‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 14 sur 219 · XXVIII LES MOINES D'OCCIDENT · texte numérisé non relu

XXVIII LES MOINES D'OCCIDENT

une infirmité ou un caprice : c'était une institution où ils trouvaient, ainsi que le démontre la langue même qu'ils parlaient, l'Ordre et la Règle.

Ce n'était donc point, sauf les exceptions inséparables de tout phénomène général, un instinct irréfléchi, une émotion passagère et superficielle qui enrôlait tant de chrétiens, dès leur jeune âge, sous la sévère discipline du cloître. Tout au contraire, quand on recherche, dans les monuments de l'histoire, l'origine humaine et l'explication naturelle des vocations monastiques, on A^oit qu'elles naissent surtout d'un sentiment souvent précoce, mais toujours profond et raisonné, de la vanité des choses humaines, de la défaite constante du bien et du vrai sur la terre.

Le triomphe du mal ici-bas, sous sa forme la plus répugnante, celle du mensonge, n'est-ce pas là ce qu'enseigne l'histoire du genre humain, tout comme l'histoire de la vie même la plus obscure ? Nous la recevons tous, cette amère et cruelle leçon : nous avons tous par devers nous cette poignante expérience. Mais elle nous arrive tard et, si j'ose le dire, d'en bas. Elle sort des mécomptes et des fatigues d'une vie trop souvent disputée par le mal aux velléités du bien. Elle arrive à l'âge où déjà énervés par nos fautes, abattus par nos mécomptes, souillés par nos chutes, nous ne sommes plus capables de

INTRODUCTION. xxix

changer de vie, de prendre un parti généreux et de secouer le joug.

Pour eux, au contraire, pour ces moines d'autrefois qui ont rempli le monde chrétien de leurs œuvres et de leur nom, cette conviction leur venait d'en haut, par les seules révélations de la foi, par la contemplation de la justice de Dieu dans son éternité. Elle les saisissait dès l'aurore de leur existence, à ce moment décisif où subsiste dans toute sa plénitude cette liberté de l'âme que l'âge trop souvent enchaîne et annule, où toute âme bien née aspire à tout ce qui est grand, beau et fort, où elle se sent capable de tous les efforts, de tous les courages, de tous les dévouements, de tous les généreux entraînements. Du sein de cette jeunesse fugitive, et avec cette vigueur, cette élasticité morale que Ton sent si souvent disparaître avant même d'en avoir eu la conscience entière, ils prenaient leur vol vers une région inaccessible aux humiliations de la vertu et de la vérité.

Résolus à se dérober, autant qu'il était en eux, à l'empire du mensonge et du mal, à l'instabilité des choses humaines, aux lamentablesaffaissements de l'âge, ces jeunes athlètes cherchaient à mettre d'accord leur vie avec leur conviction, et par le fier et pur élan de leur libre volonté, ils consacraient au service du prochain, à l'amour de Dieu,

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