Bede, V, 9; III
furent principaloiiiont occupées en missions entre- [)rises pour porter la foi sur les plateaux montueux, dans les glens ou vallées profondes et les îles nombreuses delà Calédonie septentrionale. Là séjournait une race belliqueuse, avide, intrépide, inaccessible à la mollesse comme à la peur, à peine vêtue malgré l'inclémence du climat, opiniâtrement attachée à ses coutumes, à ses croyances et à ses chefs. Il lui fallait donc prêcher, convertir et au besoin braver ces peuplades redoutables en qui Tacite reconnaissait les plus reculés des mortels et les derniers champions de la liberté : terrarum ac libertatis extremos; ces harbaresqui, après avoir glorieusement résisté à Agricola, avaient chassé les Romains épouvantés de la Bretagne, dévasté et désolé toute l'île jusqu'àl a venue des Saxons, et dont les descendants, après avoir remph l'histoire d'Ecosse de leurs exploits sanglants, ont donné, sous le nom de Hujhlanders , aux Stuarts déchus leurs plus indomptables défenseurs, et à l'Angleterre moderne ses plus glorieux soldats.
Maintes fois il dut franchir cette chaîne centrale qui forme le point de partage des eaux dont les unes coulent au nord et à l'ouest dans l'océan Atlantique et les autres au midi dans la mer du Nord, chaîne que le biographe de Columba appelle Tépine dorsale de la Bretagne (dorsum Britannim). Elle sépare les ■comtés actuels d'Inverness et d'Argyle du comté de
Perth, et comprend les districts si connus des voyageurs contemporains souslesnoms deBreadalbane, d'Athole et des monts Grampians. C'était alors la limite des Scots et des Pietés^ , et c'était là que les ancêtres des Pietés, les héroïques soldats de Galgacus, avaient tenu tête au beau-père de Tacite, qui même victorieux n'avait pas osé franchir cette barrière". Maintes fois aussi Golumba suivit la grande vallée aquatique qui au nord de ces montagnes traverse diagonalement toute F Ecosse du sud-ouest, où se trouve Iona,aunord-est,au delà d'Inverness. Elle est formée par une série de golfes allongés et de lacs intérieurs dont la jonction, opérée par l'industrie moderne, permet aux navires de passer d'une mer à l'autre sans faire le détour des îles Orcades. Il y a quinze siècles, la religion pouvait seule entreprendre la conquête de ces âpres et pittoresques régions qu'une population peu nombreuse, mais soupçonneuse et féroce, disputait aux forêts de pins et aux immenses tapis de bruyères et de fougères qu'on y retouve encore.
1. Telle est du moins l'assertion d'Adamnan, II, 46. Mais son contemporain Bede et tous les auteurs modernes placent autrement cette limite. Selon eux, les Scots s'étendaient dans tout l'ouest de la presqu'île calédonienne, et les Pietés méridionaux occupaient au sud des Grampians les provinces actuelles de Perth, Forfar et Fife. Voir la carte de l'Ecosse au onzième siècle, dans Cosmo Innés, Shetclies ofearlij Scotch history. — Bede, III, 4.