Jacob. Diac, Vit. S. Pelarj., c
religieuses d'une extrême austérité et prirent toutes deux un grand goût pour ces vierges, à qui la jeune veuve demandait sans cesse des prières pour l'âme de son mari et l'avenir de sa fille. Un jour l'abbesse dit à la petite Euphrasie : « Aimez-vous notre maice son et toutes nos sœurs? — Oui, » répondit l'enfant, « je vous aime. — Mais lequel aimez- (( vous le mieux, de votre fiancé ou de nous? — (( Je ne le connais pas plus qu'il ne me connaît : « vous, je vous connais et je vous aime. Mais (( vous, lequel aimez- vous le mieux, du vôtre ou (( de moi ? » L'abbesse et les autres sœurs qui étaient là répondirent : « Nous t'aimons toi et notre Christ. — Eh bien! » dit l'enfant, ce moi aussi je vous (( aime vous et votre Christ. » Cependant la mère, qui assistait à cet entretien, se mit à gémir et à pleurer, et voulut emmener sa fille. L'abbesse dit à celle-ci : « Il vous faut partir, car on ne peut « rester ici qu'en se vouant au Christ. » L'enfant répondit : « Où est-il, ce Christ? » L'abbesse lui montra une image du Seigneur : elle se jeta dessus, la baisa et dit aussitôt : « Eh bien! je me voue (( vraiment à mon Christ, je ne m'en irai plus avec (( madame ma mère, je reste avec vous. » La mère essaya en vain, avec force caresses, de la faire sortir avec elle : l'abbesse joignit ses instances à celles de sa mère. « Si vous restez, » lui disait-elle,
(( il TOUS faudra apprendre les saintes lettres et et tout le psautier, et jeûner tous les jours jusce qu'au soir comme font les autres sœurs. — J'ap- (( prends déjà à faire tout cela, » répliqua la jeune fille, (( laissez-moi seulement rester ici. » Alors l'abbesse dit à la mère : ce Madame, il faut nous la (( laisser ; la grâce de Dieu reluit en elle : la vertu (( de son père et vos prières à tous deux lui vau- « dront la vie éternelle. » La mère, conduisant sa fd le devant l'image du Christ, s'écria en pleurant : (( Seieneiu* Jésus-Christ, avez soin de cette chère (( petite fille qui vous a désiré et qui s'est donnée à (( vous. » On la revêtit de la robe monacale; sa mère lui dit : « Aimes-tu cette robe? — Oui cer- (( tes, ma mère, car j'ai appris que c'était la robe (( de fiançailles que le Seigneur donne à celles (( qui l'aiment. — Que ton fiancé te rende donc « digne de lui! »
Ce fut la dernière parole de lanière désolée, qui embrassa sa fille et sortit en se frappant la poitrine^ . Elle mourut peu après, laissant la jeune Euphrasie seule héritière d'un double et immense patrimoine. A la sollicitation du seigneur qui devait l'épouser, l'empereur lui fit écrire de revenir à Gonstantinople. Elle lui répondit qu'elle avait déjà un époux et le supplia, au nom de Fintime amitié qui l'avait uni à