‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 196 sur 244 · Voir tome H, livre ix, c · texte numérisé non relu

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MOINES d'OCC, IIJ. 23

tin y rencontrait, de son côté, le principal obstacle de sa mission dans la Grande-Bretagne ? On ne saurait assez répéter qu'elles n'avaient pour objet aucune des doctrines essentielles du christianisme, aucun article de foi défmi par l'Église, soit avant, soit depuis cette époque, aucun point de morale, et surtout qu'elles ne portaient aucune atteinte à la suprématie du Saint-Siège, telle qu'elle était alors exercée ou reconnue dans tout le reste du monde chrétien. L'érudition moderne a dissipé sans retour toutes les chimères imaginées par quelques écrivains anghcans ou allemands, qui attribuaient ces différends à une prétendue influence du christianisme oriental sur les Églises bretonnes, dont il ne subsiste aucune trace authentique, ou plus volontiers encore à la répugnance traditionnelle des populations celtiques pour le joug de Rome : répugnance démentie par l'histoire du passé, comme par le témoignage encore vivant de ces races, dont les plus tenaces et les plus illustres, les Irlandais et les Bretons d'Armorique, ont acheté au prix des plus généreux, des plus cruels sacrifices, le droit de se placer au premier rang des fidèles de l'Éahse romaine \

1 . Les historiens les plus sérieux de l'Allemagne protestante de nos jours, tels que Gieseler, ont déjà abandonné cette hypothèse, si longtemps admise par leurs coreligionnaires. Elle a été savamment réfutée par l'illustre professeur Dœllinger dans son Manuel 'L'histoire ecclésiastique, et, on peut le dire, mise à néant par les

La dissidence capitale portait sur la date de la célé- ])ration de la fête de Pâques. Cette fastidieuse question, véritaljle épouvantail de tous ceux qui s'aventurent dans l'étude des annales primitives de l'Eglise, nous est déjà apparue' , et va nous poursuivre longtemps encore. Dès les premiers siècles, des discussions prolongées s'étaient élevées surlejour oùil convenait de célébrer la plus grande fête de l'Eglise. Le Concile de Nicée avait fixé l'époque des solennités l)asçales au dimanche après le quatorzième jour de la lune de l'équinoxe du printemps, et cette date, sanctionnée par l'Église romaine, avait été portée dans toutes les églises de la Bretagne avec la foi chrétienne, comme par saint Patrice en Irlande et par saint Columba en Calédonie. Mais l'Église d'Alexandrie s'était aperçue d'une erreur astronomique qui provenait de l'emploi par les chrétiens de l'ancien cycle judaïque ; elle avait introduit un comput plus exact, adopté dans tout l'Orient et dont il résultait , dès le pontificat de saint Léon le Grand (440-46 1 ) une différence d'un mois entier entre le jour de Pâques à Rome etlejourdePâquesà Alexandrie. Enfm, vers le milieu du sixième siècle, en 532, on se mit d'accord : Rome

deux mémoires de M. Varia sur les Causes de la dissidence entre VÉglïse bretonne et l'Église romaine, publiés par l'Académie des inscriptions et belles-leUres , 1858. On trouvera dans \ Appendice, N° II, le résumé des conclusions de ces deux mémoires. 1. Voirt. ir.liv. ix,c. 2.

adopta la supputation de Denys le Petit, qui ne permettait plus de se tromper sur le jour fixé par le Concile de Nicée, et l'uniformité de date se trouva rétablie dans l'Eglise. Mais l'invasion saxonne avait intercepté les communications habituelles entre Rome et les églises bretonnes : celles-ci conservèrent l'ancien usage romain ; et ce fut précisément l'attachement à cet usage romain qui lui servit d'argument contre les calculs plus exacts que leur apportaient Augustin et ses moines italiens, mais qu'ils repoussaient comme des nouveautés suspectes, comme une dérogation aux traditions de leurs pères^ . C'était, comme on voit, pour rester fidèles aux enseignements primitifs de Rome qu'ils résistaient aux nouveaux missionnaires romains.

Cette dissidence, de beaucoup la plus importante, était donc d'une date très récente, et toutes celles qu'on peut reconnaître sur d'autres points, excepté sur la forme de la tonsure, étaient tout aussi nouvelles sans être plus essentielles. S'il en eût été autrement, s'il y avait eu le moindre dissentiment dogmatique ou moral entre les Bretons et l'Église romaine , jamais Augustin n'aurait commis l'insigne folie de solliciter l'assistance du clergé celtique pour la conversion des païens saxons. C'eût été semer la

1. W\LTEP,,Alte Wales,\J. 225. —DoELLiNGER,op.ci^.,I,26 partie, p. 216.

confusion et la discorde dans la nouvelle Eglise qu'il s'agissait de constituer par le concours énergique du christianisme indigène avec les envoyés de Rome^ .

Rien de plus pénible que de rencontrer dans l'histoire des luttes interminables et passionnées pour des causes ondes questions qui au bout de quelque temps n'intéressent plus personne et que personne ne comprend plus. Mais ce n'est pas seulement l'antiquité chrétienne, ce sont tous les siècles qui offrent de pareils spectacles. Et à ceux qui se scandaliseraient de l'excessive importance que les âmes les plus pieuses de leur temps ont attachées à de pareilles minuties, il suffit de rappeler l'obstination acharnée qu'ont mise de grands peuples , tels que les Anglais et les Russes, à repousser la réforme du calendrier grégorien, les uns pendant près de deux siècles, les autres jusqu'au sein de l'uniformité du monde contemporain.

Jl n'en est pas moins vrai que, par cette fidéhté obstinée à un calcul respectable mais faux, les Bretons se mettaient en contradiction sur cette question de la Pâque, non seulement avec Rome et tout l'Occident, mais encore avec l'Orient, qui célébrait cette fête, comme les juifs, le jour précis de la semaine où elle tombait, tandis que les Bretons,

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