‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 50 sur 244 · Adamnan, lib. m, c · texte numérisé non relu

Adamnan, lib. m, c

2. Par Cummène le Blond {Cummeneus Albus), septième abbé d'Iona, de 657 à 669. Ce récit a été publié d'abord par Colgan, dans la Trias Thaumaturfjaj puis dans le tome Ides Acta sanctorum ordinis S. Benedicti, et enfin par les Bollandistes au tome II de juin.

3. Adamna, né en 624, a dû écrire la biographie de saint Columba entre 690 et 703, époque où il abandonna les traditions liturgiques des Scots et la direction du monastère d'Iona pour se fixer auprès dn roi anglo-saxon de Northumbrie, Aldfrii (Varin, Premier Me-

Comme vingt autres saints du calendrier irlandais, (]oluml)a portait un nom symbolique, emprunté au latin par le dialecte celtique, nom qui signitiaitla colombe de l'Esprit-Saint et qu'allait bientôt illustrer son compatriote Golomban, le célèbre fondateur de Luxeuil, avec lequel l'ont confondu plusieurs historiens modernes '. Pour l'en distinguer, et pour désigner spécialement le plus grand missionnaire celtique des îles Britanniques, nous choisirons, parmi les diverses leçons de son nom, celle de Columba. Ses compatriotes l'ont presque toujours nommé Colomb-Kill ou Cille, c'est-à-dire la colombe de la cellule^ ajoutant ainsi à son appellation primitive im mot destiné à rappeler soit le caractère essentiellement monastique du saint, soit le grand nombre

moire, \). 172). L'œuvre d'Adamnaii a été d'abord publiée parCanisius dans son Thésaurus antiquitatum, en 1604 ; puis, avec quatre autres du même saint, par le franciscain Colgan, dans sa Trias ThaumaHiTf/a {Louxain, 1647); par lesBollandistes,en 1698; etenlin par Pinkerton, savant écossais du dernier siècle. Elle vient d'être réimprimée, d'après un manuscrit du huitième siècle, par le Rév. Docteur William Reeves, pour la Société archéologique et celtique de Dublin, avec cartes, glossaire et appendice; Dublin, 1857,in-4o- Cette publication, excellente et marquée au coin d'une impartialité trop rare chez les érudits anglicans, a rendu un service considérable à l'hagiographie comme à l'histoire nationale de l'Irlande et de l'Ecosse. Nous en avons déjà parlé plus haut, tome II, livre i\, chap. 1,

1. Entre autres, Camden, au seizième siècle; Fleury danscertains endroits (livre xxxi\, c. 36), et Augustin Thierry, dans les premières éditions de son Histoire de la conquête d'Angleterre.

de communautés fondées et gouvernées par lui ' . Il était issu d'une de ces grandes races irlandaises dont il est littéralement vrai de dire qu'elles se perdent dans la nuit des temps, mais qui ont maintenu jusqu'à nos jours, grâce au tenace attachement du peuple irlandais pour ses souvenirs nationaux, à travers les vicissitudes de la conquête, de la persécution, de l'exil, une illustration encore plus patriotique et plus populaire que nobiliaire ou aristocratique. Cette grande race est celle des Nialls ou des O'Donnells- [clan Domhnaill). Originaire et

1. Br-DE, Hist. eccles., v, 9. — NotivEk Balbulus, Martyrol., 9 jun.

2. Il existe une histoire en irlandais du saint Magnus O'Donnell, qui se qualifiait de prince de Tyrconnell; elle a été rédigéeen 1532, et le texte original s'en trouve à la Bodléienne d'Oxford. C'est une compilation légendaire qui a pour base le récit d'Adamnan, mais augmentée d'une foule de légendes fabuleuses, comme aussi d'importanles traditions irlandaises et de détails historiques en l'honneur de la race d'O'Donnell, qui était celle du saint et de l'historien. Elle a été abrégée, traduite en latin et publiée par Colgan dans un volume in-folio dont voici le titre complet : Triades Thaumalurgœ, seu Bivorum Patricii, Columbse et Brigidx, triumVeteris et Majoris Scotice seu Hibernix, Sanctorum insvlx, communiinn Patronorum Actaa variis iisque pervetiislis ac sanctis autoribus scripta, de studio R. P. F. Joanîvis Colgani, in conventu Fr. Minor. Hibernor. strictior. obser. Lovanii S. Theologix lectoris jubilati collecta. LovANii, 1647. Ce volume est le second de la collection du même auteur, intitulée : Acta Sanctorum Hiberniœ, seu sacrx ejusdem insulœ antiquitates, qu'il n'a pas pu aciiever et qui ne comprend malheureusement que les saints du premier trimestre de l'année. De cette collection rarissime, jenai pu découvrir qu'un seul exemplaire dans toutes les bibliothèques de Paris, celui de la bibliothèque Sainte-Geneviève.

DE COLUMBA. lOo

maîtresse de tout le nord-ouest de Tîle (les comtés modernes de Tyrconnell, Tyrone et Donegall) , elle possédait au sixième siècle l'autorité souveraine, tant en Hibernie que dans la Galédonie, sur les deux rives de la mer Scotique. Jusqu'en 1168, et presque sans interruption, des rois, issus de ses branches diverses et souvent ennemies, exercèrent la monarciiie suprême en Irlande, c'est-à-dire une sorte de primauté sur les rois provinciaux, que Ton a comparée à celle des métropolitains sur lesévêques, mais qui rappelle plutôt la suzeraineté féodale des empereurs saliques et des rois capétiens sur les grands vassaux d'Allemagne et de France au onzième et au douzième siècle. Rien de plus contesté d'ailleurs et de plus orageux que l'exercice de cette suzeraineté. Elle était sans cesse disputée par quelque roi vassal qui parvenait le plus souvent, en bataille rangée, à dépouiller le roi suprême de la couronne et de la vie, et à le remplacer sur le trône de Tara, sauf à se voir lui-même traité de la même façon par le fils du roi qu'il avait détrôné '.D'ailleurs, le droit

1. Rappelons, à catte occasion, la division très ancienne de l'Irlande en quatre régions ou royaumes-, au nord, l'C//5^erou Ultonie; au midi, le Munster ou Mommonie-, à l'est, le £ei/is/e/-ouLagénie; à l'ouest, le Connaught ou Connacie. Un district central, l'antique Milieu Sacré de l'Irlande (que représentent les comtés actuels de Meath et Westmealh), entourait la résidence royale de Tara, si célébrée dans leschanls de Mooie et dont quelques ruines subsistent

de succession en Irlande n'était pas réglé par la loi de primogéniture. Selon la coutume connue sous le nom de Ta/? /^/r?/, le plus âgé des parents du sang succédait à tout prince ou chef défunt, et le frère était par conséquent toujours préféré au fils.

Après la conquête anglaise, la race des Nialls, aussi belliqueuse que puissante, sut maintenir, à force d'intrépide persévérance, une sorte de souveraineté indépendante dans le nord-ouest de l'Irlande. Les chefs de ses deux branches principales, les O'Neill et les O'Donnell, trop souvent en guerre les uns contre les autres, se retrouvent à chaque page des annales de la malheureuse Irlande. Après la Réforme, quand la persécution religieuse vint aggraver tous les maux de la conquête, ces deux maisons fournirent à F Irlande indignée et indomptée une série d'héroïques guerriers qui luttèrent à outrance contre le despotisme perfide et sanguinaire des Tudors et des Stuarts. Dix siècles écoulés dans ces luttes implacables n'avaient point affaibli la tradition qui rattachait au saint dont nous allons raconter la vie ces champions de la vieille reUgion et de la patrie outragée. Jusque sous le règne d'Elisabeth, les vassaux du ieune Hu2:ues O'Donnell dit le

encore : ce district dépendait exclusivement du monarque suprême. — Voir la carie annexée à ce volume.

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Rouge \ si renommé dans les fastes poétiques et la tradition populaire d'Erin, et le plus i*edoutable antagoniste de la tyrannie anglaise, reconnaissaient en lui un héros désigné par les chants prophétiques de Columb-Kill et abritaient ainsi sa gloire avec celle de ses ancêtres sous l'aile de la colombe des cellules, comme* sous un patronage à la fois céleste et domestique - .

Le père de Golumba avait poiu* aïeul l'un des

1. Captif (les Anglais aa berceau et mortà vingt-neuf ans, en 1002, à Simancas, où il était allé solliciter les secours de l'Espagne, Son frère, héritier de sa puissance en Irlande, mourut également dans l'exil à Rome, où l'on voit encore sa tombe à S. Pietro in Montorio.

2. Rev.\rs,, Adamnam, p. 34. O'Clhrv, Lectures oiithe manuscript mater ials of ancient Irish historij, 1861, p. 328. — Les huit grandes races de l'Irlande, chantées par les bardes et célèbres dans 1 histoire nationale, sont :

O'Neill, i O'Moore, )

et au nor(î. et à Test.

O'Donnell, > OByrne, >

O'Brien, t OConnor, )

et au midi. et • à l'ouest.

MCirthy, > O'Rourke, )

La principauté de Tyiconnell, confisquée sur les O'Donnell par Jacques I*''', contenait 1,16.5,000 arpents. « J'aime mieux, ) disait en l."i97 le plus illustre des O'Neill, « être O'Neill d'Ulster que roi d'Espagne. » — Cependant les chefs de ces deux grandes races du Nord sont le plus souvent désignés par les annalistes des seizième et dixseptième siècles sous le titre de comtes de Tyrone et de Tyrconnell, ([ue leur avait conféré la royauté anglaise dans l'espoir de les gagner — Il faut lire, dans l'intéressant ouvrage intitulé : Vicissitudes of Familles, par le roi d'armes d'Irlande, sir Bernard Burke les articles consacrés aux ONeill et aux O'Donnell. La postérité de ceux-ci fleurit encore dans un rang élevé, en Autriche.

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huit fils du graud roi Niall, dit des neuf Otages \ monarque suprême de toute l'Irlande de 379à40o, au temps où saint Patrice a\ ait été emmené comme esclave dans cette île. Il était donc issu de la race qui fut souveraine de l'Irlande pendant six siècles, et, en vertu de la coutume qui réglait le droit de succession, il pouvait être lui-même appelé au trône'. Sa mère sortait également d'une famille régnante dans le Leinster, l'un des quatre royaumes subordonnés de l'île. Il naquit à Gartan, dans une des régions les plus sauvages du comté actuel de Donegall ; on y montre encore la dalle sur laquelle sa mère était couchée quand elle le mit au monde (7 décembre o21). Quiconque passe la nuit sur cette pierre est guéri à jamais de la nostalgie ; il lui est donné de ne pas se consumer, dans l'absence ou l'exil, d'un amour trop passionné pour la patrie. C'est du moins ce que croient les pauvres émigrants irlandais, et au moment d'abandonner le sol confisqué et dévasté de la patrie pour aller gagner leur vie en Amérique, ils y affluent encore par un touchant souvenir du grand missionnaire qui sut abandonner son pays pour l'amour de Dieu et des âmes.

1. Parce qu'il avait reçu des otages de neuf rois vaincus par lui.

2. Une ancienne vie du saint, en irlandais, citée par le D»' Reeves, p. 269, le dit expressément et ajoute qu'il ne renonça à la souveraineté que pour l'amour de Dieu.

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Pendant que sa mère était enceinte de lui, elle <'ut un songe que la postérité a recueilli comme un symbole gracieux et poétique de la carrière de son lils. Un ange lui apparut en lui apportant un voile tout parsemé de fleurs d'une merveilleuse beauté et des couleurs les plus variées ; puis elle vit ce voile s'envoler au loin et s'étendre, à mesure qu'il s'éloignait, en recouvrant les plaines, les bois et les montagnes; et l'ange lui dit : « Tu vas devenir mère d'un fils qui fleurira pour le ciel, qui sera compté parmi les prophètes de Dieu, et qui conduira des âmes innombrables à la céleste patrie \ » C'était dans cet ascendant spirituel, dans cette conduite des âmes au ciel , que le peuple irlandais , converti par saint Patrice, reconnaissait la gloire la plus digne de ses princes et de ses grands hommes.

La légende irlandaise, d'une moralité toujours si haute et si pure, même au sein de ses plus étranges fantaisies, s'est surtout emparée de l'enfance et de la jeunesse de notre prédestiné. Ellejiousle montre confié d'abord au prêtre qui l'avait baptisé et qui lui donna les premiers rudiments de l'éducation littéraire ; puis familiarisé dès ses premières années avec les visions célestes qui devaient tenir une si grande place dans sa vie. Son ange gardien lui apparaissait souvent, et l'enfant demandait si tous les anges

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