‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 136 sur 219 · Epist. ad Olympiad. 14, m, 717, éd. Gaume · texte numérisé non relu

Epist. ad Olympiad. 14, m, 717, éd. Gaume

montagnes, leurs cavernes, pour consoler et cncoui*ager les habitants d'Antioche menacés de la vengeance sanglante de Théodose (388). Pendant que les philosophes de la ville allaient se cacher au désert, les habitants du désert en sortaient afin de braver ou de partager le danger commun. An milieu de la consternation universelle, ils parurent devant les ministres de la colère impériale connue des lions, dit Chrysostome, et firent suspendre Pexécution de la sentence impitoyable.

« Allez, » dit aux commissaires de Théodose un de ces moines, homme simple et sans lettres, ce allez (lire de ma part à l'empereur : « Vous êtes empe- (( reur, mais vous êtes homme, et vous comman- (( dez à des hommes qui sont vos semblables et qui « sont faits à l'image de Dieu. Craignez la colère (( du Créateur si vous détruisez son ouvrage. Vous (( êtes si fort irrité qu'on ait abattu vos images, « Dieu le sera-t-il moins, si vous détruisez les (( siennes? Vos statues de bronze sont déjà refaites (( et replacées; mais quand vous aurez tué les (c hommes, l'image de Dieu, comment ferez- vous « pour ressusciter des morts ou même pour refaire (( un cheveu de leur tête *? » Cela dit, et le juge

1. s. JoAN. Chrys., hom. 17 et 18, Ad popul. Antioch. — TiiÉo- DORET, HisL, 1. V, c. 19.

tléehi, ils quittent la ville et remontent dans leur solitude.

La même année (404) qui vit maltraiter saint Jean (^hrysostome par des moines à Gésarée est à jamais mémorable dans les annales de Thumanité par le sacrifice héroïque d'un moine d'Orient. Dans sa lutte désespérée contre la religion, qui devait ^ enger et sauver le genre humain de sa longue déchéance, le paganisme avait trouvé un refuge populaire et inexpugnable dans les spectacles publics. Ces jeux du cirque, qui avaient été la rançon de la servitude romaine, fidèlement payée par les empereurs à un peuple avili, mais resté sanguinaire conmie au sein des luttes de sa belliqueuse histoire, conservaient leur funeste ascendant sur les cœurs, sm^ les imaginations, sur les habitudes des Romains. En vain les docteurs et les apologistes de la foi chrétienne avaient-ils, depuis Tertullien, dépensé leurs plus généreux efforts et leur infatigable éloquence contre ce demem^ant de la civilisation vaincue. En vain représentaient-ils -aux disciples de l'Évangile l'horreur de ces jeux sanglants où avaient péri tant de milliers de martyrs de tout âge, de tout sexe, de tout pays, et où le démon recrutait sans cesse pour les innombrables spectateurs de nouvelles victimes, volontairement asservies à la luxure et à la cruauté. En vain l'au-

torité souveraine avait-elle fini par sanctionner les prohibitions de l'Église. La passion publique avait opiniâtrement maintenu pendant tout le quatrième siècle sa récréation préférée contre l'Eglise et contre les empereurs. Les combats de gladiateurs faisaient encore les délices de la décadence romaine. Saint Augustin nous a laissé le saisissant tableau de l'entraînement qui maîtrisait les âmes lorsque, comme Alypius, elles se laissaient enivrer par ce sang versé dans l'amphitliéâtre, dont les fumées transformaient en païens, en sauvages, les spectateurs les plus intelligents et les plus honnêtes. Sous le règne d'Honorius, le poète chrétien Prudence demandait en vers éloquents l'abolition de ce scandale cruel. (( Que nul ne meure plus pour que son « supplice devienne une joie! Que Fodieuse arène, c( contente de ses bêtes féroces, ne donne plus (( l'homme en spectacle sanglant! que Rome, vouée (( à Dieu, digne de son prince, puissante par son (( com^age, le soit aussi par son innocence'. »

Le faible Honorius, bien loin de l'écouter, avait, à l'occasion de son sixième consulat, remis en vigueur une institution toute païenne, la célébration des jeux séculaires, et y il avait compris expressément les combats de gladiateurs. Lorsque l'annonce de

1. Contra Symm., II, 114, tral. par 0za.nam, Œuvres, t. Il, p. 231.

EiN ORIENT. i3o

ces jeux eut été publiée dans tout Tempire et eut ainsi pénétré dans les déserts, un moine jusque-là inconnu, nonuné Téléniaque, de Nitrie selon les uns, de Phrygie selon les autres, prit une de ces résolutions dont la simple grandeur et les immenses résultats n'apparaissent qu'après leur accomplissement. Il quitte sa cellule, s'achemine du fond de l'Orient vers Rome, y arrive à temps pour assister aux solennités impériales, entre au Golisée, fend les flots de ce peuple tout palpitant d'une curiosité féroce et va se jeter entre les gladiateurs qui engageaient le comliat. Les spectateurs indignés poursuivent cet importun, ce fou, ce noir fanatique, d'abord de leurs clameurs furibondes, puis de coups de pierre et de bâton. Lapidé comme le premier des martyrs du christianisme, Téléniaque tombe, et les gladiateurs qu'il avait voulu séparer l'achèvent. Mais son sang fut le dernier versé dans cette arène où il en avait tant coulé. La noblesse de son sacrifice fit comprendre l'horreur de l'abus qu'il voulait abattre. Un édit d'Honorius proscri\dt à jamais les jeux des gladiateurs. A partir de ce jour, il n'en est plus question dans l'histoire. Le crime de tant de siècles s'était éteint dans le sang d'un moine qui se trouva être un héros.

Mais il nous faut quitter ici les moines d'Orient. Ils n'ont dû nous occuper qu'à titre de précurseurs

et de modèles des moines d'Occident. Nous n'avons point à raconter les luttes souvent généreuses qu'ils eurent à livrer pendant le v^ et le vi^ siècle aux hérésies nestorienne et eutychienne, dont l'une contestait l'unité de la personne de Jésus-Christ et l'autre la dualité de sa nature, qui toutes deux ravagèrent successivement l'Église d'Orient, et que soutinrent avec acharnement et persévérance presque tous les empereurs et presque tous les patriarches de Constantinople. Mais aussi nous n'assisterons pas au triste spectacle du déclin de leur force et de leur vertu, à l'état de stagnation, puis de décadence, qui devint peu à peu le caractère dominant de la vie monastique en Orient.

Sans doute il y eut encore, après les noms resplendissants que nous avons cités jusqu'ici, des noms honorés et chers à l'Eglise. Saint Dalmace, saint Euthyme, saint Sabas, saint Théodose, saint Jean Glimaque, et d'autres, remplirent du parfum delem^s vertus les monastères de Constantinople, les soHtudes de la Thébaïde, les laures^ des envi-

1. On donnait le nom de lauresklsi réunion de plusieurs ermitages dont les habitants logeaient dans des cellules éloignées les unes des autres par une certaine distance, mais vivaient sous un même supérieur. Une laure présentait à peu près l'image d'une chartreuse moderne. Elle furent surtout nombreuses aux environs de Jérusalem. La plus nombreuse fut celle de saint Sabas, entre Jérusalem et Betbléem, où ce saint réunit jusqu'à soixante-dix solitaires. Le plus

rons de Jérusalem, les cimes et les gorges du Sinaï. Dans ces luttes où il leur fallut déployer une patience si héroïque, une vigilance si constante, un courage si calme et si intrépide , contre l'orgueil et l'aveuglement des empereurs, contre l'outrecuidance passionnée des impératrices, contre la mauvaise foi et l'envie des patriarches de Constantinople, les papes et les évoques orthodoxes trouvèrent parmi les moines d'Orient des auxihaires zélés et fidèles. Beaucoup subirent le martyre pour la défense des dogmes tels que les avaient définis les conciles généraux de Ghalcédoine et de Gonstantinople'. Donnons en passant un souvenir à ce moine du monastère de Studius, près de la porte Dorée deByzance, qui, lors du conflit entre le pape Félix m et le patriarche Acace (484) , eut seul le courage de publier le décret d'excommunication prononcé contre celui-ci par le pape et soixantesept évèques d'Italie. Au moment où le patriarche se rendait à l'église pour célébrer pontificalement, ce moine attacha sur son manteau la sentence qui le condamnait, de façon à la lui faire porter luimême au pied des autels et devant tout le peuple^ .

souvent ces laures, après un certain temps, se transformaient en monastères ordinaires.

1. Sous l'empereur Anastase, plus de trois cent cinquante moines furent égorgés à Ântioche par les hérétiques eutychiens.

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