‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 43 sur 244 · ÏACiT., Agricola, c · texte numérisé non relu

ÏACiT., Agricola, c

reusement avorté. A l'abri des proconsuls et des rhéteurs impériaux, le génie de la race celtique avait pu librement s'y développer ; il y avait créé une langue, une poésie, un culte, un enseignement, une hiérarchie sociale , en un mot une civilisation égale et même supérieure à celle de la plupart des autres peuples païens. Aumilieu du cinquième siècle, Rome chrétienne et apostolique avait étendu ses lois sur cette région que les Césars n'avaient pu atteindre. Saint Patrce y avait porté la loi chrétienne \ D'origine bretonne, mais imbu des doctrines et des usages de Rome-, comme ses contemporains Ninian et Palladius, apôtres des Scots et des Pietés méridionaux, le grand apôtre des Celtes d'Irlande était parti des plages de la Cambrie pour aller convertir cette île. ïl y avait été accompagné et suivi par une foule de religieux gallois ou bretons, qui accouraient sur ses pas poussés vers l'Irlande comme leurs frères vers r Armorique , soit par la terreur de l'invasion saxonne , soit par la soif de conquérir des âmes à la vérité^

1. Voir au tome U, livre ix, c. 1, le récit de la conversion de l'Irlande par saint Patrice.

2. Romanis eruditus discipulis. Vit. S. Dtti'ic/,ap. Rees, p. il.

3. L'un decescollaborateurs bretons de Patriceestun saint Mochla, dont les Bollandistes ont publié la légende au tome lU d'août, p. 73G. Cette légende donne pour mère à Mochta la servante d'un druide breton. Elle lui attribue la fondation de plusieurs monastères et le nombre évidemment fabuleux de cent évéques et de trois cents prêtres

DKPUIS SAINT PATRICK. 81

Ces missionnaires l)retons, qni fournirent à Patrice les trente premiers évêques de l'Eglise d'Irlande', continuèrent son apostolat, mais en substi ^ tuant ou en ajoutant certains rites et certains usages purement bretons à ceux que Patrice avait apportés de Rome. L'Irlande fut convertie, mais elle le fut à l'image de la Bretagne", profondément et irrévocablement catholique par le dogme, séparée de Rome par quelques points de discipline et de liturgie sans importance réelle et qu'il serait impossible de définir d'après les récits qid nous sont restés sur la vie de saint Patrice.

Du vi^ ant même de Patrice, n'y eut-il point quelques dissidences entre lui et ses collaborateurs bretons? On pourrait le croire, d'après certains traits de sa vie ou de ses écrits , comme ce passage de sa Confes-

poiir disciples; mais elle est surtout curieuse en ce qu'elle constate une sorte de fraternité testamentaire entre Patrice et Mochta.

1. JocELiN, ap. BoUand., t. II Martii, p. 559. — 11 ne faudrait pas croire que ces évêques eussent des diocèses à limiles certaines et une juridiction aussi bien établie que par la suite. Nous aurons maintes fois l'occasion d'établir que les évêques des églises celtiques «avaient guère d'autres fonctions que l'ordination et la transmission du caractère sacerdotal. L'ascendant des chefs des grands établissements monastiques, qui d'ailleurs devenaient souvent évêques, était bien autrement considérable. La constitution des diocèses et des paroisses, en Irlande comme en Ecosse, ne remonte guère au delà du douzième siècle.

2. Ceci a été savamment établi et mis hors de doute par M. Varin, dans les mémoires déjà cités.

sion OÙ il dit qu'il avait apporté l'Évangile en Irlande malgré ses semeurs, c'est-à-dire , selon Tillemont , malgré les prêtres bretons. Dans le texte obscur et peutêtre altéré de deux canons des conciles qui lui sont attribués, on remarque avec surprise des dispositions A iolemment hostiles aux clercs et aux religieux venant de la Bretagne ' . La légende cambrienne , de son côté, signale expressément parmi les compagnons de Patrice un religieux gallois, Carantoc ou Garannog , qu'elle qualifie de ce fort chevalier sous le soleil » et de ce héraut du royaume cèles te; » mais elle a soin d'ajouter que, vu la niultitude des clercs qui les accompagnaient, tous deux convinrent de se séparer et d'aller l'un à droite et l'autre à gauche". Un passage encore plus curieux de VAmr/ia, ou panégyrique en vers irlandais , consacré par un barde monastique à saint Patrice, peut jeter un rayon de lumière sur les dispositions qui séparaient cet homme vraiment apostolique des moines gallois trop souvent signalés par leur esprit exclusif et jaloux. Fidèle à l'esprit de l'Église romaine, qui regardait alors la conversion d'un pécheur comme un plus grand miracle que la résurrection d'un

1. Can. 33 du l^r synode. — Can. 20 du 2^ synode. Concilia, éd. CoLETTi. t. IV, p. 756 et 760.

2. Vita S. Carant. ap. Rees, p. 98. Cf. légende citée par M. Varin op. cit.

mort', le saint est loué par son panégyriste d'avoir toujours enseigné l'Évangile à tous sans exception, sans différence de caste, même aux étrangers , aux barbares, aux Pietés-.

Quoi qu'il en soit de ces dissentiments, ils ne portèrent aucune atteinte ni à la foi catholique, puisque le pélagianisme , l'hérésie dominante en Bretagne, ne prit jamais pied en Irlande', ni à l'ascendant du grand missionnaire romain, puisqu'il est resté le premier et le plus populaire des saints dans la catholique Irlande. La reconnaissance des rois et des peuples qu'il avait convertis se manifesta envers lui a^ ec une si prodigue générosité que, selon le dicton irlandais, s'il avait accepté toutes les donations qu'on lui offrait , il n'aurait pas laissé à recevoir par les saints venus après lui de quoi nourrir deux chevaux' . Rien aussi n'est mieux constaté que la subordination de l'Église naissante d'Irlande à ri^]glise romaine, subordination établie et réglée par saint Patrice'. Mais il n'en demeure pas

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