‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 109 sur 219 · Hist. Lausiaca, c. G · texte numérisé non relu

Hist. Lausiaca, c. G

2. Balmès, Du Prolestcuilisme comparé au Catholicisme, t. II. cb. 39.

écrire. Se mettre en état de lire l'Écriture était le premier devoir imposé aux novices \

Parmi eux on comptait beaucoup de savants, de philosophes, nourris dans la science antique des écoles d'Alexandrie, et qui avaient dû porter au désert un trésor de connaissances diverses. La solitude leur apprenait à les purifier au creuset de la foi. Elle doublait la force de leur esprit. Nulle part la science nouvelle, la théologie, n'avait des adeptes plus profonds, plus convaincus, plus éloquents. Aussi ne redoutaient-ils aucune polémique avec leurs anciens compagnons d'étude ou de plaisir; et quand ils avaient réfuté et confondu les sophistes hérétiques, ils ouvraient avec bonheur leurs bras et leurs cœurs aux évêques et aux confesseurs orthodoxes qui venaient chercher auprès d'eux un abri.

Il ne faut donc pas s'étonner si le héros de ces grandes luttes de la foi contre la tjTannie et F hérésie, si le grand Athanase , errant d'épreuve en épreuve et d'exil en exil (356-372), aimait surtout à chercher un asile dans les cellules des cénobites de la Thébaïde, à y partager leurs études et leurs austérités, à recueillir les récits de leurs combats contre la chair et le démon, à retremper son courage et son

1. Omnino nullus erit in monasterio qui non discal lilteras et de Scripturis aliquid teneat.

MOINES d'occ, I. 5

ame dans les ondes rafraîchissantes de la prière et de la pénitence monastique. Il avait toujours compté sur la sympathie des moines, et toujours secondé de tous ses moyens les progrès de leur Ordre. Il pouvait donc se regarder comme chez lui dans « ces maisons vouées à la prière et au silence, échelonnées d'étape en étape le long du Nil, et dont les dernières se perdaient dans la solitude comme la source même du fleuve^. » Ses persécuteurs les fouillèrent en vain. Au premier signal de leur approche, il passait inaperçu d'un monastère à l'autre ; et là il reprenait le train de vie d'un moine ordinaire, aussi assidu que pas un aux offices et au travail régulier. Il finit toutefois par se réfugier dans une caverne inconnue dont un seul fidèle savait le chemin. Sa retraite au désert dura six ans. Son génie ne fit qu'y grandir, son éloquence y prit mi caractère plus mâle et plus incisif. C'est de là qu^il écrit aux évoques d'Egypte pour les éclairer, à son église d'Alexandrie pour la consoler, aux

1. Albert DE Broglie, l'Église et l'Empire romainau quatrième siècle, t. m, p. 331. — S'il avait pu entrer dans notre plan de nous étendre sur cet épisode dAthanase au désert, nous y aurions renoncé en songeant que tous ceux qui nous liront auront bien sûrement lu l'excellent récit du prince de Broglie, qui a traité en maître tout ce qui touche la carrière de ce grand homme. En le lisant, ils lui auront rendu toute la justice qu'a dû provoquer dans les âmesdroites l'animosité de la critique dont son œuvre admirable a été l'objet.

pei^éciiteiirs et aux hérétiques pour les confoudrc. C'est à ces hôtes de la Thébaïde, comme aux témoins et aux soldats de l'orthodoxie, qu'il adresse cette fameuse ÈpUre aux Solitaires qui contient le récit si dramatique et si complet de la persécution arienne sous Constance. Il l'intitule : « A tous ceux (( qui mènent, n'importe où, la vie monastique, et « qui, raffermis dans la foi, ont dit : « Voici que (( 7Î0US avons tout abandonné pour te suivre, » Il y dresse l'exposé apologétique de sa vie et de sa doctrine, il y raconte ses souffrances et celles des fidèles, il y proclame et justifie la divinité du Verbe, il y flétrit les évèques courtisans de César, instruments dociles de ces vils eunuques qui disposaient alors en maîtres de l'Église et de l'Empire ; il y accuse l'empereur Constance d'avoir ôté la liberté à toutes les églises, d'avoir tout rempli d'hypocrisie et d'impiété ; il y revendique pour la vérité le noble privilège de savoir vaincre par la liberté, et renvoie Terreur et le mensonge à se pourvoir des armes de la contrainte et de la persécution. Citons ses nobles paroles, éternellement vraies et éternellement opportmies : « S'il est honteux pour quelques évèques <( d'avoir changé par la crainte, il est bien plus <c honteux de lem^ avoir fait violence, et rien ne <( marque plus la faiblesse d'mie mauvaise cause. (( Le démon, n'avant rien de vrai, vient avec la

(( hache et la cognée rompre les portes de ceux (( qui le reçoivent ; mais le Sauveur est si doux (c qu'il se contente d'enseigner. . . et quand il vient (( à chacun de nous, il ne fait point de violence, (( mais il frappe à la porte et dit : ouvre-moi, ma (( sœur, mon épouse. Si on lui ouvre, il entre; si « on ne le peut pas, il se retire, car la vérité ne se (( prêche pas avec les épées et les dards, ni par les (( soldats, mais par le conseil et la persuasion... (( C'est le propre de la vraie religion de ne point « contraindre, mais de persuader \ »

Enflammés par de tels enseignements et par un tel exemple, les moines, quand les satellites des persécuteurs et des intrus poursuivaient jusque dans le désert les confesseurs orthodoxes, dédaignaient de leur répondre, présentaient leur gorge aux épées, subissaient avec joie les tortures et la mort, estimant qu'il y avait plus de mérite à souffrir pour la défense des pasteurs légitimes qu'à jeûner ou à pratiquer toute autre austérité". Eux-mêmes sortaient, quand il le fallait, de leur Thébaïde, pour aller à Alexandrie arracher aux derniers persécuteurs leurs dernières victimes et confondre, par leur courage, par leur parole brusque et pénétrante, par

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