‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 118 sur 219 · ROSWEYDE, p · texte numérisé non relu

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leur esprit national à l'abri de Pinfliience grecque. Éphrem fut à la fois leur apôtre, leur docteur, leur orateur et leur poète. Il traduisit les dogmes proclamés à Nicée et les traits de l'Histoire sainte et évangéliqueen chants populaires que l'on entendait répéter plusieurs siècles après dans les campagnes de la Syrie. Devenu moine en même temps que chrétien, il continua jusqu'à son dernier jour (jBTS) à instruire les religieux ses frères et le' peuple d'Edesse. Son éloquence était pleine de verve, d'élan et d'onction, ce L'Esprit-Saint, dit saint Grégoire de Nysse, lui avait donné une source si merveilleuse de science, qu'encore que les paroles coulassent de sa bouche comme un torrent, elles étaient trop lentes pour exprimer sa pensée... Il dut prier Dieu de modérer le flux inépuisable de ses idées, en lui disant, ce Retenez, Seigneur, les (( flots de votre grâce. » Car cette mer de science, qui voulait sans cesse se décharger par sa langue, Taccablait de ses flots'. » Ce grand homme de parole était aussi un homme d'action : quand Sapor, roi de Perse, alors le plus redoutable ennemi des Romains, vint assiéger pour la troisième fois Nisibe (349) , boulevard de la foi et de Tem-

1. s. Greg. Nyss., Encomium Ephrxm. Syr.,^. 11, cité par M. de Broglie, auquel nous avons emprunté plusieurs des traits qui vont suivre.

pire, Ephrem courut se ranger à côté du saint évêque Jacques, qui l'avait baptisé ; tous deux les premiers sur la brèche, présidèrent aux traAaux de la défense, qui se termina par la déroute des Perses. Quelques années plus tard, quand Julien, en se dirigeant contre la Perse, au plus fort de la persécution qu'il avait renouvelée, sembla menacer Édesse, qui se vantait d'être la ville la plus anciennement convertie d'Orient, Ephrem soutint le com^age des habitants par ses discours, et c'est à ce moment critique qu'on rapporte une oraison fameuse intitulée la Perle, destinée à vanter, sous ce symbole, l'incarnation de Jésus-Christ, la perle de grand prix de l'Evangile, et où se mêlent (( les ardeurs mystiques d'un solitaire et le zèle d'un soldat chrétien qui veut courir au martjTC. » Fidèle observateur de la pauvreté monastique, dans le testament qu'il dicta à ses chsciples, et où il se représente comme le laboureur qui a fini sa journée, comme le marchand voyageur qui rentre dans sa patrie, il constate qu'il n'a rien à léguer que des conseils et des prières : car Ephrem, dit-il, « n'a pas même de bâton ni de besace. » Sa dernière parole fut une protestation en faveur de la dignité de l'honmie racheté par le Fils de Dieu. La jemie et pieuse fille du gouverneur d'Edesse étant venue tout en larmes recueillir son dernier soupir, de son

iOO LES PRÉCURSEURS MONASTIQUES

lit de mort il lui fit jurer de ne plus se faire porter en litière par des esclaves, parce que l'apôtre a dit : (( La tête de F homme ne doit porter que le (( joug du Christ ^ . »

Dans ses discours, ce saint docteur dénonce sévèrement les vices et les passions du monde, qui se cachaient sous la robe du moine : il flétrit le contraste, dès lors trop fréquent, entre l'extérieur et l'intérieur du religieux, entre l'apparence et la réalité. Il se plaignait déjà du relâchement de l'antique sévérité-. Et cependant il avait vécu plusieurs années parmi ces solitaires de la Mésopotamie qui s'étaient réduits en quelque sorte à l'état de sauvages, et que l'on surnommait les ^rowfei^rs (Po^tz-ol), parce qu'ils n'avaient d'autre nourriture que les herbes de la montagne qu'ils allaient couper chaque matin avec une serpette et qu'ils mangeaient toutes crues ^ . De son vivant encore "* un monastère syrien ouvrait ses portes à saint Siméon^Stylite, qui, du sommet de sa colonne, où il resta quarante-huit ans (390-439), devait doimer au monde le spectacle de la pénitence la plus étrange et la plus

1. Il faut lire dans le Tableau de l'éloquence chrétienne au quatrième siècle, par M. Villemain, l'excellente étude qu'il ^a consacrée à saint Éphrem. — Cf. Albert de Broglie, m, 191; iv,'356.

2. Ephrem. Syr., t. III, p. 539; ap. Moehler, op. cit., p. 378.

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