MoiNTFAucoN, in edit. S. Joan. Chrysost
Nicée ou de la vertu chrétienne. Sous prétexte de pénétrer dans les monastères et d'en retirer les jeunes religieux propres au service militaire, des bandes de mauvais sujets enfonçaient les portes, envahissaient les cellules, en arrachaient les moines, les jetaient dans la rue ou sur les grandes routes, et chacun se vantait d'avoir été le premier à dénoncer un moine, à le frapper, à le faire plonger dans un cachot, ce II est intolérable, » disaient ces amis de l'hmuanité, « il est intolérable de voir des hommes libres et nobles, sains et dispos, maîtres de toutes les joies de ce monde, se condamner à une vie si dure et si révoltante. »
Ainsi les philosophes et les empereurs, les hérétiques et les débauchés, étaient ligués contre les cénobites, et les invectives des uns avaient pour corollaire les violences des autres. Pai^mi les chrétiens orthodoxes eux-mêmes, il y avait des esprits critiques : ils reprochaient au nouvel institut d'éloigner ses adeptes de la vie publique ; d'enlever à la société l'intluence bienfaisante de ceux qui étaient les mieux faits pour la servir ; de dérober à leurs devoirs des hommes nés pour le bien de lem^s proches et de leurs semblables ; enfin d'ouvrir mi asile trop honorable à la paresse, à l'indignité, à l'hypocrisie.
Ce fut alors que Dieu suscita pour la défense de
ses serviteurs un autre grand homme, plus grand par l'éloquence que tout ce qui avait encore paru dans FÉglise : saint Jean Gbrysostome, le Cicéron chrétien. Ne à Antioclie, il avait eu pour ami et pour compagnon d'études un jeune homme qui voulait embrasser Tétat monastique et qui lui avait proposé d'y préluder par une yïq commune. Mais luimême se destinait au barreau et à la vie publique : il était d'ailleurs retenu dans le monde par l'amour de sa mère, qui le suppliait de ne pas la rendre veuve une seconde fois. Tout à coup les deux amis sont désignés pour l'épiscopat. Alors Jean, convaincu de son indignité, abandonne à la fois le monde, son ami et sa mère, et se dérobe à l'ordination en fuyant dans la solitude*. Mais dans cette solitude il découvre un monde nouveau. C'était dans les montagnes voisines d'Antioche qu'il avait cherché une retraite , et ces montagnes étaient déjà peuplées par des moines, émules des disciples
1. Il raconte lui-même cette touchante histoire au livre premier de son beau traité deSacerdotio. Au livre sixième et dernier de ce traité, il démontre à son ami Basile que la vie du prêtre et de l'évêque est encore plus méritoire et plus difficile que celle du moine. Il ne faut pas confondre ce saint Basile, ami de Chrysostome et évoque de Raphanée, avec le grand saint Basile, évêque de Césarée, qui avait vingt ans déplus que saint Jean Chrysostome. — Je regrette d'avoir connu trop tard pour pouvoir m'en servir, l'important ouvrage récemment publié par M. l'abbé Martin (d'Agde) : Saint Jean Chrysostome, ses Œuvres et son Siècle. Montpellier, 1860. 3 vol.
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d'Antoine et de Basile. L'ardent jeune homme prend un de ces moines, un vieux Srnen d'une austérité formidable % pour maître et pour guide de la vie religieuse, et consacre quatre années à cette éducation spirituelle. Puis il passe deux autres années tout seul, enfermé dans une caverne, exclusivement occupé à dompter ses passions, qu'il compare à des bêtes sauvages. C'est ainsi qu'il préparait à son insu l'empire de cette parole qui devait ravir ses contemporains, faire retentir les églises mêmes des applaudissements qu'elle excitait, entraîner hors des villes une foule enivrée du bonheur de l'entendre et à peine préservée par de vastes toiles tendues dans les airs des ardeurs du soleil. Mais surtout c'est au sein de ce rude apprentissage qu'il apprend à connaître les combats et les Adctoires des moines. Il y puise le droit et la force de dire la vérité sur leur vie, et, en 376, aii plus fort de la persécution de Yalens, il écrit ses trois livides Contre les adversaires de la vie monastique', qui portèrent au loin sa renommée et vengèrent l'innocence et la justice avec l'incomparable éloquence dont son nom est devenu le s\Tnbole.
Il montre d'abord, par l'exemple des juifs et des empereurs païens, les terribles châtiments que l'on