‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 132 sur 219 · Adversus oppugnatores vitx monasHcœ · texte numérisé non relu

Adversus oppugnatores vitx monasHcœ

124 LES PKÉCURSEURS MONASTIQUES

eiieoiul par la persécution des saints et des amis (le Dieu. Il s'adresse ensuite à ces pères de famille que la conversion de leurs fils rendait comme enragés, et qui s'écriaient : Je brûle, je me déchire, je crève de colère* . Il leur montre par des exemples empruntés à l'histoire même profane la grandeur et la fécondité du sacrifice, du travail, de la solidude. Il nous représente un de ces jeunes et beaux seigneurs, que l'on voyait dès lors vêtus plus misérablement que le dernier de leur escUives, travaillant pieds nus à la terre, couchant sur la dure, amaigris par le jeûne, et il demande triomphalement s'il y eut jamais une plus grande et plus noble victoire du courage humain que cette inmiolation de tous les biens d'ici-bas pour les seuls biens de l'âme. Puis, se retournant vers les pères chrétiens qui se laissaient entraîner à mêler leurs doléances aux fureurs des pères païens, il les écrase sous le poids de l'autorité divine et de la raison éclairée par la foi. Il faudrait tout citer dans cette admirable invective contre les parents qui, en combattant la vocation de leurs enfants, asservissent et tuent leurs âmes, plus cruels mille fois que ceux qui assassinent leurs fils ou qui les vendent comme esclaves aux barbares. Il les exhorte ardemment à confier l'éducation de leurs fils aux solitaires, à

1. Uror.laceror, disrumpor. Chrysost, Adv. opp. vit. mon., ii, 8,

ces hommes de la montagne dont il recevait luimême les leçons ; il admet qu'on pourrait ensuite les faire rentrer dans le monde, mais après les avoir initiés ainsi à la vertu chrétienne, car les monastères offraient seuls un asile à la pureté des mœurs au milieu de la corruption universelle. Ce sont, ditil, des refuges destinés à combler l'abîme qui sépare l'idéal de la loi du Christ et de la réalité des mœurs des chrétiens ; certes il ne faudrait détourner personne de la vie publique ni des devoirs sociaux, si la société était fidèle à ses devoirs; les monastères seraient inutiles si les villes étaient chrétiennes. Mais il n'en est rien, et pour le prouver, le saint doctem* trace le tableau de la corruption dont il avait été le témoin à Antioche et ailleurs.

Rien de plus repoussant que ces mœurs qui reproduisaient tous les excès de la débauche antique dans ses raffinements les plus révoltants. On y voit combien tout était empoisonné dans cet empire encore si éblouissant par sa force et son immensité ; combien peu la conversion des empereurs avait converti le monde, et combien était misérable l'état des consciences et des âmes dans cette alliance trop vantée de l'Église et de l'Empire. On n'était chrétien que de nom; l'esprit et le cœur restaient païens. En Orient surtout, où l'épiscopat

et le clergé étaient infectés par des hérésies opiniâtres et sans cesse renaissantes, et où le gouvernement des âmes était ou absorbé ou rendu impossible par les périls de l'orthodoxie, les moines seuls offraient à la vertu chrétienne une ressource et un espoir. Aussi leur intrépide apologiste n'appelle jamais la vie monastique autrement que la vraie philosophie. C'était celle qui rendait les simples chrétiens plus puissants que les empereurs, puisqu'elle les mettait au-dessus des vices qui ravageaient l'empire. Et il développe cette idée dans un admirable supplément aux trois livres de son apologie, où il établit une comparaison entre la puissance, la richesse et l'excellence d'un roi, et celles d\m moine vivant de la véritable et chrétienne philosophie. Il les compare dans la guerre et dans la paix, dans leurs occupations de jour et de nuit, dans la prospérité et dans l'adversité, dans la vie et dans la mort, et il décerne la palme d'une incontestable supériorité au potentat qui a le privilège de délivrer par ses seules prières les âmes de la tyrannie du démon^ .

Ces magnifiques plaidoyers résmnent tous les arguments en faveur de la vie religieuse avec unc^ éloquence qui reste éternellement vraie. On n'a

1. Comparatio potentiœ, divitiarum et excellentiœ régis cum nionacho in verissima et Christiana philosophia vivente.

jamais mieux dit, et il suffit de le relire et de le répéter contre les mêmes objections, les mêmes sopliismes, les mêmes mensonges éternellement reproduits. Après quinze siècles écoulés, on retrouve cette grande parole toujours opportime et toujours concluante, parce que dans cette lutte toujours renaissante entre les amis et les ennemis de l'institut monastique il s'agit du fond invariable de la nature lumiaine, il s'agit de l'âme et de sa vie par famour et la foi, il s'agit de l'éternelle révolte du mal contre le seul esprit qui assure la victoire et la fécondité du bien, l'esprit de sacrifice.

Le grand et célèbre docteur ne se contenta pas de ce coup d'éclat. Il continua, pendant tout le com*s de sa carrière, à défendre et à vanter l'institut monastique, et non seulement tel qu'il l'admirait dans cette Thébaïde où les tabernacles des cénobites brillaient, selon lui, d'une splendeur plus pure que celle des étoiles dans le ciel ^ , mais même tel qu'on le voyait, avec ses infirmités et ses divisions déjà apparentes, dans tout l'Orient. Presque tous ses omTages portent la trace de cette prédilection; mais elle n'est nulle part plus AÎsible que dans ses quatre-vingt-dix Homélies sur saint Matthieu ', prononcées pendant son séjour à Antioclie,

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