‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 15 sur 219 · XXX LES MOINES D'OCCIDENT · texte numérisé non relu

XXX LES MOINES D'OCCIDENT

aux seuls biens de Pâme, une énergie virginale dont rien n'avait encore terni la pureté, ni amolli la trempe.

Une des plus singulières erreurs de plusieurs apologistes de la vie monastique a été de la regarder comme un asile pour les âmes tristes, fatiguées, mécontentes de leur lot dans le monde, inhabiles à tenir la place où la société les relègue, consumées parles mécomptes ou brisées par la douleur. « S'il est des lieux pour la santé des corps, » a dit M. de Chateaubriand, ce ah ! permettez à la religion d'en avoir aussi pour la santé de l'âme, elle qui est bien plus sujette aux maladies et dont les infirmités sont bien plus douloureuses, bien plus longues et bien plus difficiles à guérir. » L'idée est poétique et touchante, mais elle n'est pas vraie. Les monastères n'étaient nullement destinés à recueillir les invalides du monde. Ce n'étaient pas les âmes malades, c'étaient au contraire les âmes les plus saines et les plus vigoureuses que la race humaine ait jamais produites , qui se présentaient en foule pour les peupler. La vie religieuse, loin d'être le refuge dies faibles^ était au contraire l'arène des forts.

Quelquefois, il est vrai, par un de ces merveilleux contrastes qui abondent dans les œuvres inspirées par la religion, cette carrière pleine de com-

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bats et de triomphes surnaturels, cette vie où la vertu, où la force chrétienne atteignait son apogée, était précisément celle où se réfugiaient des âmes naturellement infirmes, des cœurs meurtris dans les combats de la vie du monde. Comme la civilisation moderne, à côté de ses incontestables bienfaits, a trop souvent pour conséquence d'augmenter le nombre et l'intensité de ces maladies de l'âme j il pouvait n'être pas sans intérêt, au point de vue purement social, de leur conserver un abri et de leur ménager un traitement. Il est bien possible que, même sous ce rapport, la ruine des Ordres religieux ait été une calamité publique, et qu'elle n'ait pas été sans quelque influence sur cet effrayant accroissement du nombre des suicides que constate chaque année la statistique criminelle ^ .

Mais, à vrai dire, Ton ne rencontre guère que dans les romans ces vocations produites par les

1. « Le nombre des suicides n'a pas cessé de s'accroître chaque année, depuis que la statistique criminelle le constate. » Rapport de M. Odiloii Uarrot, garde des sceaux, au président de la République, du 29 septembre 1849. — Ce nombre était de 1,739 en 1826, de 3,102 en 1846, de .3,674 en 1852. 11 s'est élevé jusqu'à 4,189 en 1856 et à 4,946 en 1865. [Moniteur du 18 mars 1867.) Dans l'espace de 27 années, de 1826 à 1853, 71,418 personnes se sont donné volontairement la mort en France. — En Angleterre, le nombre est moins éleyé, malgré le préjugé contraire : de 1852 à 1856, on n'a constaté dans le Royaume-Uni, qui a 24 millions d'habitants, que 5,415 suicides, ce qui ne fait que 1,100 par an.

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