‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 57 sur 244 · O'DONNELL, lib. II, c · texte numérisé non relu

O'DONNELL, lib. II, c

i26 JEUNESSE

copie faite sans permission devait appartenir au inaitre de l'œuvre originale, vu que le livre transcrit est le fils du livre original [Son-book). Columba refusa de se dessaisir de son œuvre. On en référa au roi, en son palais de Tara.

LeroiDiarmid, ou Dermott, monarque suprême de l'Irlande, descendait, comme Columba, du grand roi Niall, mais par un autre fils que celui dont Columba était l'arrière-petit-fils. Il vivait, comme tous les princes de son pays , dans une union intime avec l'Église, personnifiée en Irlande, plus encore qu'ailleurs, par l'ordre monastique. Exilé et persécuté dans sa jeunesse, il s'était réfugié dans une ile entourée par un de ces lacs que traverse le principal fleuve de l'Irlande, le Shannon, et il s'y était lié avec un saint moine nommé Kiéran, qui n'était autre que ce fils de charpentier, camarade jaloux de (]olumba à l'école monastique de Clonard et depuis son émule généreux en science et en austérité. Sur la rive encore solitaire du fleuve, les deux amis avaient" projeté la fondation d'un monastère que la nature marécageuse du terrain obligerait de bâtir sur pilotis. (( Plantez, » avait dit le moine au prince exilé, «plan- « tez avec moi le premier pieu en mettant votre main « sous la mienne ; et d'ici à peu cette main sera sur <( tous les hommes d'Érin. » En effet, Diarmid fut bientôt appelé au trône. Il usa aussitôt de son pouvoir

])Our doter riclieiiient le sanctuaire que devait lui j'endre doublement chérie souvenir de son exil et de son ami. Sous le nom de Glonmacnoise , ce sanctuaire devint Tun des grands monastères et l'une des écoles les plus fréquentées de l'Irlande et même de l'Occident ; il fut si riche en possessions et surtout en connnunautés , fil les ou vassales de son autorité hiérarchique , qu'un dicton populaire renfermait la moitié de l'Irlande dans l'enceinte de Glonmacnoise. Cette enceinte contenait réellement jusqu'à neuf églises avec deux tours rondes ; les rois et les seigneurs des deux rives du Shannon y eurent, pendant mille ans, leur sépulture sur une hauteur verdoyante qui domine les bords marécageux du fleuve. On en voit encore les ruines tristement pittoresques, <^t parmi elles une croix de pierre où sont grossièrement sculptés le prince et l'abbé tenant à eux deux le pieu allongé par la pointe , dont la légende a consacré le souvenir ^ .

1. Situé à sept milles au-dessous d'Atlilone , sur la rive orientale du Shannon, Glonmacnoise fut plus tard érigé en évêché, qu'il ne faut pas confondre avec celui de Cloyne, quoique la désignation latine, Clo ne Jisis ou Cluancnsis , soit identique. — Cette grande abbaye doit sa principale illustration à son abbé Tighernach (1088), historien très souvent cité et dont les annales ont été publiées au tome II des Rerum Ilibernicarum scriptores , d'OConnor. Elle renfermait dans sa vaste enceinte une communauté de ces moines aïques, connus sous le nom àeCuldees, dont nous aurons à parler plus loin, qui avait été créée par un frère convers du monastère, nommé Conn des pauvres à cause de sa grande charité. Plus tard ,

Ce roi pouvait donc être regardé comme un juge compétent dans un conflit à la fois monastique et littéraire ; il devait être suspect de partialité pour Columba, son parent, et cependant il se prononça contre lui. Son jugement se formula en un dicton rustique qui passa en proverbe chez les Irlandais : A chaque vache son veau* , et par conséquent à chaque livre sa copie. Columba protesta hautement : « C'est là, )) dit-il, «une sentence injuste, et je m'en vengerai.» Sur ces entrefaites , un jeune prince, fils du roi provincial de Connaught , poursuivi comme auteur d ' un meurtre involontaire , étant venu se réfugier auprès de Columl^a, le roi suprême le fit mettre à mort. Alors l'irritation de notre moine-poète ne connut plus de bornes. L'immunité ecclésiastique dont il jouissait , en sa qualité de supérieur et de fondateur de plusieurs monastères, aurait dû , selon lui, créer une sorte de sanctuaire autour de sa personne. Cette immunité était scandaleusement violée par le supplice de son client. Il menaça le roi d'une prompte vengeance. « J'irai, )) lui dit-il , ce dénoncer à mes frè-

au douzième siècle, elle fut attribuée aux chanoines réguliers de Saint-Auguslin, qui la conservèrent jusqu'à la spoliation générale. O'CuuRY, op. cit., p. 60. — Le Genlleman's Magazine, de février 1864, publie un plan de l'état acluel de Cloiimacnoise, avec une notice fort intéressante de M. Parker sur l'architecture de ces ruines.

Page 1