Adamn., I
CHEZ LES SCOTS ET LES PICTES. 17 î
vagcs maritimes clesdeiix pays. L'érudition modern(> a retrouvé et enregistré les noms de quatre-vingt-dix églises qui font remonter leur origine jusqu'à lui, et qui toutes ou presque toutes devaient se rattacher, selon l'usage du temps, à des communautés monastiques ' . La trace de cinquante-trois de ces églises subsiste encore dans l'Ecosse moderne, inégalement partagées entre les régions habitées par les deux races qui se partageaient alors la Galédonie". Les îles de l'ouest et la contrée occupée par les Scots venus d'Irlande en renferment trente-deux; les vingt et une
1. Jocelyn, dans sa Vie de saint Patrice, c. 89, lui en attribue cent; ce chiffre est porté à trois cents par O'Donnell, 1. m, c. 32. Colgan en a nommé soixante-six. dont Columi)a aurait été le fondateur, soit directement, soit indirectement (c'est six de plus que saint Bernard). Cinquante-huit de ces fondations sont situées en Irlande. Mais Colgan regarde comme ayant été fondées par lui presque toutes les églises d'Ecosse antérieures à la date de sa mort, en 597. Bede, m, 4, semble donner Durrow et lona comme les seules fondations directes de Columba, et les autres comme procédant de ces deux .- « Ex utroque monasterio plurima exinde monasteria per discipulos et in Britanniaet inScolia propagata sunt. » Mais il se trompe évidemment, au moins en ce qui touche Derry- — Toutes ces communautés réunies sous la suprématie de l'abbé d'Jona portaient la dénomination de Familia Columba-Cille.
2. Cette énumération du docteur Reeves [Append. Il) pourrait être fort augmentée, à ce qu'il dit lui-même. Les trente-deux églises ou monastères inter Scottos comprennent celles des îles de l'archipel des Hébrides, telles que Skye, Mull, Oronsay et jusqu'à l'îlot si reculé de Saint-Kilda, dont une des trois églises portait son nom. Dans les vingt et un inter Pictos est compris Inclicolm, île près d'Edimbourg. Ces cinquante-trois et les trente-sept déjà relevés par le docteur Reeves, en Irlande, arrivent bien près du chiffre de cent, donné par l'auteur de la Vie de saint Patrice.
autres signalent les principales stations du grand missionnaire dans le pays des Pietés. Les juges les plus éclairés parmi les protestants écossais s'accordent à faire remonter aux enseignements de Golumba, à ses fondations et à ses disciples, toutes les églises primitives et la très ancienne division paroissiale de l'Ecosse ^ .
Mais il est temps de dire quelles étaient ces populations dont Columba venait conquérir la confiance et où se recrutaient les communautés de sa famille monastique.
La région de la Grande-Bretagne qui a reçu le nom de Calédonie ne comprenait pas toute l'Ecosse moderne ; elle n'embrassait que les contrées au nord de l'isthme qui sépare la Glyde de la Forth, ou Glasgow^ d'Edimbourg. Au nord et à l'est, toute cette région était entre les mains de ces terribles Pietés dont les Romains n'avaient pas pu venir à bout, et qui étaient la terreur des Bretons. Mais à l'ouest et au sud-ouest, sur la côte où avait abordé Columba, il trouvait une colonie d'hommes de son pays et de sa race, c'est-à-dire des Scots d'Irlande, destinés à devenir les seuls maîtres de la Calédonie et à lui donner son nom d'Ecosse 'o
1. Voir surtout Cosmo Ijnnes, le modeste' et savant auteur des excellents ouvrages intitulés : Scotland in themidcUe-ages, 1860, et Shetches of Early Scotch History, 1861.
2. Ne nous lassons pas de répéter ce qu'il a fallu prouver par
Depuis plus cFuR demi-siècle (500-503), et à la suite de plusieurs autres invasions ou émigrations analogues, une colonie d'Irlandais, ou, comme on disait alors, de Scots, appartenant à la tribu des Dalriadiens' , avait traversé la mer qui sépare le nordest de l'Irlande du nord-ouest de la Grande-Bretagne, et s'était créé un établissement entre les Pietés du nord et les Bretons du midi, dans les îles
toute la science d'Ussher, de White, de Colgan, de Ward, savoir : que la sainte et savante Scotia des anciens n'était autre chose que l'Irlande. La dénomination de Scotia ne devint l'apanage exclusif des Écossais, c'est-à-dire des colons irlandais en Calédonie, que vers les douzième et treizième siècles, au temps de Giraldus Cambrensis, au moment où la puissance des vrais Scots déclinait en Irlande, sous la conquête anglo-normande. Les Bollandistes ont appliqué le nom très approprié de Scotia Nova ou Hiberno-Scotia aux colonies scotiques venues d'Irlande dans l'Ecosse actuelle. VitaS. Cadroc, ap. Act. SS. Martii, 1. 1, p. 473, et Vila S. Domnani, Act. SS. Aprilis, t. II, p. 487. LesAnglaisraodernesse servent aussi d'une dénomination historiquement exacte, en qualifiant de North Britain le royaume d'Ecosse depuis son union avec l'Angleterre. — M. Varin, dans les mémoires que nous avons déjà cités, a constaté l'obscurité des origines politiques et religieuses de la Calédonie ; il remarque que des trois populations primitivement signalées dans cette partie de la Grande-Bretagne, la seule qui ait conservé son nom est celle qui était arrivée la dernière sur le sol qui de ce nom s'appelle encore l'Ecosse. Il D'est d'ailleurs pas éloigné de croire que l'Irlande a parfois revendiqué pour elle des faits civils et religieux accomplis au sein de sa colonie.
1 . Ces Dalriadiens provenaient eux-mêmes des Pietés, qui, sous le nom de Cruilhne ou Cruithnii, avaient longtemps dominé sur une partie de l'Irlande. Voir Reeves, p. 33, 67 et 94. O'Kelly, notes de la nouvelle édition du Cambrensis Ever sus, de Lynch, t.I, p. 436, 463, 495. Au temps de Columba, ils occupaient encore les comtés actuels d'Autrim et de Down.
et sur la côte occidentale de la Galcdonie, au nord de Tembouchure de la Glyde et dans la contrée qui a pris depuis le nom d'Argyle. Les chefs ou rois de cette colonie dalriadienne, destinés à devenir la souche de ces fameux et infortunés Stuarts qui ont régné sur FÉcosse et l'Angleterre, avaient dès lors consolidé leur pouvoir naissant avec l'aide des princes Nialls, qui dominaient dans le nord de l'Irlande, et dont Golumba était issu. Golumba leur tenait d'ailleurs par un lien très proche ; sa grand"" mère paternelle était fille de Lorn, le premier ou F un des premiers rois de la colonie' ; il était donc parent du roi Gonnal, sixième successeur de Lorn et qui, au moment de son débarquement, était depuis trois ans (560) le chef des émigrés scotiques en Galédonie. lona, où il s'était fixé, se trouvait à la limite septentrionale de la domination alors encore très limitée des Dalriadiens, et pouvait être regardée comme un(^ dépendance de leur nouvel Etat, non moins que de celui des Pietés, qui occupaient tout le reste de la Galédonie. Golumba entra aussitôt en relation avec ce prince : il alla le trouver dans sa résidence de terre ferme, et obtint de lui, au double titre de compatriote et de cousin, la donation de l'îlot inhabité où il venait de s'établir -.