Le gach hoin a boinin, le gach leahhar a leahhran
« res et à mes proches ton jugement inique contre moi « et l'immunité de l'Eglise violée en ma personne ; ils (( écouteront ma plainte , et ils te châtieront les armes (( à la main ' . Mauvais roi , tu ne reverras plus mon « visage dans ta provincejusqu'àcequeDieu, le juste « juge , ait dompté ton orgueil. Comme tu m'as hu- (( milié aujourd'hui devant tes seigneurs et amis , Dieu <( t'humiliera devant tes ennemis au jour de la ba- (c taille.» Diarmid voulut le faire retenir auprès de lui ; mais , trompant la vigilance de ses gardes , il s'évada de nuit de la cour de Tara et se dirrigea vers sa province natale de Tyrconnell. S'étant arrêté d'abord à Monasterboice , il y apprit des religieux que le roi faisait garder les passages ordinaires pour intercepter la route. Alors il prit un sentier tout à fait solitaire pour traverser les montagnes désertes qui le séparaient du nord de l'Irlande ; et pendant ce trajet, son âme s'exhala en un chant religieux. Il s'enfuit en chantant le Poème de la Confiance, qui nous a été conservé et qui compte parmi les monuments les plus authentiques de la vieille langue irlandaise. En voici quelques strophes :
1. Anon. ap, UssERiuM, de Primord. Eccles. Brit., cité par Colgan, p. 462. — O'Do.NNELL, lib. H, c, 7. — C'est ici une version assurément 1res modernisée de la déclaration de guerre faite par Coluinba, au roi ; mais le vrai fond des choses, consigné par l'unanimité des traditions irlandaises, s'y retrouve. Adamnan garde un silence prudent sur tous ces incidents antérieurs à la mission du saint en Ecosse,
« Je suis seul sur la montagne;
0 Dieu ! roi du soleil, protège ma route,
Et alors je n'aurai rien à redouter.
Pas plus que si j'étais gardé par six mille gueiTiers.
Si j'avais affaire à ces six mille.
Et qu'ils voulussent défendre ma peau.
Une fois le temps fixé pour ma mort,
Il n'y aurait point de forteresse qui pût m'en préserver.
Tandis que les réprouvés sont mis à mort jusque dans une église,
Jusque dans une île au milieu d'un lac,
L'élu de Dieu est assuré de sa vie
Jusque sur le front d'une bataille.
Nul ne peut me tuer aujourd'hui ,
Quand même je combattrais contre lui au fort du péril;
Mais nul ne peut me sauver.
Le jour où ma vie sera venue , à son temps prédestiné.
Ma vie !
Qu'elle soit comme il plait à mon Dieu ;
Rien ne peut lui être ôté.
Rien ne peut lui être ajouté!...
Ce que Dieu a destiné à quelqu'un,
Il ne sort pas de ce monde qu'il ne Fait rencontré.
Qu'un prince cherche davantage ,
DE COLUMBA. 13i
Il n'en obtiendra pas la grosse tir cFime mite. Une garde ,
Une garde peut l'accompagner sur son chemin ; Mais quelle protection , quelle, Le gardera contre la mort? ...
Oublie pour un temps la pénurie du cloître. Songeons plutôt à l'hospitalité du monde : Le fds de Marie te fera prospérer.
Chaque hôte aura sa portion... Souvent, Ce qui est dépensé revient à la main qui l'a donné ; Et ce qui n'est pas dépensé N'en a pas moins disparu.
0 Dieu vivant !
Malheur à celui qui fait mal en quelque chose : La chose qu'il ne voit pas lui survient, La chose qu'il voit s'évanouit de sa main. Ce n'est pas du Sreod^ que dépend notre destinée.
Ni de r oiseau au bout de la branche.
Ni du tronc d'un arbre noueux...
Meilleur est celui en qui nous croyons... 11 est le roi qui a fait nos corps,.
Qui ne me laissera pas aller la nuit sans asile. Je n'adore pas la voix des oiseaux.
1. Terme druidique inconnu, qui signifie probablement quelque superstition païenne, dans le genre des présages tirés du vol des oiseaux ou des nœuds d'arbre mentionnés aussitôt après.
Ni un tel, ni le hasard, ni une femme; Mon druide est le Christ, le Fils de Dieu ; Christ, le Fils de Marie, le grand abbé. Le Père , le Fils et le Saint-Esprit.
Mes domaines sont chez le Roi des rois; 3ia communauté est à Kells et à Moen * . »
(( Ainsi chantait, » dit le préambule de ce Poème de la Confiance, ce ainsi chantait Columba quand il cheminait tout seul, et ce chant protégera quiconque le répétera en voyageant.»
Parvenu sain et sauf dans sa province, Columba ne néghgea rien pour exciter contre le roi Diarmid les clans nombreux et puissants de ses proches et amis , qui formaient une branche de la descendance de Niall, distincte et ennemie de celle dont était le monarque régnant. Ses efforts furent couronnés de succès. Les Hy-Nialls du Nord s'armèrent avec empressement contre les Hy-Nialls du Sud, dont Diarmid était le chef spécial". Ils obtinrent naturelle-
1. Moone, dans le comté de Kildare, où l'on conserve la crosse abbatiale de saint Columba.— Sauf pour les quatre premiers vers, cités avec le texte irlandais par O'Curry {Lectures , p. 329) , j'emprunte ici la traduction donnée par M. Henri Martin , dans la Revue nationale, d'après la version anglaise qu'O'Donovan a publiée avec le texte original dans le tome I des Transactions ofthe Irish Archological Society, Dublin^ 1846, p. 1 à 15.
2. CoLGAN,.lc^. .S.S. Hibern., 1. 1, p. 6i5.— Cf. le tableau généalogique delà descendance de Niall, dansReeves,p. 251.— Il yeut dix rois
ment le concours du roi de Gonnaugth, père du jeune prince qui avait été mis à mort par le monarque. Selon d'autres récits, ce fut une lutte entre les Nialls du Nord et les Pietés établis au centre de l'Irlande. Le nord et l'ouest de l'Irlande prirent donc les armes contre le roi suprême. Celui-ci marcha audevant d'eux, et les rencontra en bataille rangée à Cool-Drewny, ou Cul-Dreimhne, sur les frontières de riJltonie et de la Gonnacie. Il fut complètement vaincu et obligé de se réfugier à Tara. La victoire fut due, selon l'annaliste Tighernach, aux prières et aux chants de Columba, qui avait jeûné et prié de toutes ses forces pour obtenir du ciel le châtiment de l'insolence royale', qui de plus assistait à la bataille et prenait ainsi sur lui, aux yeux de tous, la responsabilité du sang versé.
Quant au manuscrit qui avait été l'objet de cet étrange conflit de propriété littéraire dégénéré en guerre civile, il fut depuis lors vénéré comme une sorte de palladium national, militaire et religieux. Sous le nom de Cathac ou Batailleur, le psautier latin, transcrit par Columba, enchâssé dans une
suprêmes d'Irlande de la branche des Hy-Nialls du Nord ou de ïyrconnell, dont était Columba, et dix-sept de la branche des Hy-Nialls du Sud, dont était Diarmid ; ces rois alternèrent entre eux pendant deux siècles en se tuant ou se détrônant mutuellement. Voir les notes de Kelly, ap. Lynch, Cambreyisis eversus, t. 11, p. 12 et 15.