CHAPITRE lY
Columba sacre le roi des Scots; se rend à TAssemsemblée nationale d'Irlande; y défend l'indépendance de la colonie hiberno-scotique et sauve la corporation des bardes.
Sollicitude passionnée de Columba pour ses pioches et ses compatriotes. — 11 protège le roi Aïdan dans sa lutte contre les Anglo- Saxons de Northumbrie. — Ce même roi se fait couronner par Columba à lona : premier exemple du sacre chrétien des rois.
— La pierre des destins : la descendance d'Aïdan, — Synode ou parlement de Drumceitt en Irlande. — Aëdh, monarque d'Irlande, et Aïdan, roi des co'on^^ irlandais établis en Ecosse. — L'indépendance de la nouvelle royauté écossaise est reconnue par l'ascendant de Columba. — 11 intervient en faveur des bardes, dont la proscription est proposée par le monarque.
— Puissance et excès de cette corporation. — Columba obtient que le ban grain ne soit pas brûlé à cause des mauvaises herl)es. — Chant de reconnaissance des bardes en il'honneur de leur sauveur. — Columba, réprimandé par son disciple, ne veut pas que ce chant soit redit pendant sa vie. — Dévotion superstitieuse qui s'y attache après sa mort. — Alliance intime de la musique et de la poésie avec la religion en Irlande. — Les bardes transformés en ménestrels sont les premiers champions de l'indépendance nationale et de la foi catholique contre la conquête anglaise. — Proscrits avec acharnement, ils persévèrent jusqu'à nos jours. — Les Mélodies Irlandaises de Moore. — La muse celtique au service des vaincus dans les Highlands d'Ecosse comme en Irlande.
On se tromperait en croyant que les missions de Columba chez les Pirtcs purent absorber sa vie ou
son âme. Ce fidèle amour de sa race et de son pays, qui Pavait ému de compassion pour la jeune Irlan- <laise, captive des Pietés, ne lui permettait pas de rester indifférent aux guerres et aux révolutions qui constituaient le fond de la vie nationale des Scots d'Irlande comme de la colonie irlandaise en Ecosse. Il n'y a pas dans son caractère de trait plus marqué que sa sollicitude constante, sa sympathie passionnée, après son installation à lona tout comme auparavant, pour les conflits sanglants que livraient en Irlande ses compatriotes et ses proches. Rien ne lui tenait plus à cœur que cette parenté. On le voit sans cesse préoccupé de tel ou tel homme par cette seule raison. « Cet homme-là, » disait-il ce est de c( ma race, il me faut l'aider; il me faut prier pour « lui, parce qu'il est de la même souche que moi... « Cet autre est de la parenté de ma mère... Voilà, » disait-il encore, ce voilà mes amis et mes proches, (( ceux qui descendent des Nialls comme moi, les (( voilà qui se battent M » Et c'était du fond de son île déserte qu'il assistait par le cœur et la pensée à ces batailles, comme naguère il y avait pris part de sa personne. Il respirait de loin l'air des combats, les devinait par ce que ses compagnons regardaient comme un instinct prophétique, les racontait à ses rehgieux, aux Irlandais, ses compatriotes, aux