‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 137 sur 219 · Fleury, liv. XXX, c · texte numérisé non relu

Fleury, liv. XXX, c

MOINES d'occ, I. 8

Il paya cette hardiesse de sa vie. L'histoire n'a pas conservé son nom, mais elle a glorifié son exemple, qui n'eut plus guère d'imitateurs.

Car il faut avouer que, à l'aide des discussions et des subtilités théologiques, l'esprit de chicane et de l'évoltc s'introduisit dans les monastères. Eutychès lui-même fut moine et abbé à Gonstantinople, et après lui les Eutychiens et les Origénistes firent de nombreuses recrues dans les rangs monastiques : il parurent sous l'habit religieux comme sous la tiare épiscopale, dans les synodes et dans les conciles. Parmi les vrais serviteurs de Dieu on vit presque partout se glisser des faux frères qui soulevaient avec ardeur des opinions condamnables ou extravagantes. D'autres, plus nombreux encore , erraient de ville en ville onde maison en maison et se dérobaient ainsi à toute discipline, compromettant à la fois la sainteté de leur institut et la dignité de leur robe. Les supérieurs spirituels et temporels usaient en vain de leur autorité pour réprimer cet abus, qui reparut sans cesse.

Pour porter remède à ces scandales comme à ces dangers, et dans l'intention formellement avouée de contenir tous ces moines vagabonds et turbulents, le concile général de Chalcédoine (45J), sur la proposition de l'empereur Marcien, décréta qu'aucun monastère ne serait désormais construit sans

le consentement de l'évêque diocésain, et que les moines, tant des villes que des campagnes, demeureraient soumis en tout à Tautorité épiscopale sous peine d'excommmiication. Il leur interdit expressément de sortir du monastère où ils auraient été d'abord reçus, et de se mêler d'aucune affaire ecclésiastique ou séculière ^ Après avoir renouvelé une prohibition déjà ancienne contre le mariage des moines, le concile ordonna en outre que tout monastère, une fois consacré par l'évêque, conserverait à perpétuité sa destination et ne pourrait jamais devenir une habitation séculière^.

Ces dispositions entrèrent dès lors dans le droit commun de la chrétienté, et il faut en tenir note parce que nous aurons à constater plus tard les nombreuses dérogations qu'elles subirent. D'ailleiu*s elles n'exercèrent pas sur les moines d'Orient une influence assez efficace pour les maintenir à la hauteur des premiers temps. Après un siècle de vertu et de fécondité imcomparables, après avoir offert à la vie religieuse de tous les siècles non-seulement des modèles immortels, mais encore une sorte d'idéal presque inaccessible, l'Ordre monastique se laissa gagner dans tout l'empire byzantin par l'af-

1. Voir le discours de l'empereur dans la 6^ action ou session du concile, et les Canons 4, 6, 7, 8, et 23.

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