‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 95 sur 244 · I. Adamn., I · texte numérisé non relu

I. Adamn., I

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moines, étaient les Anglo-Saxons de laNortlmmbrie, alors encore païens, et dont les descendants allaient devoir le bienfait inestimable du christianisme à des missionnaires sortis d'iona et de la postérité spirituelle de Golumba. Mais alors ils ne songeaient qu'à prendre une revanche terrible des maux que la Bretagne, avant d'être conquise par eux, avait endurés lors des incursions scoto-pictiques, et ils étendaient chaque jour davantage leur domination du côté de la Galédonie.

Quant au roi Aïdan\il avait remplacé, comme chef de la colonie dalriadienne dans l'Argyle, son cousin germain, le roi Gonnall, qui avait garanti à Golumba la possession d'iona. Son avènement eut lieu en 574 , onze ans après le débarquement de Golumba ; et rien ne prouve mieux l'ascendant conquis par le missionnaire irlandais pendant ce court intervalle que la résolution suggérée à Aïdan de faire consacrer sa royauté par Fabbé d'iona. Gelui-ci, quoique fort ami d' Aïdan, ne voulait pas de lui pour roi et lui préférait son frère. Mais un ange lui apparut trois fois de suite pour lui ordonner de sacrer Aïdan, conformément au rite prescrit dans un livre recouvert de cristal qui lui fut laissé à cet effet". Golumba qui était alors dans une île voisine,

1. iEdan, rex Scoltorum qui Britanniam inhabilant. Bede, 1, 34.

2. Adamn., 111, 5. — C'est le fameux Vitreus Codex^ qui selon un

ET LA CORPORATION DES RARDES. d97

revint à lona, où il fut rejoint par le nouveau roi. Docile à la vision céleste qu'il avait eue, Fabbé imposa les mains sur la tète crAïclan, le bénit et l'ordonna roi '. 11 inaugurait ainsi non seulement une nouvelle royauté, mais un rite nouveau qui devint plus tard la plus auguste solennité de la vie des peuples chrétiens et dont le couronnement d'Aïdan est le premier exemple authentiquement connu en Occident. 11 prenait ainsi vis-à-vis de la royauté scotique ou dalriadienne la même autorité que celle dont se trouvaient déjà investis les abbés primats d'Armagh, successeurs de saint Patrice, à l'égard des monarques d'Irlande. On s'étonne de voir cette autorité suprême et ces fonctions augustes conférées à de simples abbés, au détriment des évêques. Mais à cette période de l'histoire ecclésiastique des peuples celtiques, l'épiscopat est tout à fait dans Tombre ; les abbés et les moines paraissent seuls grands et seuls influents, et nous verrons les successeurs de (^olumba garder longtemps cette suprématie singulière sur les évêques.

Selon la tradition nationale des Écossais, ce nouveau roi Aïdan fut sacré par Golumba sur une grande

récit donné par Reeves, fut seulement montré à Columba par l'ange et ne demeura point entre ses mains.

1. Martène [De antiqnis rilibus Ecclesiœ, t. III, 1. ir, c. 10, au traité De solemni recjum benedictioné],à\\,(\\xQ le sacre d'Aïdan est le premier exemple connu de cette solennité.

pierre, dite la Pierre du Destin. Cette pierre fut ensuite transférée dans le château de Dunstaffnage, dont on voit encore les ruines sur la plage du pays d'Argyle, non loin d'Iona ; puis à l'abbaye de Scone, près d'Edimbourg ; puis enfin par le cruel conquérant de l'Ecosse, Edouard P^ à Westminster, oii elle sert encore de piédestal au trône des rois d'Angleterre, le jour de leur sacre. L'inauguration solennelle de la royauté d'Aïdan signale le commencement historique de la royauté écossaise, jusque-là plus ou moins fabuleuse. Aïdanfutle premier prince des Scots qui passa du rang de chef territorial à celui de roi tout à fait indépendant, de chef d'une dynastie dont la progéniture devait régner un jour sur les trois royaumes britanniques ^ .

1. Cet Aïdan avait épousé une Bretonne, de ces Bretons qui occu paient les bords de la Clyde, tout à fait voisins des Scots. Allié avec <îux, il fit aux An<^lo-Saxons une guerre vigoureuse quoique malheureuse, comme on verra plus loin. 11 survécut à Columba et mourut en 606, après trente-deux ans de règne. Ses descendants directs légnèrent jusqu'en 689. Ils furent remplacés alors par la maison de Lorn, autre branche de la première colonie dalriadienne dont le prince le plus illustre. Kenneth Mac Alpine, réduisit en 842 les Pietés aie reconnaître pour roi. Le fameux Macbeth et son vainqueur Malcolm Canmore, mari de sainte Marguerite, étaient tous deux issus, du sang d'Aïdan ou de la lignée de Fergus. La ligne masculine de ces rois d'Ecosse, de race celtique, ne finit qu'avec Alexandre IIJ en 1283. Les dynasties de Bruce et des Stuartsen descendaient parles femmes. Selon les traditions locales et domestiques, les grands clans modernesdes Mac-Quarie, desMac-Kinnon,des Mac-Kenzie,desMac- Kintosh, des Mac-Gnsor, des Mac-Lean, des Mac-Nab et des Mac-

Mais pour garantir cette indépendance de la nouvelle royauté écossaise, ou plutôt de la jeune nation dont l'orageuse et poétique histoire allait comme ('cloredu souffle et de la bénédiction de Columba, il fallait rafFrancliir du lien de sujétion ou de vasselage qui subordonnait la colonie dalriadienne aux monarques irlandais. Elle était restée tributaire des monarques de l'île qu'elle avait quittée, depuis bientôt un siècle, en venant créer son établissement en Galédonie. Pour obtenir pacifiquement Tabolition <lece tribut, Columba devait paraître un médiateur naturellement désigné, puisque tout en étant encore plus b^landais par le cœur que par la naissance, il était lui aussi émigré en Galédonie comme les Dalriadiens, ses proches, et comme le nouveau roi scolique, issu du sang des monarques d'b^ande.

Il accepta cette mission et retourna dans cette h^hinde qu'il avait cru ne jamais revoir. Il accompagna le roi qu'il venait de sacrer, pour se concerter avec le monarque et les autres princes et chefs irlandais assemblés à Drumkeath. Son impartialité était au-dessus de tout soupçon ; car le jour même du sacre d'Aïdan, il lui avait annoncé, au nom de Dieu, que la prospérité de la nouvelle royauté scotique dépendrait de la paix avec l'Irlande, son ber-

jVaughlen se rattachent à nos Dalriadiens primitifs, contemporains et parents de saint Columba.

ceau. Au milieu de la cérémonie il avait dit tout haut au roi qu'il couronnait : « Recommandez bien (( à vos fils et qu'eux aussi le recommandent à leurs c( petits-neveux, de ne pas s'exposer à perdre leur (( royauté par leur propre faute. Car, dès qu'ils (( tenteront quelque entreprise frauduleuse contre (( ma postérité spirituelle ici ou contre mes compa- (( triotes et mes proches en Irlande, la main de Dieu (( s'appesantira sur eux, le cœur des hommes leur (( sera enlevé, la victoire de leurs ennemis sera (( assurée ^ . »

Le monarque d'Irlande, Diarmid, issu comme Columba de la race de Niall, mais des Nialls du Nord, que notre saint avait si violemment combattus, était mort presque aussitôt après l'exil volontaire de Golumba. Il avait péri, comme on l'a vu, de la main d'un prince nommé Aedh le Noir, chef des Dalriadiens d'Antrim, restés en Irlande lors de l'émigration d'une partie de leur tribu en Ecosse. Après quelque temps (567) , le trône suprême de l'Irlande était échu à un autre Aedh , de la race des Nialls du Sud, par conséquent de la même branche que

1. Adamn,, ni, 5. — Colgan, en relevant ce passage dans sa préface, ne peiitsedéfendred'unretourdouloureuxsurles atrocités commises en Irlande par les Scots et les Bretons de son temps, sous le règne des derniers descendants de la dynastie dalriadienne, Jacques P' et Charles V\ Trias Thaum., p. 320.

Golumba * ; il était de plus l'ami et le bienfaiteur de son cousin l'émigTé, à qui il avait donné, avant son exil, le site de la plus importante de ses fondations irlandaises, celle de Derry-. Le premier synode ou parlement de son règne avait été convoqué par lui dans un endroit appelé Drumceitt, le Dos de la Baleine ^, situé dans son patrimoine spécial, non loin de la mer et du golfe de Lough-Foyle, où Golumba s'était embarqué et au fond duquel s'élevait son cher monastère de Derry. Ce fut là qu'il revint avec son royal client, le nouveau roi des Scots calédoniens ; il était devenu son confesseur, ou, comme disaient les Irlandais, l'ami de son âme\ Les deux rois Aedhet

1. Le poète historien Thomas Moore, par une singulière C(»nfusion, regarde comme le même personnage Aedh le Noir, le meurtrier du roiDiarmid, et Aedh, filsd'Aimnire, le roi du parlement de Drum-Ceat. History of Ireland, p. 254 et 2G3, édit. de Paris. — Je fais grâce au lecteur de tous les autres Aedh ou Aïdusqui se trouvent entremêlés à l'histoire ou à l'époque de Golumba, dans les inextricables généalogies irlandaises. — Mon savant ami M. Foisset, en zélé Bourguignon qu'il est, m'a signalé la ressemblance de ce nom d'Aedh, si fréquent parmi les rois et princes irlandais, avec celui des ^Edui, des premiers habitants delà Bourgogne. Il pense avec raison que les Celtes de la Gaule conquise par César avaient commencé, eux aussi, par vivre à l'éclat de clan, comme leurs frères d'Irlande et d'Ecosse, et il se persuade que les .Edues de Bibracte n'étaient originairementque le clan des fils d'Aedh.

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