Voir plus haut, tome II, livre ix,chap
chênes dont elles tirèrent leur nom. L'une Durrow (Dair-mach, Rohoreti campus), où l'on voit encore une croix et un puits qui portent le nomdeColumba, s'élevait dans cette région centrale qu'on appelait V ombilic ou le milieu sacré de l'Irlande. L'autre, Derry {Doire-chalgaich, Roboretum Calgachi) , situé au nord de l'île , dans sa province natale, au fond d'une anse profonde de la mer qui sépare l'Irlande de l'Ecosse, après avoir été longtemps le siège d'un vaste et riche évêché catholique, est devenue, sous son nom moderne de Londonderry, l'un des principaux foyers de la colonisation anglaise et fut, en 1690, le boulevard de la conquête protestante contre les efforts impuissants du dernier des rois StuartsV Mais alors rien ne faisait prévoir ces la-
1. Dans son appendice G le docteur Reeves donne l'énuméralion détaillée des trente-sept fondations de Columb-Kill en Irlande. On y remarque, dans le nord de l'île et dans la province dont le saint était originaire, Raphoë, chef-lieu d'un diocèse actuel, et ïory, dans une île de la côte de Donegall ; puis, dans la région centrale, Sord, aujourd'hui Swords, à sept milles de Dublin, qui a conservé, comme Tory, sa tou?- ronde jusqu'à nos jours; enfin, Kells, qui ne devint célèbre qu'en 807 comme refuge des moines trop menacés à lona par les Norse-men. Ce monastère fut achevé en 814, et, à partir de là, devint le chef-lieu des moines columbiens. On y voit encore une des plus belles tours rondes de l'Irlande (soixante-dix pieds de haut), un oratoire qui s'appelle S. Columb-KiWs house, une croix du cimetière avec cette inscription sur la plinthe : Criix Patnciiet Columbe. Deux évangéliaires très célèbres de la Bible de Ïrinity-College à Dublin sont désignés sous le nom de Livre de Kells et de Livre\(ie Durrow.
Dans l'ouvrage si important du docteur Pétrie, intitulé : Inquwy
mentables vici^itiides, ni les triomphes désespérants de la force inhumaine et de l'iniquité persécutrice.
Le jeune Columba se plaisait surtout à Derry, où il séjournait habituellement; il veillait avec soin non seulement à la discipline et aux études de sa communauté, mais encore à la conservation de la forêt voisine. 11 n'y laissait jamais couper un chêne ; seulement ceux qui tombaient de vieillesse ou abattus par le vent, étaient réservés pour le foyer qu'on allumait aux hôtes étrangers, ou bien distribués aux pauvres des environs. Les pauvres avaient un droit primordial, en Irlande comme partout, au bien des moines; et le monastère de Derry en nourrissait cent tous les jours avec une régularité méthodique \
into the origin and uses of t lie Round Towers ofireland, 1845, T^ édit., p. 430, on trouve une gravure qui représente un édifice voisin du cimetière de Kells et qualifié de Maison de saint Columba. C'est un bâtiment carré ayant 23 pieds de long, 21 de large, 38 de hauteur sous voûte; les murs en ont 4 d'épaisseur. Le toit est en pierre avec deux pignons équilatéraux. Il y a de petites fenêtres circulaires à 15 pieds du sol. Il était autrefois divisé en trois pièces et deux étages. Dans l'une on voit une grande pierre plate de 6 pieds de long, que Ton appelle le lit de saint Columba. La toiture de cette construction est entièrement recouverte de lierre, — Dans l'île de Tory, il y a une tour ronde provenant du monastère construit par Columba. Pétrie (p. 389) reconnaît aussi des tours rondes dans les édifices cités à l'occasion des deux miracles rapportés par Adamnan, c. 15, où il est question de cloches et de befiVois. 1. O'DoNNEL, ap. CoLGAN, p. 397, 398.
Dans un âge plus avancé, notra saint épanchait toute sa tendresse pour les créations de son ardeur religieuse par des chants dont un écho nous est resté; le texte, tel qu'il a été conservé, est peutêtre postérieur à l'époque de Columba ; mais il est écrit dans le dialecte irlandais le plus ancien, et il interprète assez naturellement les sentiments du fondateur et de ses disciples :
(( Quand tous les tributs de la Scotie ^ seraient à moi, depuis son miheu jusqu'à ses frontières, j'aimerais mieux le site d'une seule petite cellule dans ma belle Derry.
(( Voici pourquoi Derry m'est chère.
C'est à cause de sa paix et de sa pureté.
Sur chaque feuille des chênes de Derry
Je vois assis un ange blanc du ciel.
Chère Derry, chère petite chênaie.
1. Répétons ici que les noms de Scotia, Scotti, dans les écrivains du septième au douzième siècle, s'appliquent presque exclusivement à l'Irlande et aux Irlandais, et par extension seulement à l'Ecosse moderne, dont les régions du nord et de l'ouest avaient été peuplées par une colonie de Scots irlandais. De là le nom àErse^ Erysche ou Irish qu'a conservé jusqu'à nos jours le dialecte des Irlandais, autrement dit Gaëlic. Dans Adamnan comme dans Bede, Scotia veut donc dire Irlande, et l'Ecosse moderne est comprise dans la désignation générale de Britannia. Plus tard, le nom de Scotia finit par disparaître en Irlande pour ne plus se retrouver que dans le pays conquis et colonisé par les Scots, en Ecosse, comme celui iVAnglia en Bretagne et celui de Francia en Gaule.
Chère demeure et chère petite cellule!
O Eternel Dieu qui demeures au ciel !
Maudit celui qui les profanera.
Bien-aimées sont Durrow et Derry, Bien-aiméc Raphoë la pure, Bien-aimée Drumhome, aux fruits abondants, Bien-aimées sont Sords et Kells !
Tout y est délicieux , mais délicieuse surtout Est la mer salée, où volent et crient les goélands Quand je vogue de loin vers la rive de Derry, Tout y est en paix, tout y est un délice, Oui, un délice \ »
Ce n'était pas seulement ses propres fondations ([u'il célébrait ; on a conservé un autre poème qui lui est attribué et qui est consacré à la gloire de l'île monastique d'Arran, située sur la côte occidentale de l'Irlande, et dont il était allé vénérer les habitants et les sanctuaires".
« 0 Arran, mon soleil; mon cœur est à l'occident avec toi. Dormir sous ton sol immaculé vaut autant que d'être enseveli dans la terre de saint
1. Apud Reeves, p. 288, 289. — On verra plus loin l'origine et la suite de ce poème.
2. O'DoNNELL, lib. I, c, 105, 106. — Cf.CoLGAN, Acl. SS. Hibernix, L I, p. 704 à 714. — On y voit qu'en 1645 cette ile renfermait encore treize églises avec les tombeaux de saint Enda et de cent vingt autres saints.
Pierre et de saint Paul. Vivre à la portée du son de tes cloches , c'est vivre dans le bonheur. 0 Arran , mon soleil , mon amour gît à l'occident et en toi ^ . »
Ces effusions poétiques commencent à nous révéler Golumba sous l'un de ses aspects les plus attrayants, comme Tun des chantres de cette poésie nationale de l'Irlande dont on ne saurait assez signaler l'union intime avec la foi catholique ^ et l'empire invincible sur l'âme de ce peuple généreux. Golumba fut lui-même poète et vécut toujours en grande et affectueuse intimité avec les autres poètes de son pays, avec ces bardes qui dès lors occupaient une si grande place dans les institutions sociales et politiques de l'Irlande et qu'on rencontrait partout , dans les palais et dans les monastères , comme sur les grands chemins.
On verra plus loin ce qu'il fit pour cette puissante corporation, et comment, après avoir été leur confrère et leur ami, il devint leur protectem' et leur sauveur. Constatons dès à présent que, grand voyageur lui-même, il accueillait les bardes voyageurs dans les différents monastères où il résidait, entre autres dans celui qu'il avait fondé sur un îlot ^ du