‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 92 sur 244 · Adamn., II · texte numérisé non relu

Adamn., II

s'embarquer, trouva, comme l'en avait menacé Broïchan, un très fort vent contraire et l'air obscurci par un épais brouillard. Les druides triomphaient déjà. Mais Golumba, montant dans sa barque, ordonna aux rameurs effrayés de tendre la voile contre le vent, et tout le peuple le vit naviguer rapidement et comme poussé par des brises favorables vers l'extrémité méridionale du lac par où il retournait à lona. Il ne partait d'ailleurs que pour revenir bientôt , et il revint assez souvent pour achever la conversion de toute la nation picte en détruisant à jamais l'autorité des druides dans ce dernier refuge du paganisme celtique'. Cette race sanguinaire et indomptable fut enfin conquise par le missionnaire irlandais. Avant d'achever sa glorieuse carrière, il avait parsemé leurs forêts, leurs défilés, leurs montagnes inaccessibles, leurs bruyères sauvages, leurs îles à peine habitées, d'églises et de sanctuaires monastiques.

Golumba eut pour collaborateurs dans ses nombreuses missions chez les Pietés des rehgieux irlandais, venus avec lui à loua ou qui l'y avaient rejoint plus tard. La renommée de ces bienfaiteurs, de ces civilisateurs obscurs d'une région si reculée, a disparu bien plus complètement encore que celle de

1. Adamn. , U, 34. — Le lieu où il débarqua est aujourd'hui occupé par le fort Augustus, où commence le canal Calédonien.

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Golumba; c'est à peine si l'on peut démêler leur souvenir dans les traditions de quelques églises dont on retrouve l'emplacement sur les vieilles cartes d'Ecosse. Tel fut Malruve (642-722 ' ) , proche parent de Columba et descendant comme lui de la race royale des Nialls, mais formé dans le grand monastère de Bangor, qu'il avait quitté pour suivre son illustre cousin en Albanie, en passant par loua. Il lui survécut longtemps, car il fut, pendant cinquante et un ans, abbé d'une communauté située à Apercrossan^ , sur la plage nord-est de la Galédonie, en face de la grande île de Skye, avant d'expirer, selon la tradition locale, sous le fer des pirates norvégiens.

Sur la rive opposée , dans ce massif saillant qui forme l'extrémité orientale de l'Ecosse et qui s'est appelé depuis le comté de Buchan, diverses églises font remonter leur origine à Columba et à l'un de ses disciples irlandais nommé Drostan. Le mor-maer ou chef du pays leur avait d'abord refusé la permission de s'y établir; mais, son fils étant tombé mortellement malade , il courut après les missionnaires en leur offrant le territoire nécessaire à leur fondation et en leur demandant de prier pour le mori-

1. W. REiivEs, Saint Maelrubha : hls history and cimrches. Edinburgh, 1861. — Cf. Act. SS. Bolland., t. VI August., p. 132.

2 Aujourd'hui Applecross. — Vingt et une paroisses du nord de l'Ecosse ont été primitivement dédiées à ce saint.

bond. Ils prièrent, et Fenfaiit guérit. Après avoir béni le nouveau sanctuaire, et prédit qu'aucun de €eux qui le profaneraient ne vaincrait ses ennemis ou ne vivrait longtemps , Columloa y installa son compagnon et se mit en devoir d'aller plus loin. En se voyant ainsi condamné à vivre loin de son maître, Drostan ne put retenir ses larmes; car tous ces vieux saints dans leur rude et laborieuse carrière s'aimaient avec une tendresse passionnée, qui n'est certes pas le trait le moins attachant de leur caractère, et qui fait reluire sur leurs fronts, au milieu des obscurités de la légende, une flamme inextinguible. Alors Columba dit : « Nous appellerons ce lieu le Monastère des Larmes; » et ce nom est toujours resté depuis lors à la grande abbaye^ qui a

1 Said Columb-cille : « let Déar (Tearj be itsname henceforward. » — Ce récit se trouve en langue celtique dans le plus ancien manuscrit connu qui soit relatif à l'Ecosse; c'est un Évangéliaire enluminé du neuvième siècle, avec des annotations marginales en irlandais qui constatent les donations faites à Columba et à Drostan. Récemment découvert à Cambridge, il va être publié sous le nom de Book of JDe^?•parM. Stuaut, qui en a déjà donné des extraits dans ses SculpfuredStones ofScotland,\).l^. Cf. Cosmo I^s^es, Scotland m the middle âges, p. 325. — Le monastère de Deir fut reconstruit pour les Cisterciens par le comte de Buchan, en 1213. La prédiction de Columba se vérifia au détriment de la famille du comte Maréchal, qui fut le premier dévastateur du monastère, après la Réforme. Ce comte, chef de la grande maison de Keith, l'avait reçu en don du roi Jacques VI. En vain sa femme, fille de lord Home, lavait-elle supplié (le ne pas accepter cette donation sacrilège. 11 ne l'écouta pas. La nuit suivante elle vit en songe une quantité de moines, vêtus comme ceux de Deir, entourer le château principal du comte, le Craig de

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duré mille ans sur cet emplacement : Qui seminant

in lacnjmis, in exultatione metent.

Dunnotijr, situé sur un rocher immense au bord de la mer. Ils se mettent à démolir le rocher, sans autres outils que des canifs ; h ceite vue, la comtesse va chercher son mari pour qu'il les détourne de cette entreprise : mais quand elle revint, les rocher et le château avaient déjà été minés et renversés par les canifs des moines, et l'on ne voyait plus rien que les débris du mobilier flottant sur la mer ! — On interpréta aussitôt cette vision comme l'annonce d'une catastrophe future, et l'emploi des canifs par la longueur du temps qui s'écoulerait avant sa vérification. Dès ce moment cette puissante maison alla s'appauvrissant et succomba en 1715 dans la rébellion stuartiste.

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