Vit. Pair. ,\\h. v, c
à prendre pour cible de leurs flèches. Le dernier et le plus illustre de ces martyrs fut Anastase, qui était soldat de Gliosroës quand la vraie croix fut prise par ce prince ; la vue de ce bois sacré le rendit chrétien : il alla se faire moine à Jérusalem; fait ensuite prisonnier par les Perses, il endura les tourments et la mort (5 janvier 628), revêtu de sa robe de moine, qu'il appelait l'habit de sa gloire \ Jusqu'alors tous ces saints et tous ces moines vivaient par groupes, sous l'empire d'une discipline mobile, quoique toujom^s sévère, et variée selon les climats et les instincts individuels. Elle ne préservait assez ni le zèle de ses excès ni la faiblesse déchûtes scandaleuses. Il existait bien certaines règles primitives qui circulaient sous le nom d'Antoine, de Macaire, de Pacôme siu*tout, et de son successeur Orsiesus, mais elles n'eurent ni l'autorité ni l'extension nécessaires pour former une législation durable. Elles pouvaient d'ailleurs convenir au désert, sans pour cela s'adapter aux monastères situés dans les villes et les campagnes habitées. Alors Dieu suscita un grand homme,
1. AcT. SS. BoLLÂND., t. II, Jan., p. 433, — Son chef fut transporté à Rome et déposé dans l'abbaye des SS. Vincent et Anastase, ad oquas Salvias, près du lieu où saint Paul avait eu la tête tranchée. On l'y vénère encore, et l'on y admireun tableau qui le représente, qu'on dit être venu de Perse avec ses reliques, et qui est un des monuments les plus anciens de l'art chrétien.
saint Basile (329-379). Sa gloire fut non-seulement de vaincre l'hérésie et de tenir tête aux empereurs, mais de donner à l'Ordre monastique ime constitution qui fut bientôt acceptée par tous les moines d'Orient.
Né en Cappadoce d'une riche et noble famille, élevé avec soin à Gésarée, à Gonstantinople, à Athènes surtout, il y avait contracté, avec son jeune ('ompatriote Grégoire de Nazianze, cette amitié indissoluble, austère et passionnée, qui remplit une si belle page dans l'histoire des atYections et des lettres chrétiennes, ce G'était, » dit Grégoire, ce une seule âme qui avait deux corps : l'éloquence, la chose du monde qui excite le plus d'envie, nous enflammait d'une même ardem% mais sans que nulle jalousie se glissât entre nous : nous étions l'un dans Tautre... nous ne connaissions que deux chemins : le premier et le plus aimé, qui nous menait vers l'Église et ses docteurs; l'autre, moins élevé, qui nous conduisait à l'école et vers nos maîtres *. » Excité par Témulation qui naissait de cette tendre intimité, Basile but largement aux sources de la science et de la philosophie profanes. Il y avait puisé assez de noble orgueil pour refuser toutes les dignités qu'on lui offrait. Mais sa sœur Macrine, demeurée vierge malgré sa rare beauté et grâce à
1. s. Greg. deNazianz., orat. i3. — Cf. A. — Broglie, m, 288.
la mort de son fiancé, Finitia bientôt à nne philosophie plus haute et plus désintéressée encore. Il quitta les écoles pour voyager à la recherche des saints et des religieux; il les vit en Egypte, en Palestine, en Syrie; il reconnaît l'idéal de son âme, éprise à la fois de lumières et de piété, dans ces hommes qui lui apparurent comme des voyageurs d'ici-bas et des citoyens du ciel. Il se décide à vivre comme eux, et, revenu dans sa patrie, à vingt-six ans, il se retire dans son domaine paternel, situé dans le Pont.
C'était un lieu sauvage, défendu contre l'accès des hommes par d'épaisses forêts, au pied d'une montagne environnée de bois, de vallées profondes et d'une rivière rapide qui tombait en écumant dans un précipice. Là, dans ce séjour chéri que son imagination nourrie aux sources classiques comparait à i'île de Galypso, il pouvait à son aise cultiver ce goût pour l'étude des grandeurs et des perfections de Dieu dans les œuvres de la nature, qui lui inspira ses fameux discours sur les Six Jours de la Création, connu sous le nom cVHexaèmeron. Là encore, contemplant de loin le Pont-Euxin, il se trouvait naturellement amené à rapprocher les aspects divers, les mille bruits de la mer et ceux de la foule humaine, qu'il croyait avoir quittés pour toujours, et cette contemplation lui dictait une page trop
belle pour n'être pas citée : ce Quel gracieux spectacle nous offre la mer, quand elle blanchit à sa surface ou que, se ridant doucement sous le vent, elle se teint de pourpre ou d'azm' ; lorsqu'elle ne bat point violemment le rivage, mais qu'elle entoure la terre et la caresse de ses pacifiques embrassements ! Mais ce n'est pas là ce qui a fait la grâce et la beauté de la mer aux yeux de Dieu : ce sont ses œuvres qui l'ont rendue belle. Voilà bien l'immense réservoir des eaux qui arrosent et fertilisent la terre et qui pénètrent dans son sein pour reparaître en rivières, en lacs, en fontaines désaltérantes : car en traversant la terre, elles ont perdu leur amertimie, et le chemin qu'elles ont fait les rend salubres et potables. Tu es belle, ô mer! parce qu'en ta vaste enceinte tu reçois tous les fleuves, et que tu restes entre tes rives sans jamais les franchir. Tu es belle, parce que c'est de ton sein, attiédi par les rayons du soleil, que s'élèvent les nuages qui redescendent ensuite sur la terre pour la rafraîchir et Tengraisser. Tu es belle avec tes îles répandues à ta surface, que tu embellis et que tu défends à la fois. Tu l'es siu'tout, parce que tu réunis par la navigation les contrées les plus éloignées, parce que au lieu de les séparer, tu joins les peuples et que tu apportes au commerçant ses ressources, à l'historien les récits qu'il ignore, au riche le moyen
d'exporter ce qu'il a de superflu, au pauvre de quoi subvenir à ce qui lui manque. Mais, si la mer est belle devant les hommes et devant Dieu, combien n'est-elle pas plus belle, cette foule, cette mer lumiaine qui a ses bruits et son murmure, comme celui des flots quand ils viennent se briser sur le rivage, voix d'hommes, de femmes et d'enfants, qui retentissent pour s'élever jusqu'au trône de Dieu * ! »
Sur l'autre rive du fleuve Iris, la mère et la sœur de Basile, oubliant leur noblesse et leur richesse, se préparaient déjà au ciel en vivant dans une égalité complète avec leurs servantes et d'autres vierges pieuses. Lui-même est suivi dans sa retraite par l'ami de sa jeunesse, par ses deux frères^, par une foule toujours croissante de disciples. Il s'y livre tout entier aux austérités, à l'étude des saintes lettres, à la culture de la terre, ne mangeant qu'un pain dur, n'allumant jamais de feu, mais nourri et réchauffé par l'ardeur de son zèle pour le service de Dieu et le salut des âmes. C'est dans ce rude apprentissage qu'il trempe son âme pour les grandes luttes qui relevèrent au premier rang des docteurs de l'Église et des saints pontifes. Lorsque Julien l'Apostat vint menacer le monde d'un retoiu* au pa-