grégoire, adressée, non plus à Augustin, mais à son ami Euloge, patriarche d'Alexandrie, le Pape constate également les miracles qui avaient signalé la mission d'Augustin ; il ne craint pas même de les comparer aux signes et aux prodiges qui avaient accompagné la prédication des apôtres". Douze siècles après Grégoire, la plus grande âme qu'ait produite l'Angleterre moderne, l'immortel Burke, s'incline respectueusement devant cette tradition méprisée par ses frivoles contemporains. L'introduction du christianisme dans un pays quelconque est, selon lui, le plus inestimable bien-

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