RuFiNus, Hist. Eccles., 1. ii, c
les moines du clergé et du peuple chrétien, pour qu'ils en défaussent la lumière et la force ' . Tel est l'esprit de ses nombreux écrits sur la vie ascétique, lesquels démontrent la grandem^ de son génie, non moins que ses épîtres et ses ouvrages dogmatiques, qui lui ont mérité le surnom de Platon chrétien. Telle surtout apparaît sa fameuse règle, qui devint bientôt le code de la vie religieuse et finit par être presque seule reconnue en Orient. Rédigée sous forme de réponses à deux cent trois questions diverses sm^ les obligations de la vie solitaire et sur le sens des textes les plus importants de T Écriture sainte, et s' adaptant en partie aux communautés des deux sexes, elle porte partout l'empreinte du grand sens et de la modération qui caractérisaient son auteur". Elle insiste sm^ les dangers de la solitude absolue pom^ riimnilité et pour la charité, sur la nécessité d'mie obéissance minutieuse, sur l'abdication de toute propriété personnelle comme de tout goût particulier et avant tout sur le devoir perpétuel du
1. Monasteriis exstructis, ita monachorum institutura temperavit, ut solitarice atque actuosee vitœ ulilitates prœclare simul conjungeret. Brev. Roman., die iijiinii.
2. « Si saint Antoine a été le restaurateur de la vie cénobitique, si saint Pacôme lui a donné une meilleure forme, c'est saint Basile qui lui a donné son entière perfection, en obligeant par des vœux formels ceux qui sont eogagés à ce genre de vie. » Hélyot, Hist. des Ordres monastiques^ 1'^ partie, c. 13. — Cf. Bluteau, Hist. des Moines d'Orient, p. 305, 402.
travail. Il ne veut pas que le jeûne même soit un obstacle au travail : « Si le jeûne vous interdit le lace beur, » dit-il, « il vaut mieux manger comme des (( ouvriers du Christ que vous êtes. » C'était là le pivot de la vie monastique, selon ce patriarche d'un institut que tant de générations d'ignorants et d'oisifs n'ont pas rougi d'accuser d'oisiveté. « Athlètes, « ouvriers de Jésus-Christ, » dit ce grand évêque, (( vous vous êtes engagés à lui pour combattre tout « le jour, pour en supporter toute la chaleur. Ne « cherchez pas de repos avant la fin du jour; atten- « dez le soir, c'est-à-dire la fin de la vie, l'heure à (( laquelle le père de famille viendra compter avec « vous et vous payer le salaire. »
Il y a un nom inséparable du grand nom de Basile, c'est celui d'un autre docteur de l'Église, de Grégoire de Nazianze, le tendre ami de cœur et de jeunesse de Basile, le compagnon de ses études et de sa retraite comme de ses luttes et de ses victoires pour l'orthodoxie, et, après sa mort prématurée, le chantre de sa gloire. Comme lui, mais non sans quelque résistance, Grégoire avait renoncé au inonde, ne se réservant de tous les biens temporels que l'éloquence pour l'employer au service de Dieu. « Je vous abandonne tout le reste, » dit-il en s'adressant aux païens, au moment même où rcmperem^ Julien interdisait aux chrétiens l'étude
des lettres humaines, « les richesses, la naissance, la gloire, Tautorité et tous les biens cF ici-bas, dont le charme s'évanouit conmie un songe; mais je mets la main sm' F éloquence, et je ne regrette pas les travaux , les voyages sur terre et sur mer que j'ai entrepris pour la conquérir \ » Et plus tard il cijoutait : « Un seul objet au monde a possédé mon cœur : la gloire de l'éloquence. Je l'ai demandée à toute la terre, à l'Occident, à l'Orient, et sm*tout à Athènes, cette parure de la Grèce. J'ai travaillé pour elle de longues années; mais cette gloire aussi, je suis venue l'abaisser aux pieds du Glunst, sous l'empire de cette parole divine qui efface et jette dans l'ombre la forme périssable et mobile de toute hmnaine pensée". » Il avait d'ailleurs goûté avec Basile de la vie solitaire et laborieuse, et, lorsque tous deux en eurent été retirés pour être condamnés aux travaux encore plus pénibles de l'épiscopat, Grégoire aimait à rappeler à son ami ce temps si doux où ils défrichaient ensemble lem^ jardin monastique. « Qui nous rendra », lui écrivait-il, a ces jours où nous travaillions ensemble du matin jusqu'au soir? où tantôt nous fendions du bois, tantôt nous taillions des pierres? où nous plantions et arrosions nos arbres? où nous traînions ensemble
l-S. Greg.Nvzianz., Oper. ,1.1, p. 132, traduction de M. Ville main 2. Carmina, p. 636, traduclion de M. de Broglie. MOINES d'occ, I. 7
ce lourd chariot dont les marques nous sont si longtemps restées aux mains*? On sait comment il fut appelé à Gonstantinople pom* y confondre les hérétiques, la gloire qu'il y conquit par son courage et cette éloquence qui avait enfin trouvé son véritable élément , et comment la volonté de l'empereur Théodose et les suffrages du deuxième con^ cile œcuménique relevèrent malgré lui sur le siège patriarcal (381), où il ne voulut employer contre les ariens que les armes de la persuasion : « N'usons point », avait-il déjà dit aux orthodoxes délivrés de la persécution de Julien, ce n'usons point avec insolence du temps favoral)le ; ne nous montrons point diu*s pour ceux qui nous ont fait tort; n'imitons point les actes que nous avons blâmés. Jouissons d'avoir échappé au péril , détestons tout ce qui tench^ait aux représailles... Ne méditons point des exils et des proscriptions; ne traînons personne devant le juge ; que le fouet ne retentisse pas dans nos mains; en un mot, ne faisons rien de ce que nous avons souffert -. » Il en descendit le plus