‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 52 sur 244 · O'DONNELL, T · texte numérisé non relu

O'DONNELL, T

que Columba acheva son éducation monastique sous la direction de deux saints abl:)es du même nom de Finnian. Le premier, qui fut aussi évêque, l'ordonna diacre, mais semble l'avoir gardé moins longtemps sous son autorité que le second Finnian, lequel, lui-même élevé par un disciple de saint Patrice, avait longtemps vécu en Gambrie, près de saint David. Les premiers pas du jeune Columba dans la vie se rattachaient ainsi aux deux grands apôtres monastiques de THibernie et de laCambrie, aux patriarches des deux races celtiques qui avaient jusqu'alors montré le plus de fidélité à la foi chrétienne et le plus de prédilection pour la vie monastique. L'abbé Finnian qui le fit prêtre gouvernait à Clonard ce monastère qu'il avait fondé et dont nous avons déjà parlé, un de ces immenses monastères comme on n'en voyait plus que chez les Celtes et qui rappelaient les villes monastiques de la Thébaïde. Il en avait fait une école où accourait la jeunesse irlandaise, dévorée comme toujours par la soif de l'instruction religieuse ; et nous retrouvons ici le chiffre , si fréquemment reproduit dans la tradition celtique , de trois mille élèves , tous avides de recueillir les enseignements de celui qu'on appelait le Maître des Saints ^ .

1. Vauin, Deuxième Méi)iolre, p. 47. — Martyrol. Dmigal, àiè ap. Moor.E, History of Ireland, tome I, cli. 13. — Ce saint abbé

Pendant qu'il étudiait à Glonard, n'étant encore que diacre, il lui arriva une aventure constatée par des témoignages authentiques et qui fixa sur lui l'attention générale en donnant une première démonstration de son intuition surnaturelle et prophétique. Un vieux barde chrétien (ils ne l'étaient pas tous), nommé Gemmaïn, était venu séjourner auprès de l'abbé Finnian et lui demander, en échange de ses poésies , le secret de fertiliser les terres. Columba , que nous verrons dans toute la suite de sa vie épris de la poésie traditionnelle de sa nation, voulut se mettre à l'école du barde en })artageant ses études et ses travaux. Tous deux lisaient ensemble en plein air, à une certaine distance Fun de l'autre, quand apparut au loin une toute jeune fille poursuivie par un brigand. A la vue du vieillard, elle accourut de toutes ses forces vers lui, espérant sans doute trouver une sauvegarde dans l'autorité qu'exerçaient en Irlande les poètes nationaux. Gemmaïn , tout troublé , appela son

Finnian mourut en 549. L'aulre Finnian. qui fut le premier maître de Columb-Kill, est aussi connu sous le nom de Finnbar etavait été abbé à Magh-bile (Down), et ne mourut qu'en 579. On croit qu'il est le même que saint Fredianus (Frediano), évêque et patron de Lucques, où il y a une église si belle et si curieuse sous ce vocable. — Colgan a publié la vie de l'un et de l'autre au 2.3 février et au 18 mars de ses Acta sanctorum Hibernix. Il règne du reste une grande confusion entre ces deux saints. Cf. Adamnan, I, 1 ; H, 1; II[, 4.

élève pour l'aider à défendre , comme ils pourraient tous deux, la malheureuse enfant. Elle cherchait à se cacher sous leurs longs vêtements , lorsque le malfaiteur la rejoignit : sans égard pour ses défenseurs, il lui perça le cou de sa lance, et, la laissant morte à leurs pieds, il commençait à s'éloigner, quand le vieillard désolé se tourna vers Columba et lui dit : « Jusques à quand Dieu laissera-t-il impuni ce crime qui nous déshonore? — Jusqu'à maintenant, » dit Columba, « et pas plus tard ; car à cette heure même, où l'ame de cette innocente monte au ciel, l'âme de son meurtrier va descendre en enfer, y) Et à l'instant, comme Ananie sous la parole de Pierre, l'assassin tomba mort. Le bruit de ce châtiment soudain retentit, nous dit l'histoire, dans toute l'Irlande et propagea au loin la renommée du jeune Golumba^

Du reste, on reconnaît facilement que son influence dut être aussi précoce que considérable, par le nombre et l'importance des fondations dont il fut Fauteur avant même d'avoir atteint l'âge mûr(545-o62) . A part les vertus dont la suite de sa vie fournit tant d'exemples, on peut croire que sa naissance royale lui donnait un ascendant irrésistible dans un pays où, depuis l'introduction du christianisme, tous les premiers saints, comme les principaux abbés, apparte-

i.VitaS. Finniani, ap, Colgan, Acta 65., p.395.— Adamnan. , II, 25.

DE COLUMBA. il 5

naiont aux familles souveraines, et où subsistent jusqu'à ce jour, à un degré inconnu partout ailleurs, le prestige du sang et le culte des généalogies. Issu, comme on l'a déjà dit, de la même race que le monarque de toute l'Irlande, et par conséquent luimême éligible à cette dignité suprême plus souvent obtenue par l'élection ou l'usurpation que par l'hérédité; neveu ou cousin très proche des sept monarques qui exercèrent l'autorité suprême pendant la durée de sa vie, il tenait encore par les liens du sang, à la plupart des rois provinciaux V Aussi le voit-on, pendant toute sa carrière, traiter sur le pied d'une intimité et d'une égalité parfaites avec tous les princes tant de l'Irlande que de la Galédonie, et exercer une sorte de souveraineté spirituelle égale ou supérieure à l'autorité des souverains séculiers.

A peine âgé de vingt-cinq ans, il présidait à la création d'une foule de monastères ; il y en eut jusqu'à trente-sept qui, en Irlande seulement, le reconnaissaient pour fondateur. Les plus anciennes et les plus importantes de ces communautés furent placées par lui, comme l'avait été naguère celle de sainte Brigitte à Kildare", dans de vastes forêts de

1. Voir les tableaux généalogiques de l'appendice du docteur Reeves.

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