TiGHERNACii, Annales, ad ann. 574. Cf. Adamn., I
Ces Scots, venus crirlandc depuis la conversion de File par saintPatrice, étaient probablementclirétiens, comme tous les Irlandais, au moins de nom ; mais on ne voit chez eux aucune trace certaine d'organisation ecclésiastique ni surtout d'institutions monastiques avant l'arrivée de Golumba à loua. Pas plus que sur les Pietés méridionaux l'apostolat de Ninias et de Palladius ne semble avoir produit sur eux d'impression durable'. 11 fallait un nouvel apostolat de missionnaires celtiques pour renouveler l'œuvre des missionnaires romains, antérieure d'un siècle". Golumba et ses disciples ne négligèrent rien pour fortifier et propager la religion chez leurs compatriotes émigrés comme eux. On le voit, dans les récits d'Adamnan, administrer le baptême et les autres secours de la rehgion aux populations de race scotique dont il traversait les territoires, en y posant les premières assises de ses fondations monastiques.
Divers traits plus ou moins légendaires indiquent assez que ces populations, même chrétienne s, avaient grand besoin d'être instruites, dirigées et retenues
1. C'est ce qui explique la qualificalion d'apostats donnée par saint Patrice aux Scots et aux Pietés de son temps, ce Socii Scotorum atquePictorumapostatarum... pessimorum atque apostatarum Pictorum. » Voir la citation entière au tome 11, liv. ix, chap. 1.
2. Les Scots d'Irlande, récemment convertis, reconquirent au christianisme les Scots de Calédonie. Les Pietés, oublieux de Ninias et de Rome, accueillirent une deuxième fois l'Évangile qu'on leur rapportait d'Hibernie au nom de la Bretagne. VAriN, 2'' Mémoire.
dans la bonne voie ; ils signalent en outre, à l'endroit du nouvel apôtre de leur race, une certaine défiance qui ne dut céder que devant l'ascendant prolongé de son dévouement et de ses incontestables vertus.
Golumba était encore dans la force de l'âge quand il vint se fixer à loua. Il avait au plus quarante-deux ans. Tous les témoignages s'accordent à vanter sa virile beauté, sa taille remarquablemnnt élevée, sa voix douce et sonore, la cordialité de son accueil, la gracieuse dignité de ses manières et de toute sa personne\ Ces agréments extérieurs, unis à la renommée de ses austérités et à la pureté inviolable de ses mœurs, faisaient naître des impressions diverses et singulières chez les païens comme chez les chrétiens encore bien imparfaits de la Calédonie. Le roi de la colonie dalriadienne voulut mettre cette vertu à l'épreuve en lui présentant sa fille, remarquablement belle et revêtue de ses plus riches ornements. Il lui demanda si la vue de cette belle créature ainsi parée n'excitait pas en lui quelque complaisance. (( Sans doute , » répondit le missionnaire, « la com-
1. Erat aspectu angelicus... Omnibus car QS,hilarem seniper faciem ostendens... cujus alta proceritas.,, Adamn., Prœf'., et I, 1. — Vir tantee deditus austeritati... tamen exteriori forma et corporis habitu speciosus, genisriibicundus et vultu hilaris... semper apparebat et omnibus... Colloquioaflfabilem,benignum, jucundum et interioris Isetilise a Spiritu sancto infusœ indicia, hilari vultu prodentem se seniper exhibebat. O'Donnell, Vita quinta, 1. m, c. 43.
(( plaisance de la chair et de la nature ; mais sachez (( bien, seigneur roi, que pour tout l'empire du « monde, quand même il me serait accordé avec (( ses honneurs et ses voluptés jusqu'à la fin des (( temps, je ne voudrais pas céder à ma faiblesse (( naturelle * . »
Vers le même temps, une femme qui habitait non loin d'Ionalui tendit un piège moins grossier et plus redoutable. Éprise pour le célèbre et charmant exilé d'une passion aussi coupable que violente, elle conçut le projet de le séduire et sut l'attirer chez elle. Mais dès qu'il eut reconnu le dessein qu'elle nourrissait, il lui adressa une exhortation sur la mort et le jugement dernier, qu'il termina en la bénissant avec le signe de la croix. La tentatrice fut ainsi délivrée de ses propres tentations; elle continua à l'aimer, mais avec un religieux respect. On ajoute qu'elle devint elle-même un modèle de sainteté -.
Mais c'était vers une autre race, différente de ses compatriotes scotiques et d'un accès bien autrement difficile, queColumbase sentait entraîné, tant par la pénitence qui lui avait été imposée que par les besoins
1. O'DoNNELL, lib. II, c. 39. — Le roi qui figure dans ceUe anecdote ne paraît pas devoir être, comme le veut O'Donnell, Aïdan, lequel ne commença à régner sur la colonie scotique, voisine dlona, qu'en 574, onze ans après l'arrivée de Columba à lona^ mais plutôt son prédécesseur Connell.